La pizza en Russie a trouvé un nouvel ennemi. Le militant pro-Kremlin Vitaly Borodin propose de la retirer des cantines scolaires et universitaires, au profit des tourtes traditionnelles. Il la décrit comme un instrument de soft power occidental livré dans une boîte en carton, porte d’entrée selon lui d’une invasion culturelle qui commencerait par la pâte et finirait par Halloween.
Le message a été publié sur Telegram, le réseau favori des relais de la propagande russe. Vitaly Borodin, présenté par la presse internationale comme un militant proche du pouvoir, y explique que la pizza menace les traditions culinaires nationales. D’après TVP World, il réclame le retour des tourtes russes dans les menus des écoles, à la place du plat italien.
Son raisonnement tient en une chaîne de causes. D’abord la pizza, ensuite Halloween, et bientôt un enfant incapable de citer un seul plat russe. Selon La Dépêche, reprise par plusieurs titres français, la mesure viserait aussi les restaurants universitaires. Aucune réponse officielle n’a été rapportée à ce stade, et rien n’indique qu’une interdiction soit à l’étude.
Le soft power en carton
La formule qui a fait le tour des rédactions, celle d’un soft power dans une boîte en carton, n’a rien d’un trait d’humour isolé. Elle s’inscrit dans une rhétorique désormais installée à Moscou. Depuis novembre 2022, un décret de Vladimir Poutine érige la défense des « valeurs traditionnelles » en enjeu de sécurité nationale. Fêtes importées, séries étrangères, anglicismes : tout ce qui vient de l’Ouest est soupçonné de miner l’identité russe.
Halloween en a déjà fait les frais. Chaque automne, des responsables locaux et des élus appellent à boycotter la fête, jugée étrangère à la culture du pays. La pizza, elle, rejoint la liste des suspects à la faveur de la guerre en Ukraine, sous laquelle Le Parisien range d’ailleurs l’information.
McDonald’s est parti, la pizza est restée
L’ironie de l’affaire tient à l’histoire récente. En 2022, après l’invasion de l’Ukraine, McDonald’s a quitté la Russie et ses restaurants ont été repris sous une enseigne locale. Le marché de la pizza a suivi un chemin comparable. Selon CBS News, les anciens points de vente Domino’s ont été repris par un rappeur pro-Kremlin qui présente Vladimir Poutine comme un super-héros.
La pizza servie en Russie est donc, dans une large mesure, déjà passée sous pavillon national. Reste la recette, napolitaine depuis le XVIIIe siècle et inscrite par l’Unesco, pour l’art de ses pizzaïolos, au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Une bataille de cantine révélatrice
L’épisode pourrait prêter à sourire s’il ne racontait pas autre chose. Il illustre la façon dont la guerre culturelle menée par le pouvoir russe descend jusqu’aux assiettes des élèves. Les militants comme Vitaly Borodin testent régulièrement les limites du discours patriotique, dans l’espoir de voir leurs propositions reprises par des élus.
Dans la cuisine russe, les tourtes que réclame Vitaly Borodin ne manquent pas : pirojki farcis au chou ou à la viande, koulebiaka au poisson, tartes aux baies. Autant de plats que le militant voudrait voir revenir dans les assiettes des élèves. La proposition rejoint une tendance plus large, celle d’une cuisine érigée en symbole patriotique depuis le départ des enseignes occidentales.
En attendant une éventuelle décision, les écoliers russes peuvent encore commander une margherita. À condition de ne pas demander de ketchup avec, comme le moquait déjà un titre de la presse française.
Sources : Le Parisien ; TVP World ; La Dépêche via Titrespresse