Panama : le pays annonce la construction d’une prison de haute sécurité pour isoler les chefs de gangs

Le Panama rejoint à son tour la liste des pays d’Amérique latine qui misent sur des établissements pénitentiaires ultra-sécurisés pour reprendre le contrôle face au crime organisé. Après une série d’événements ayant mis en lumière les failles du système carcéral panaméen, le président José Raúl Mulino a annoncé, le 1er juillet 2026, la création d’une prison de haute sécurité destinée aux principaux chefs de gangs. Une décision qui s’inscrit dans une tendance régionale largement influencée par la stratégie sécuritaire déployée au Salvador.

Le gouvernement panaméen entend durcir considérablement sa politique pénitentiaire. Le mercredi 1er juillet 2026, le président José Raúl Mulino a annoncé le lancement d’un projet de prison de haute sécurité destinée à accueillir les principaux chefs des organisations criminelles opérant dans le pays. L’objectif affiché est clair : empêcher ces détenus de continuer à diriger leurs réseaux depuis leur cellule et reprendre le contrôle d’un système carcéral fragilisé par plusieurs incidents récents.

Cette nouvelle infrastructure sera implantée dans la province de Darién, une région stratégique située à l’est du pays, à proximité de la frontière colombienne. L’établissement devrait accueillir environ 1 500 détenus, exclusivement considérés comme les profils les plus dangereux du Panama. Selon les autorités, les mesures de sécurité seront renforcées afin d’empêcher toute communication avec l’extérieur et de limiter les risques d’évasion.

Cette annonce intervient dans un contexte particulièrement tendu pour les autorités panaméennes. Quelques semaines auparavant, le pays avait été confronté à l’une des plus importantes failles de son système pénitentiaire depuis plusieurs années. À la fin du mois de juin 2026, près de 200 détenus se sont échappés de la prison de La Joyita, située à une trentaine de kilomètres de Panama City, après que des affrontements armés eurent éclaté entre groupes criminels rivaux à l’intérieur de l’établissement. Les forces de sécurité sont parvenues à reprendre progressivement le contrôle de la prison et à capturer une partie des fugitifs, mais l’événement a profondément marqué l’opinion publique.

Quelques jours avant cette spectaculaire évasion, un autre drame avait renforcé la pression sur le gouvernement. Une fillette de 10 ans a été tuée lors d’une fusillade attribuée à des gangs dans un quartier de la capitale. Ce meurtre, largement relayé dans les médias locaux, est devenu le symbole d’une violence qui ne se limite plus aux affrontements entre organisations criminelles mais touche désormais directement la population civile.

Face à cette situation, José Raúl Mulino a affirmé que son gouvernement ne pouvait plus se contenter d’améliorer les infrastructures existantes. Selon lui, les principaux chefs de gangs continuent d’exercer leur influence depuis les prisons classiques, organisant trafics, extorsions et règlements de comptes grâce à des téléphones portables introduits illégalement ou à des réseaux de complicité internes. La future prison de haute sécurité devra précisément rompre cette capacité de commandement en imposant un régime de détention beaucoup plus strict.

Le projet panaméen rappelle immédiatement le modèle développé par le Salvador ces dernières années. En février 2023, le président salvadorien Nayib Bukele inaugurait le Centre de confinement du terrorisme (CECOT), un complexe pénitentiaire présenté comme l’un des plus grands et des plus sécurisés du continent américain. Construit dans le cadre de l’état d’urgence instauré en mars 2022, cet établissement est devenu le symbole de la politique de lutte contre les gangs menée contre les organisations MS-13 et Barrio 18.

Le CECOT a rapidement attiré l’attention de nombreux gouvernements latino-américains confrontés à une montée de la criminalité organisée. Si les organisations de défense des droits humains dénoncent régulièrement les conditions de détention et les arrestations massives pratiquées au Salvador, plusieurs dirigeants de la région considèrent néanmoins que cette stratégie a permis de faire reculer de manière spectaculaire les homicides et l’influence des gangs dans le pays.

Le Panama semble désormais vouloir s’inspirer de cette approche tout en adaptant son dispositif à ses propres réalités sécuritaires. José Raúl Mulino n’a d’ailleurs jamais caché son intérêt pour certaines mesures mises en œuvre par son homologue salvadorien, estimant que les organisations criminelles ne peuvent être combattues efficacement sans un contrôle total des établissements pénitentiaires.

Au-delà du cas salvadorien, plusieurs pays d’Amérique latine ont récemment durci leur politique carcérale face à la montée des violences liées au narcotrafic et aux gangs urbains. L’Équateur a, lui aussi, engagé depuis 2024 une refonte de son système pénitentiaire après une série d’émeutes meurtrières dans ses prisons, certaines étant contrôlées de facto par des organisations criminelles. Le Costa Rica a également renforcé la sécurité de ses établissements, même si son modèle reste moins radical que celui observé au Salvador ou désormais envisagé au Panama.

Dans le cas panaméen, la situation est d’autant plus sensible que le pays occupe une position géographique stratégique dans les routes du trafic de drogue reliant l’Amérique du Sud à l’Amérique du Nord. Les autorités locales font face à des réseaux criminels structurés, souvent transnationaux, qui exploitent les zones urbaines mais aussi les régions frontalières plus difficiles à contrôler, comme le Darién. Cette région, déjà connue pour les flux migratoires irréguliers, est aussi devenue un espace de passage pour divers trafics, accentuant les défis sécuritaires du gouvernement.

La future prison de haute sécurité, annoncée par José Raúl Mulino, est donc présentée comme un outil central dans une stratégie plus large de reconquête du contrôle territorial. Le gouvernement insiste sur la nécessité de couper les liens entre les détenus les plus influents et leurs réseaux extérieurs. Cela passe par un isolement renforcé, une surveillance électronique accrue et des restrictions strictes des communications. Mais cette orientation suscite déjà des interrogations.

Plusieurs organisations de défense des droits humains en Amérique latine rappellent que les politiques de confinement extrême peuvent entraîner des dérives, notamment en matière de surpopulation carcérale et de conditions de détention. Elles appellent les autorités panaméennes à garantir un cadre légal strict et à éviter toute généralisation des détentions de masse. Sur le plan politique, cette annonce intervient également dans un contexte où le président José Raúl Mulino cherche à affirmer son autorité, quelques mois seulement après le début de son mandat. La lutte contre l’insécurité est devenue un axe central de son discours, et la construction de cette prison s’inscrit dans une volonté de réponse rapide et visible face à une opinion publique inquiète.

Reste désormais à savoir si ce projet pourra réellement répondre à la complexité du phénomène des gangs au Panama. Car au-delà des murs et des dispositifs de haute sécurité, les experts rappellent que les causes profondes de la criminalité, pauvreté, inégalités sociales, trafic international, nécessitent des politiques de long terme, dépassant largement le cadre pénitentiaire. Dans un paysage régional où les modèles sécuritaires se durcissent, le Panama fait donc le choix d’une ligne plus ferme, s’inscrivant dans une tendance latino-américaine qui privilégie de plus en plus la fermeture et l’isolement des profils criminels les plus dangereux

Sources