Trois millions de numéros de téléphone se sont retrouvés entre les mains d’un cybercriminel, selon un communiqué de la DGCCRF diffusé mercredi 12 août 2026. La cible n’est autre que Bloctel, la liste d’opposition au démarchage téléphonique que des millions de Français utilisaient pour échapper aux appels commerciaux. Les autorités assurent que la base de données elle-même n’a pas été compromise et qu’aucune donnée personnelle nominative n’a été divulguée.
Le vol a été découvert avant d’être rendu public. La Répression des fraudes a alerté les consommateurs ce mercredi 12 août à la suite d’une fuite de données touchant la liste d’opposition Bloctel. Selon la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), un « cybercriminel » a réussi à « récupérer des fichiers contenant 3 millions de numéros de téléphone ». Trois millions de lignes appartenant à des usagers qui s’étaient inscrits sur Bloctel dans le seul but de ne plus être dérangés par des appels commerciaux. Le paradoxe est là, tenace : le bouclier a fui.
Ce que la DGCCRF dit avoir vérifié
Les précisions apportées par l’autorité sont mesurées. Aucune donnée personnelle, ni nom, ni adresse, n’aurait été divulguée, selon le communiqué. La base de données elle-même, assure la DGCCRF, n’a pas été compromise : seuls des fichiers contenant les numéros auraient été récupérés. Les consommateurs inscrits sur Bloctel concernés par cet incident en ont été informés par courriel, précise le texte. La DGCCRF appelle les usagers à rester vigilants face aux sollicitations inhabituelles et aux demandes d’action dont ils ne seraient pas à l’origine. Reste une question que le communiqué ne tranche pas : comment un service chargé de protéger les numéros de téléphone des Français a-t-il laissé s’échapper trois millions d’entre eux.
Bloctel ferme boutique en pleine tempête
L’incident tombe à un moment particulier. Il est survenu avant la fermeture définitive de Bloctel, entérinée par une loi visant à lutter contre le harcèlement téléphonique. Cette réforme est entrée en vigueur mardi 11 août 2026, la veille de l’alerte de la DGCCRF. Elle met fin au système d’inscription volontaire sur liste d’opposition. Désormais, tout appel commercial doit être précédé d’un consentement explicite, préalable et traçable, dont le professionnel doit apporter la preuve. Créé par la loi Hamon et lancé le 1er juin 2016, Bloctel disparaît donc sur une fuite de données, sans avoir eu le temps de solder ses comptes en toute discrétion, dix ans après avoir promis aux Français des soirées sans coup de fil intempestif.
Les réflexes à adopter pour les usagers concernés
Pour les millions d’inscrits, la vigilance reste de mise même après la fermeture du service. La DGCCRF recommande de se méfier de tout appel, SMS ou courriel inhabituel, en particulier ceux qui réclament une action urgente : clic sur un lien, communication d’un code reçu par SMS, rappel d’un numéro surtaxé. Ne jamais donner suite à une sollicitation dont on n’est pas à l’origine, vérifier l’identité de l’interlocuteur par un canal indépendant et signaler tout démarchage abusif restent les gestes de base. Les numéros dérobés peuvent nourrir des campagnes de phishing par téléphone, dite « vishing », ou de smishing par SMS, où le numéro compromis sert d’appât pour paraître légitime. En cas de doute sur un appel se présentant comme officiel, raccrocher et rappeler l’organisme concerné via un numéro trouvé indépendamment, sur un site institutionnel par exemple, reste le réflexe le plus sûr. Les victimes de démarchage abusif ou de tentatives d’escroquerie téléphonique peuvent aussi signaler les faits sur la plateforme Signal Conso de la DGCCRF, qui centralise ce type de plainte.
Le service qui devait mettre les Français à l’abri du démarchage aura fini par leur apprendre une chose : aucun fichier n’est totalement étanche, pas même celui censé les protéger. Bloctel referme ses portes sur cette ironie tenace, laissant derrière lui trois millions de numéros en circulation. La vigilance, elle, ne prend pas sa retraite, mais semble impuissante face à l’appât du gain que suscitent les données, nouvelle or noir de la “IVe Révolution industrielle”.