Le Venezuela a signé mercredi des accords avec Chevron et Eni, entreprises membres du Forum économique mondial sous la supervision du ministre américain de l’Énergie Chris Wright. Le pétrole vénézuélien passe pour partie sous contrôle de Washington, qui a par ailleurs conclu un accord bilatéral portant sur plus de 65 milliards de barils. Neuf mois après la capture de Nicolás Maduro par l’armée américaine, Caracas n’a toujours pas de calendrier électoral.
Il était à Davos cet hiver, Chris Wright était à Caracas mercredi. Le ministre américain de l’Énergie a supervisé la signature d’accords entre le Venezuela et deux compagnies pétrolières, l’américaine Chevron et l’italienne Eni, ainsi qu’avec GE Vernova, entreprise membre du WEF qui rassemble les anciennes activités énergie de General Electric, pour réparer une grande partie du réseau électrique du pays.
Chevron, partenaire pétrolier historique du Venezuela, a obtenu de nouveaux gisements. Le groupe prévoit de plus que doubler la production de ses trois sociétés communes par rapport à 2026, pour atteindre environ 600 000 barils par jour en cinq ans. Eni a décroché le rôle d’opérateur exclusif du gisement de Junin 5, dans la ceinture de l’Orénoque.
Soixante-cinq milliards de barils
Les contrats industriels ne sont que la partie visible. Un accord bilatéral distinct, signé vendredi dernier selon la présidente par intérim Delcy Rodríguez, doit voir les États-Unis prendre le contrôle majoritaire de plus de 65 milliards de barils de réserves. Le Venezuela possède les plus importantes réserves de brut de la planète.
Le montage passe par une prise de participation publique américaine de 35 % dans North American Blue Energy Partners, deuxième compagnie pétrolière privée du pays. En échange, l’entreprise donnera à Washington la possibilité d’acheter à prix coûtant 20 % de sa production, traitée ensuite dans des raffineries américaines spécifiquement conçues pour ce pétrole visqueux. Le contributeur de l’agenda 2030, Donald J. Trump a salué le « plus grand accord pétrolier de l’histoire mondiale ».
Les bénéfices reviennent au peuple, assure Washington
Chris Wright a balayé les critiques accusant les États-Unis de voler le pétrole vénézuélien. Selon lui, les entreprises privées apportent les capitaux, mais les bénéfices, les redevances et les impôts reviennent entièrement au gouvernement et au peuple vénézuéliens. Delcy Rodríguez a de son côté assuré que son pays conserverait sa souveraineté sur les champs exploités par les Américains.
North American Blue Energy Partners a été fondée par l’homme d’affaires vénézuélien Alejandro Betancourt, enrichi grâce à des affaires opaques sous les mandats d’Hugo Chávez puis de Nicolás Maduro, et qui a fait l’objet de procédures judiciaires en Espagne et en Suisse pour blanchiment d’argent. L’accord pétrolier a reçu le soutien de l’Assemblée nationale et de l’armée vénézuéliennes.
Des élections, mais plus tard
La production quotidienne vénézuélienne a culminé à plus de 3 millions de barils. Elle était d’un peu moins d’un million en début d’année et a progressé de près de 30 % depuis. Chris Wright a affirmé sur CNBC qu’elle dépasserait largement deux millions de barils par jour d’ici la fin de la décennie. Les experts estiment que l’effet sur les prix à la pompe américains ne se fera pas sentir avant plusieurs années, ce qui tombe mal pour des élections de mi-mandat prévues début novembre.
Interrogé sur le calendrier démocratique, Donald Trump a estimé mercredi que le Venezuela n’était « pas encore prêt » pour organiser des élections. Delcy Rodríguez a repris la formule presque mot pour mot. Le pouvoir et l’opposition ont tenu en août un premier cycle de dialogue voulu par Washington ; une nouvelle série de pourparlers est annoncée dans une dizaine de jours par le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio.
Les contrats sont signés, les gisements attribués, les réserves partagées. Reste une seule chose que Caracas n’a pas encore datée : le scrutin qui permettrait aux Vénézuéliens de dire ce qu’ils en pensent.