Pérou : le candidat de gauche Roberto Sánchez saisit la CIDH après la victoire contestée de Keiko Fujimori

Quelques jours après la confirmation officielle de la victoire de Keiko Fujimori à l’élection présidentielle péruvienne, son adversaire de gauche Roberto Sánchez refuse de tourner la page. Le candidat a annoncé le dépôt d’un recours devant la Commission interaméricaine des droits de l’Homme, dénonçant de graves irrégularités dans le processus électoral. Cette nouvelle étape prolonge une séquence politique particulièrement tendue dans un Pérou marqué depuis plusieurs années par une profonde instabilité institutionnelle.

Le climat politique reste électrique au Pérou. Mercredi 1er juillet 2026, le candidat de gauche Roberto Sánchez a annoncé avoir saisi la Commission interaméricaine des droits de l’Homme (CIDH) afin de contester les résultats de l’élection présidentielle remportée par la candidate conservatrice Keiko Fujimori. Cette démarche intervient seulement quelques jours après la validation officielle des résultats par les autorités électorales péruviennes, mettant provisoirement un terme à plusieurs semaines d’attente et de contestations.

Selon les chiffres définitifs publiés par l’Office national des processus électoraux (ONPE), Keiko Fujimori a remporté le second tour organisé le 7 juin 2026 avec 50,135 % des suffrages contre 49,865 % pour Roberto Sánchez. L’écart représente moins de 50 000 voix sur plus de 18 millions de bulletins exprimés, faisant de cette présidentielle l’une des plus serrées de l’histoire démocratique récente du Pérou. Les résultats définitifs n’ont toutefois été confirmés que le 29 juin, après l’examen de nombreux recours électoraux déposés au cours des semaines suivant le scrutin.

Face à cette issue, Roberto Sánchez refuse toujours de reconnaître la légitimité du résultat. Selon lui, plusieurs irrégularités auraient affecté le déroulement du vote, notamment concernant le traitement des suffrages des Péruviens résidant à l’étranger. Son recours devant la CIDH vise désormais à faire reconnaître une atteinte aux droits politiques des électeurs et à obtenir un examen international de la procédure électorale.

La Commission interaméricaine des droits de l’Homme, institution autonome de l’Organisation des États américains (OEA), ne dispose pas du pouvoir d’annuler une élection présidentielle. En revanche, elle peut examiner d’éventuelles violations des droits fondamentaux, demander des explications aux autorités nationales et, dans certains cas, transmettre une affaire devant la Cour interaméricaine des droits de l’Homme. La procédure engagée par Roberto Sánchez apparaît donc davantage comme une initiative juridique et politique destinée à maintenir la pression sur les institutions péruviennes qu’un recours susceptible de remettre immédiatement en cause l’investiture présidentielle.

Cette contestation s’inscrit dans un contexte particulièrement polarisé. Durant toute la campagne présidentielle de 2026, le duel entre Roberto Sánchez et Keiko Fujimori a cristallisé les divisions profondes qui traversent le pays. Ancien ministre du Commerce extérieur sous la présidence de Pedro Castillo, Roberto Sánchez s’est présenté comme le défenseur des populations rurales, des communautés autochtones et des régions longtemps marginalisées par le développement économique. Il plaidait notamment pour une nouvelle Constitution, une décentralisation accrue des pouvoirs ainsi qu’une réforme profonde des institutions nationales.

En face, Keiko Fujimori incarnait une ligne conservatrice axée sur le rétablissement de l’ordre, la lutte contre l’insécurité et la stabilité économique. Fille de l’ancien président Alberto Fujimori, dont l’héritage demeure extrêmement controversé au Pérou, elle effectuait sa quatrième tentative pour accéder à la présidence après plusieurs échecs lors des précédents scrutins. Sa victoire marque le retour au pouvoir du courant fujimoriste dans un pays profondément divisé sur le bilan de son père, à la fois salué par certains pour avoir combattu le terrorisme dans les années 1990 et critiqué pour les nombreuses violations des droits humains commises sous son régime.

L’élection présidentielle intervient par ailleurs après près d’une décennie d’instabilité politique chronique. Depuis 2016, le Pérou a connu une succession rapide de chefs d’État, plusieurs procédures de destitution, des crises institutionnelles majeures ainsi que des manifestations parfois meurtrières. La tentative de dissolution du Congrès par Pedro Castillo en décembre 2022 avait notamment plongé le pays dans une grave crise politique ayant provoqué des dizaines de morts lors des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre.

Dans ce contexte, la présidentielle de 2026 devait permettre un retour à une certaine stabilité institutionnelle. Pourtant, les contestations de Roberto Sánchez entretiennent un climat de défiance envers les autorités électorales. Les organismes chargés de superviser le scrutin affirment pour leur part que les procédures de vérification ont été respectées et que les différents recours examinés n’ont pas permis de démontrer l’existence d’une fraude susceptible de modifier le résultat final.

Ces derniers jours, plusieurs rassemblements de partisans de Roberto Sánchez ont été organisés à Lima afin de réclamer davantage de transparence dans le processus électoral. Le candidat appelle ses soutiens à poursuivre leur mobilisation de manière pacifique tout en poursuivant les démarches judiciaires engagées à l’échelle nationale et internationale. De son côté, Keiko Fujimori s’est félicitée de sa victoire et prépare désormais son entrée en fonctions prévue le 28 juillet 2026, date symbolique correspondant à la fête nationale péruvienne.

Si le recours devant la Commission interaméricaine des droits de l’Homme ne suspend pas le processus de transition présidentielle, il témoigne néanmoins de la persistance des fractures politiques au Pérou. Entre institutions fragilisées, défiance d’une partie de la population envers le système électoral et forte polarisation idéologique, le prochain mandat de Keiko Fujimori s’annonce sous haute tension, alors que le pays espère retrouver une stabilité durable après plusieurs années de crises successives.

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