Pavel Durov, fondateur et patron de Telegram

Pavel Durov : le patron de Telegram réentendu par la justice

Pavel Durov, le fondateur de Telegram, a été interrogé pendant plus de six heures par les juges d’instruction chargés de son dossier judiciaire à Paris. Cette audition, la quatrième depuis sa mise en examen à l’été 2024, s’inscrit dans l’enquête visant la messagerie pour complicité présumée avec des activités criminelles. Ses avocats dénoncent l’absence d’éléments probants après près de deux ans de procédure.

Pavel Durov est arrivé vers 10 heures au tribunal judiciaire de Paris, vêtu simplement d’un pantalon, d’un pull à capuche et de baskets noirs, a constaté un journaliste de l’AFP. L’entrepreneur milliardaire, né en Russie et détenteur des passeports français et émirati, a été entendu pendant plus de six heures par les juges d’instruction en charge du dossier. Selon une source proche de l’enquête, il s’agissait de son quatrième interrogatoire depuis sa mise en examen prononcée en 2024.

Ses avocats, Mes Christophe Ingrain, Robin Binsard et Guillaume Martine, ont indiqué à l’AFP que des recours avaient été déposés tant devant les juridictions françaises que devant les instances européennes. Ils affirment que près de deux ans après la mise en examen de leur client, “il n’existe toujours aucun élément venant établir le bien-fondé des accusations”. Cette longueur de procédure, sans mise en accusation formelle à ce stade, nourrit la stratégie de défense de l’entrepreneur, qui multiplie les recours pour contester le cadre judiciaire dans lequel il évolue depuis son interpellation.

Des accusations centrées sur le défaut de modération

La justice française reproche à Pavel Durov de ne pas avoir suffisamment agi contre les usages délictueux de sa messagerie par certains de ses utilisateurs, en pointant notamment une modération jugée insuffisante et un manque de collaboration avec les enquêteurs. Placé sous contrôle judiciaire depuis son interpellation, l’entrepreneur avait déjà été entendu en décembre 2024.

Il avait alors assuré aux juges ne pas avoir créé Telegram, en 2013, avec son frère “pour les criminels”, tout en concédant que leur présence sur la plateforme, qualifiée de “fraction minime”, avait progressé au fil du temps. Ces déclarations restent au coeur de l’instruction, qui doit établir la part de responsabilité pénale du dirigeant dans la gestion de sa messagerie. Fondée par les frères Durov, Telegram s’est construite au fil des années comme une alternative revendiquant un chiffrement poussé et une modération allégée, ce qui explique en partie l’attention portée par les autorités judiciaires de plusieurs pays à son fonctionnement.

Une coopération judiciaire jugée en progrès

Depuis l’interpellation de Pavel Durov fin août 2024 à l’aéroport du Bourget, en Seine-Saint-Denis, plusieurs acteurs de la lutte contre la criminalité organisée constatent une meilleure collaboration de Telegram avec les autorités françaises. Contactée par l’AFP, la plateforme a assuré mercredi que “la seule chose qui a changé après la mise en garde à vue de M. Durov en France est que les autorités françaises ont commencé à adresser correctement leurs demandes judiciaires à Telegram”.

Cette évolution est présentée par l’entreprise comme la preuve d’une meilleure articulation avec la justice française, plutôt que comme un changement de politique interne. Le débat reste ouvert sur la réalité de ces avancées, les enquêteurs continuant de documenter les échanges avec la plateforme dans le cadre de l’instruction en cours.

Pavel Durov s’est publiquement montré solidaire d’Elon Musk, patron de X, lui-même visé par une information judiciaire pour soupçons de complicité de diffusion d’images pédopornographiques. En avril dernier, le fondateur de Telegram avait estimé que “la France de Macron perd de la légitimité en instrumentalisant les enquêtes pénales pour réprimer la liberté d’expression et la vie privée”.

Alors que la procédure s’étire depuis près de deux ans sans mise en accusation formelle, l’affaire Durov continue de cristalliser les tensions entre régulation du numérique et défense des libertés individuelles. La suite de l’instruction déterminera si les recours déposés par la défense aboutiront à un allègement du contrôle judiciaire imposé à l’entrepreneur, dans un dossier suivi de près par l’ensemble du secteur des plateformes numériques.


Source : Le Figaro avec AFP — https://www.lefigaro.fr/actualite-france/paris-le-patron-de-telegram-pavel-durov-de-nouveau-interroge-par-des-juges-20260708