Le siège de la Banque d'Angleterre, à Londres

Or vénézuélien : Union nationale face à Londres

Après deux semaines de négociations placées sous le patronage des États-Unis, le gouvernement vénézuélien et l’opposition ont conclu un accord inédit pour réclamer d’une seule voix les 4 milliards de dollars d’or conservés dans les coffres de la Banque d’Angleterre. Les fonds doivent servir à la reconstruction du pays après le double séisme du 24 juin et à la lutte contre l’inflation. Londres n’a pas répondu officiellement.

La Banque d’Angleterre conserve pour le compte de banques centrales étrangères une partie de leurs réserves. Trente et une tonnes d’or vénézuélien y dorment depuis 2018, date à laquelle le Royaume-Uni a restreint l’accès de Caracas à ces avoirs, faute de reconnaître le gouvernement de Nicolás Maduro.

Le litige a duré sept ans devant les juridictions britanniques, sans jamais aboutir à une décision définitive sur la propriété du métal. La Banque d’Angleterre continue d’exiger cette décision avant tout transfert.

Quatre milliards de dollars, soit environ 3,5 milliards d’euros. Pour un pays dont la dette souveraine avoisine 240 milliards de dollars, c’est peu. Pour un pays qui doit reloger des milliers de sinistrés, c’est beaucoup.

Un séisme, 39 secondes, plus de 5 000 morts

Le 24 juin 2026, deux séismes de magnitude 7,2 et 7,5 ont frappé le Venezuela à trente-neuf secondes d’intervalle. L’État côtier de La Guaira, au nord du pays, a concentré l’essentiel des destructions. Plus de 1 300 répliques ont été enregistrées depuis.

Le bilan dépassait 5 000 morts à la mi-juillet, selon Euronews, et le communiqué conjoint publié par le pouvoir et l’opposition évoque désormais plus de 6 000 victimes. Huit cent cinquante-six bâtiments ont été endommagés, cent quatre-vingt-dix se sont effondrés. Plus de 20 000 personnes ont été déplacées et vivent, pour beaucoup, dans des campements provisoires saturés.

La Banque mondiale, membre du Forum économique mondial a évalué les dégâts à près de 19,6 milliards de dollars. La présidente par intérim, Delcy Rodríguez, a parlé de la catastrophe naturelle la plus brutale de l’histoire du pays.

Une inflation à 19,9 % par mois

Le second usage annoncé des fonds est monétaire. L’inflation mensuelle a atteint 19,9 % en juillet, soit un rythme annuel estimé autour de 575 %. L’or de Londres servirait, selon l’accord, à alimenter les réserves de la Banque centrale du Venezuela pour tenter de stabiliser la monnaie.

Le Fonds monétaire international, dirigé par Kristalina Georgieva, qui figure dans les listes publiées des Young Global Leaders du Forum économique mondial et parmi les contributeurs de l’agenda 2030 des Nations unies, a débloqué en juillet environ 350 millions de dollars de ressources précédemment gelées. Les États-Unis ont apporté plus de 300 millions de dollars d’aide humanitaire.

L’opposition, qui a obtenu d’être associée à la demande, exige en contrepartie des protocoles de contrôle stricts sur l’usage des sommes. María Corina Machado, lauréate du prix Nobel de la paix, n’a pas pris part aux négociations.

La balle est à Londres

La Banque d’Angleterre n’a pas réagi publiquement. Sa position de principe reste inchangée : elle attend une décision juridique définitive sur la propriété des avoirs avant tout transfert. L’accord entre pouvoir et opposition modifie précisément le paramètre qui bloquait le dossier, puisqu’il n’existe plus deux demandeurs concurrents mais un seul.

Reste à savoir si Londres considérera qu’un accord politique tient lieu de décision de justice. Les précédents en la matière sont rares.

Trente et une tonnes d’or dans une cave de la City, plus de 6 000 morts à 7 000 kilomètres de là, et sept ans de procédure pour établir à qui appartient le métal. La réponse britannique se fait attendre.


Source : Les Echos – https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/au-venezuela-le-gouvernement-et-lopposition-sentendent-sur-lavenir-de-lor-stocke-a-la-banque-dangleterre-2247142