OVHcloud prépare son entrée dans la conception de grands modèles de langage avec un premier LLM open source attendu fin novembre 2026. Son fondateur et PDG, Octave Klaba, promet une architecture particulièrement innovante et affiche ses ambitions dans l’intelligence artificielle européenne. Une offensive technologique accompagnée de critiques contre Mistral AI, alors que l’hébergeur français vient de publier ses premiers flux de trésorerie disponibles positifs depuis son introduction en Bourse.
L’intelligence artificielle française pourrait bientôt compter un nouvel acteur dans la conception de grands modèles de langage. Octave Klaba, fondateur et PDG d’OVHcloud, a annoncé le lancement d’un premier LLM développé en interne, dont la publication est prévue pour la fin du mois de novembre 2026.
Dans un entretien accordé à La Tribune le 20 octobre, le dirigeant de l’entreprise roubaisienne affirme que ce futur modèle reposera sur une architecture « très en avance sur son temps ».
La promesse est ambitieuse pour un groupe historiquement spécialisé dans l’hébergement de sites Internet, les infrastructures informatiques et les services cloud.
Avec cette annonce, OVHcloud entend franchir une nouvelle étape : ne plus seulement fournir les serveurs nécessaires au fonctionnement des intelligences artificielles, mais également développer ses propres technologies.
Cette stratégie intervient alors que le groupe présente des résultats financiers en amélioration et cherche à renforcer sa position face aux grands acteurs internationaux du cloud et de l’IA.
OVHcloud veut développer son propre modèle d’intelligence artificielle
Fondé en 1999 à Roubaix, OVHcloud s’est progressivement imposé comme l’un des principaux fournisseurs européens d’infrastructures cloud.
Jusqu’à présent, son activité reposait essentiellement sur la mise à disposition de serveurs, de capacités de stockage et de ressources informatiques destinées aux entreprises et aux développeurs.
Le lancement annoncé d’un grand modèle de langage marque donc une évolution importante de son positionnement.
Contrairement à un simple service permettant d’utiliser des modèles conçus par d’autres entreprises, OVHcloud souhaite disposer de sa propre technologie d’intelligence artificielle générative.
Le futur LLM sera distribué en open source, selon les déclarations d’Octave Klaba. Cette approche doit permettre aux utilisateurs d’accéder au modèle, de le télécharger et de l’adapter à leurs besoins, sous réserve des conditions de sa licence.
Le dirigeant insiste particulièrement sur les innovations architecturales promises par cette technologie.
Toutefois, OVHcloud n’a pas encore communiqué les caractéristiques techniques détaillées de son futur modèle.
Sa taille, le nombre de paramètres utilisés, ses capacités réelles et ses performances face aux solutions concurrentes restent inconnus.
Le groupe n’a pas non plus présenté de résultats de tests indépendants permettant de mesurer les avancées annoncées.
Le rachat de Dragon LLM, une étape stratégique
Pour accélérer son développement dans l’intelligence artificielle, OVHcloud s’est notamment appuyé sur une acquisition réalisée au printemps.
Le 25 mars 2026, l’entreprise a annoncé le rachat de Dragon LLM, une société parisienne spécialisée dans les technologies de traitement automatique du langage.
Fondée en 2011 sous le nom de Lingua Custodia, cette entreprise avait initialement développé des solutions de traduction destinées au secteur financier.
Elle s’est ensuite orientée vers la conception de modèles d’intelligence artificielle reposant sur des architectures alternatives aux réseaux de neurones traditionnels.
Dragon LLM a notamment travaillé sur une architecture hybride associant les technologies Mamba et Transformer.
Les Transformers constituent la base de nombreux modèles de langage modernes, notamment ceux utilisés dans les assistants conversationnels.
L’architecture Mamba repose sur une approche différente du traitement des séquences de données. Son association avec les Transformers vise notamment à améliorer l’efficacité du traitement de longs contextes tout en réduisant les besoins en ressources informatiques.
Cette perspective intéresse particulièrement les entreprises confrontées au coût élevé de l’entraînement et de l’utilisation des grands modèles de langage.
OVHcloud n’a cependant pas confirmé que son premier LLM, attendu en novembre, utilisera directement l’architecture développée par Dragon LLM.
Une stratégie d’intelligence artificielle organisée en cinq niveaux
Dans son entretien à La Tribune, Octave Klaba détaille une stratégie visant à maîtriser plusieurs composantes de la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle.
L’ambition du groupe ne se limite pas au développement de modèles. OVHcloud souhaite intervenir depuis les infrastructures matérielles jusqu’aux applications utilisées quotidiennement par les entreprises.
Cette organisation repose sur cinq niveaux complémentaires. Le premier concerne les processeurs graphiques, ou GPU, indispensables à l’entraînement et à l’exécution de nombreux modèles d’intelligence artificielle.
Ces équipements doivent être installés dans les centres de données du groupe, dont la puissance électrique disponible atteint 250 mégawatts selon les informations communiquées.
Le deuxième niveau porte sur l’orchestration informatique, c’est-à-dire les logiciels permettant de répartir les calculs entre les différentes ressources matérielles.
Le troisième concerne la commercialisation de capacités d’intelligence artificielle à l’usage, selon un modèle économique appelé « tokens as a service ». Les entreprises paient alors en fonction du volume de données textuelles traité par les modèles.
Le quatrième niveau vise l’hébergement et le déploiement d’applications d’intelligence artificielle destinées aux professionnels.
Enfin, le cinquième concerne les services directement accessibles aux utilisateurs, notamment à travers OVHai Workspace.
Cette plateforme doit réunir plusieurs outils professionnels, dont la messagerie électronique, le stockage, la visioconférence et des agents d’intelligence artificielle.
Elle s’inscrit dans la volonté d’OVHcloud de proposer une alternative européenne aux grandes suites collaboratives, notamment Microsoft 365.
Une première version bêta est attendue lors du sommet annuel du groupe, prévu en novembre.
Cybersécurité, programmation et agents autonomes : les prochaines priorités
Après son premier modèle généraliste, OVHcloud prévoit de développer des intelligences artificielles spécialisées dans plusieurs secteurs.
La cybersécurité figure au premier rang de ses priorités. Le groupe souhaite travailler sur des modèles capables d’intervenir aussi bien dans la protection des systèmes informatiques que dans l’analyse offensive des vulnérabilités.
Cette orientation correspond à l’histoire de l’entreprise, fortement liée à l’hébergement et à la sécurisation des infrastructures numériques.
Lors d’une audition devant les députés, fin septembre, Octave Klaba avait d’ailleurs justifié cette ambition en rappelant l’expérience accumulée par OVHcloud dans le domaine de la sécurité informatique.
La génération de code constitue un deuxième axe de développement. Les modèles spécialisés dans la programmation peuvent notamment assister les développeurs dans l’écriture, l’analyse et la correction de logiciels.
Le troisième domaine concerne l’intelligence artificielle agentique. Cette technologie vise à développer des systèmes capables d’enchaîner plusieurs tâches de manière relativement autonome, en mobilisant différents outils informatiques. OVHcloud envisage notamment des applications dans les secteurs de la finance, des ressources humaines et du droit.
Ces ambitions supposent toutefois des investissements importants, tant pour l’entraînement des modèles que pour leur déploiement à grande échelle.
Des investissements potentiellement considérables
Le coût de développement du premier LLM d’OVHcloud n’a pas été rendu public. Octave Klaba avait néanmoins donné, en juin 2026, une indication sur l’évolution des dépenses nécessaires à la conception de grands modèles d’intelligence artificielle.
Selon son estimation, un projet qui aurait auparavant nécessité environ un milliard d’euros pourrait désormais être réalisé avec un budget compris entre 150 et 200 millions d’euros.
Cette baisse supposée des coûts reflète les progrès recherchés dans les architectures informatiques et les méthodes d’entraînement.
Mais même à ce niveau, les sommes restent considérables pour OVHcloud.
Un investissement de 150 millions d’euros représenterait environ six fois le flux de trésorerie disponible dégagé par le groupe sur son dernier exercice.
L’entreprise devra donc concilier ses ambitions technologiques avec les ressources financières nécessaires à leur réalisation.
OVHcloud franchit le cap du milliard d’euros de chiffre d’affaires
L’annonce du futur modèle intervient au moment où OVHcloud publie des résultats annuels marqués par une amélioration de sa rentabilité.
Sur l’exercice clos le 31 août 2026, le groupe a enregistré un chiffre d’affaires de 1,145 milliard d’euros, en progression de 7,2 % à périmètre constant. Son Ebitda ajusté atteint 480,5 millions d’euros. Cet indicateur représente désormais 42 % du chiffre d’affaires, contre 40,4 % lors de l’exercice précédent.
L’évolution la plus significative concerne toutefois la trésorerie. Pour la première fois depuis son introduction en Bourse en 2021, OVHcloud annonce un flux de trésorerie disponible positif. Celui-ci atteint 24,7 millions d’euros, alors qu’il était négatif de 27 millions d’euros un an auparavant. La dynamique commerciale s’est également accélérée en fin d’exercice.
Au quatrième trimestre, la croissance a atteint 10,5 %, avec un chiffre d’affaires mensuel dépassant les 100 millions d’euros.
Ces performances constituent un résultat important pour Octave Klaba, revenu à la direction générale du groupe en octobre 2025.
Il avait alors succédé à Benjamin Revcolevschi, lui-même arrivé après Michel Paulin.
Ce retour aux commandes s’accompagnait d’une volonté de réorienter la stratégie de l’entreprise vers de nouveaux relais de croissance.
L’intelligence artificielle apparaît désormais comme l’un des principaux moteurs de cette transformation.
Octave Klaba critique ouvertement Mistral AI
Au-delà des annonces technologiques, le dirigeant d’OVHcloud a également profité de son entretien pour prendre ses distances avec Mistral AI.
Fondée en 2023 à Paris, cette entreprise s’est imposée comme l’une des principales figures françaises du développement de modèles d’intelligence artificielle générative.
Mais Octave Klaba ne semble pas envisager de rapprochement avec elle.
Le patron d’OVHcloud décrit Mistral comme une « ESN de l’IA », en référence aux entreprises de services du numérique spécialisées dans l’intégration et l’adaptation de solutions informatiques.
Cette comparaison revient à présenter la société parisienne davantage comme un fournisseur de services que comme un acteur technologique comparable à OVHcloud.
Pour défendre son analyse, Octave Klaba met en avant la taille commerciale de son propre groupe, avec environ 1,2 milliard d’euros de chiffre d’affaires et 1,6 million de clients.
Le chiffre d’affaires évoqué correspond à un arrondi des 1,145 milliard d’euros officiellement publiés.
Le dirigeant s’interroge également sur les valorisations et les financements obtenus par Mistral AI.
Il questionne notamment la justification économique des montants investis dans la jeune entreprise.
Mistral AI affiche pourtant des ambitions financières majeures
La comparaison entre OVHcloud et Mistral AI doit néanmoins être replacée dans le contexte de leurs modèles économiques respectifs.
OVHcloud dispose d’une activité historique d’hébergement et d’infrastructures, développée depuis plus de vingt-cinq ans.
Mistral AI, de son côté, évolue sur un marché nécessitant des investissements massifs dans la recherche, l’entraînement des modèles et les capacités de calcul.
Selon les chiffres rapportés dans l’article source, Mistral avait annoncé en février 2026 un revenu annualisé supérieur à 400 millions de dollars, soit environ 340 millions d’euros.
Cet indicateur correspond à une projection sur douze mois du rythme d’activité observé à un moment donné, et non à un chiffre d’affaires annuel déjà réalisé.
L’entreprise vise également un milliard de dollars de revenus récurrents d’ici la fin de l’année, soit environ 860 millions d’euros.
En septembre, Mistral aurait par ailleurs réalisé une levée de fonds de 3 milliards d’euros avec Samsung, selon les informations de l’article source.
Ces financements témoignent des moyens considérables mobilisés dans la compétition internationale autour de l’intelligence artificielle.
Ils soulignent également la différence entre une entreprise cloud déjà installée et une société spécialisée dans le développement de modèles fondamentaux.
Mistral AI propose d’ailleurs elle aussi des modèles dont les paramètres sont accessibles publiquement.
L’entreprise a notamment présenté Large 4 en 2026, avec des performances examinées à travers des évaluations indépendantes.
La concurrence annoncée entre les deux groupes ne se limite donc pas à une opposition entre infrastructures et services.
Elle pourrait progressivement s’étendre au développement des modèles eux-mêmes.
Un nouveau concurrent français sur le marché des LLM
L’arrivée annoncée d’OVHcloud dans la conception de grands modèles de langage pourrait modifier le paysage français de l’intelligence artificielle.
Le groupe dispose d’un avantage particulier : son expérience dans l’exploitation d’infrastructures informatiques et de centres de données.
Cette maîtrise pourrait lui permettre d’articuler plus étroitement les ressources matérielles, les logiciels d’orchestration et les modèles d’intelligence artificielle.
L’acquisition de Dragon LLM lui apporte également des compétences spécialisées dans les architectures de réseaux de neurones.
Mais plusieurs inconnues demeurent. OVHcloud n’a pas encore précisé le nombre de paramètres de son futur modèle, son architecture définitive, les ressources utilisées pour son entraînement ou ses performances sur les tests de référence.
La promesse d’un LLM « très en avance sur son temps » reste donc, pour l’instant, une ambition formulée par Octave Klaba.
La publication annoncée pour fin novembre 2026 permettra de découvrir les premières caractéristiques de cette technologie et d’évaluer sa place face aux modèles déjà disponibles.
À la même période, OVHcloud doit également présenter la version bêta d’OVHai Workspace lors de son sommet annuel.
Deux échéances qui marqueront une étape importante dans la transformation de l’hébergeur roubaisien en fournisseur de technologies d’intelligence artificielle.
Sources :
Fandroid, “OVHcloud promet son propre LLM open source “très en avance sur son temps”, et Octave Klaba tacle Mistral », publié le 20 octobre 2026.
La Tribune, entretien avec Octave Klaba publié le 20 octobre 2026.
OVHcloud et Mistral AI.