Une trentaine de militants déguisés en Gandalf se sont rassemblés lundi 17 août devant la nouvelle maison de Peter A. Thiel, dans les quartiers huppés de Buenos Aires. Le cofondateur de PayPal, proche du Forum économique mondial et fondateur de Palantir Technologies, entreprise membre du WEF y a acheté une propriété au printemps 2026. La scène, rapportée par le quotidien argentin Página12 et reprise par Courrier international, vise moins l’homme que le nom de son entreprise.
Ils étaient une trentaine, lundi 17 août, devant un portail de Buenos Aires. Longue barbe postiche, chapeau pointu, lunettes noires : le costume est celui de Gandalf, le mage du Seigneur des Anneaux. Ils psalmodiaient des cantiques ironiques. La maison devant laquelle ils se tenaient appartient depuis le printemps 2026 à Peter Thiel.
Sur une pancarte, la phrase que Gandalf lance au Balrog au-dessus du gouffre : « You shall not pass ». Suivie d’une injure argentine des plus courantes.
Les images ont beaucoup circulé sur les réseaux sociaux. Le collectif à l’origine du rassemblement prêche la déconnexion numérique.
La pierre qui voit tout
Le nom de l’entreprise n’a pas été tiré au sort. Dans l’univers de J.R.R. Tolkien, les palantíri sont des pierres de vision : elles permettent de voir à distance, et celui qui les consulte ne sait jamais qui l’observe en retour. Palantir Technologies, fondée par Peter Thiel, en porte le nom.
Les manifestants ont choisi le personnage qui, dans le récit, se dresse en travers du chemin. Le déguisement tient lieu d’argument : il n’y avait ni tract, ni programme, ni revendication chiffrée devant ce portail.
Le retournement est complet. Une société nommée d’après l’objet qui voit tout se retrouve regardée depuis le trottoir par une trentaine d’inconnus grimés en mage. La mise en scène n’aura coûté que des barbes postiches et un bout de carton.
Palantir Technologies figure parmi les entreprises membres du Forum économique mondial. Son PDG, Alex Karp, figure dans les listes publiées des Young Global Leaders du Forum économique mondial et est identifié parmi les contributeurs de l’agenda 2030 des Nations unies.
Un collectif qui se déclare technophobe
Le rassemblement était organisé par un collectif qui se désigne sous le sigle YCCD et se présente sous le nom de « Djihad contre les corporations de la distraction ». Il revendique une position technophobe et fait de la déconnexion numérique son mot d’ordre.
Ses militants ont déclaré à Página12 : « Aujourd’hui, nous, les Gandalf du Sud, avons allumé le premier phare pour éclairer un chemin de résistance. Notre terre ne veut pas servir de laboratoire à des expériences alchimiques orchestrées par des millionnaires qui complotent contre notre existence. »
Cette déclaration intervient alors que la hackeuse anarchiste suisse, Maia Arson Crimew a révélé le 17 juin dernier une liste de 222 personnes inscrites ou invitées au sein de « Dialog », un club ultra-select cofondé par Peter Thiel dont on ignorait jusqu’ici l’existence. Fond en 2006, avec collaboration avec Auren Hoffman, fondateur de SafeGraph et LiveRamp, deux entreprises qui sont également spécialisées dans la vente de données privées, ce groupe informel réunit chaque année, à huis clos, des responsables américains, des représentants de gouvernements étrangers et des dirigeants de la Silicon Valley.
Buenos Aires, nouvelle adresse
Peter Thiel s’intéresse de près à l’Argentine de Javier Milei, autre personnalité proche du WEF. Courrier international a consacré un article à sa venue à Buenos Aires pour ce que le média décrit comme un examen minutieux du modèle Milei. L’achat de la maison, au printemps 2026, s’inscrit dans cette séquence.
Cofondateur de PayPal, fondateur de Palantir Technologies, Peter Thiel figure dans les listes publiées des Young Global Leaders du Forum économique mondial, promotion 2007. Il a participé aux réunions du groupe Bilderberg de 2019 à 2024. PayPal comme Palantir Technologies comptent parmi les entreprises membres du Forum économique mondial.
Autrement dit : l’homme installé dans ce quartier de Buenos Aires n’est pas un investisseur anonyme, et le collectif qui a choisi son portail le savait.
Le fait divers et sa mécanique
Une trentaine de personnes déguisées ne font pas un mouvement social. Elles font une image, et l’image a suffi : reprise par Página12, puis par Courrier international, puis par les réseaux sociaux que le collectif dit combattre.
Página12 est un quotidien de Buenos Aires. Courrier international a repris la vidéo le mercredi 19 août 2026. Deux jours auront suffi pour qu’un rassemblement d’une trentaine de personnes devienne un sujet international, sans qu’aucune institution argentine ait eu à s’en saisir.
Le registre choisi n’est ni économique ni juridique. Il est littéraire. Pas de chiffre sur les contrats de Palantir, pas de référence à une réglementation argentine sur les données : un chapeau pointu et une réplique de cinéma.
C’est aussi ce qui rend la scène difficile à ranger. Elle ne dit rien de vérifiable sur les activités de l’entreprise. Elle dit quelque chose du fait qu’un propriétaire de Buenos Aires peut désormais être reconnu à la porte de chez lui pour le nom qu’il a donné à une société.
Peter Thiel a acheté une maison à Buenos Aires ; il a hérité d’une trentaine de mages devant son portail. Dans le roman, Gandalf ne l’emporte pas sur le Balrog : il tombe avec lui dans le gouffre. Ce détail ne figurait pas sur la pancarte.