Le piratage de Binance est le plus gros vol de cryptomonnaies jamais enregistré. Dans la nuit du 29 au 30 octobre, environ 6,3 milliards de dollars ont quitté les portefeuilles de la première plateforme mondiale. Selon l’enquête préliminaire, tout serait parti de l’ordinateur portable d’un ingénieur. La piste nord-coréenne est privilégiée, et environ 3 milliards ont déjà été gelés.
Jeudi 29 octobre, vers 20 heures. Sur le registre XRP, cinq portefeuilles attribués à Binance transfèrent environ 233 millions de jetons en quelques minutes. Solana et Optimism suivent. Vingt minutes plus tard, un portefeuille bitcoin envoie près de 18 270 BTC, soit environ 1,5 milliard de dollars, vers une adresse contrôlée par l’attaquant. Puis plusieurs centaines de millions d’USDT quittent un portefeuille sur Tron. Sur Ethereum, une seule transaction aurait déplacé 167 464 ETH et 63 autres jetons. La chronologie est reconstituée par Zonebourse, à partir des sociétés d’analyse blockchain.
Quelques heures plus tard, Binance reconnaît un incident de sécurité, suspend les retraits et chiffre l’impact à 6,3 milliards de dollars. Le précédent record, le vol de Bybit en février 2025, portait sur environ 1,5 milliard. Quatre fois moins.
Pas besoin de clés quand on a la serrure
Le plus troublant tient au mode opératoire. L’attaquant n’aurait pas volé de clés privées. Il aurait obtenu la capacité de faire signer des transactions par l’infrastructure de Binance elle-même. Selon la plateforme, tout part d’un ordinateur portable compromis appartenant à un ingénieur DevOps, qui donnait accès à un service interne utilisé pour soumettre des retraits.
Sur Ethereum, la faille aurait exploité une fonctionnalité introduite par la mise à jour Pectra, qui permet à un contrat de prendre la main sur un portefeuille via des autorisations pré-signées. Mais des retraits frauduleux ont aussi eu lieu sur Bitcoin, Tron, Solana ou Avalanche. Les analystes cités par Zonebourse y voient plutôt une compromission profonde du système interne d’autorisation des retraits. La préparation aurait commencé au moins 36 heures avant, avec des fonds passés par le mixeur Tornado Cash, selon TRM Labs.
Pyongyang, encore
TRM Labs attribue l’opération, avec un degré de confiance élevé, à TraderTraitor, une unité de pirates liée à la Corée du Nord. Le FBI avait déjà imputé le vol de Bybit à ce même groupe. Selon Chainalysis, les groupes nord-coréens avaient dérobé environ 2,02 milliards de dollars en cryptomonnaies sur toute l’année 2025. Le butin de Binance dépasse ce total à lui seul, plus de trois fois.
La méthode suit une tendance : moins d’attaques, mais plus ambitieuses, ciblant les salariés qui disposent d’accès privilégiés, parfois approchés par de fausses offres d’emploi. Le maillon faible n’est plus le code. C’est l’humain derrière l’écran.
Binance promet de payer, le marché tousse
Binance assure que les fonds des utilisateurs sont en sécurité et que les pertes seront couvertes par son fonds d’urgence et ses ressources propres. Environ 3 milliards de dollars d’actifs auraient été gelés dans les heures suivant l’attaque. La plateforme promet de publier une nouvelle preuve de réserves une fois son infrastructure rétablie. Selon une source citée par Zonebourse, le FBI et le Secret Service coopèrent avec elle.
Le bitcoin est passé d’environ 80 000 à 76 000 dollars en quelques heures, avant de remonter vers 78 000. L’ether et le BNB ont aussi reculé. Ces chiffres et cette attribution restent préliminaires.
L’enjeu dépasse le montant. Binance revendique des dizaines de millions de clients dans le monde. La question posée par ce casse n’est plus seulement technique : elle porte sur la confiance accordée à une plateforme centralisée qui garde, pour ses utilisateurs, les clés de leurs avoirs.
Le piratage de Binance rappelle une vérité vieille comme le coffre-fort : le meilleur verrou ne vaut rien si quelqu’un a la clé. Ici, il aura suffi d’un portable.