Le plan de relance européen post-Covid entre dans sa dernière ligne droite, et une question revient, posée par Le Figaro : où sont passées les centaines de milliards d’euros ? Selon la Cour des comptes européenne, sur 359,9 milliards d’euros de subventions prévues, plus de 122 milliards restaient à verser fin 2025. L’institution émet une opinion avec réserve et s’inquiète du remboursement d’une dette européenne qui pourrait atteindre 1 000 milliards d’euros dès 2027.
En 2020, l’Union européenne a franchi un pas historique : emprunter en commun pour financer la reprise après la pandémie. Le coeur du dispositif, la Facilité pour la reprise et la résilience, prévoit 359,9 milliards d’euros de subventions. Fin 2025, 237,5 milliards avaient été versés, selon le rapport annuel de la Cour des comptes européenne publié le 8 octobre 2026.
Il restait donc plus de 122 milliards d’euros à décaisser pour la dernière année du dispositif, environ un tiers du total. La consommation est très inégale : seuls trois États membres avaient utilisé au moins 80 % de leurs subventions.
Des objectifs revus en cours de route
La particularité du plan tient à son mode de paiement. Les fonds sont versés non pas sur factures, mais lorsque les États atteignent des jalons et des cibles. Or ces objectifs ont bougé. Fin 2025, le Conseil avait adopté 99 modifications de mesures. Certains jalons ont été alignés sur ce qui avait été réellement accompli, d’autres supprimés. Dans certains cas, les paiements ont été liés à des étapes préparatoires plutôt qu’aux résultats prévus.
Sur 37 paiements effectués en 2025, la Cour en relève neuf qui ne respectaient pas totalement les règles. Sur 420 jalons et cibles contrôlés, 16 ne remplissaient pas les conditions : objectifs mal atteints, irrégularités dans les marchés publics ou les aides d’État, risques de double financement. Les problèmes sont jugés significatifs, mais non généralisés.
La facture arrive en 2028
L’autre versant du plan, c’est la dette. Celle de l’Union a bondi de plus de 20 % en 2025 et pourrait atteindre 1 000 milliards d’euros dès 2027. Les coûts d’emprunt de NextGenerationEU s’annoncent environ deux fois supérieurs aux estimations initiales. Les seuls intérêts liés aux subventions pourraient approcher 93 milliards d’euros entre 2028 et 2034.
Le remboursement doit commencer en 2028 et s’étaler jusqu’en 2058 au plus tard. La Commission propose de réserver 24 milliards d’euros par an à cet effet, mais n’a pas encore publié de stratégie globale. Sans nouvelles ressources propres, avertit la Cour, il faudra augmenter les contributions nationales ou couper dans d’autres dépenses.
Un modèle que Bruxelles veut généraliser
Paradoxe : la Commission envisage de reprendre ce financement par jalons pour le prochain cadre budgétaire 2028-2034. La Cour juge l’idée risquée tant que les faiblesses constatées ne sont pas corrigées. Traçabilité des dépenses, mesure des résultats réels, contrôle des bénéficiaires finaux : les critiques s’accumulent depuis le lancement du plan.
Le calendrier est serré. Le règlement de la Facilité impose que les jalons soient atteints au plus tard fin août 2026 et que les derniers paiements interviennent avant la fin de l’année. Pour la France, le volet européen représentait environ 40 milliards d’euros de subventions, intégrés au plan France Relance de 100 milliards. Au total, NextGenerationEU pesait 750 milliards d’euros aux prix de 2018, entre subventions et prêts aux États. Les capitales qui ont pris du retard doivent donc accélérer, au risque de perdre une partie de leur enveloppe ou de multiplier les demandes de modification de dernière minute.
Les milliards ont été versés, ou le seront, souvent plus vite que les résultats ne se sont matérialisés. La vraie question arrivera en 2028, avec la première échéance.
Sources : Le Figaro ; France Transactions, rapport annuel de la Cour des comptes européenne ; Commission européenne