Dans le secteur de Lyman, l’armée ukrainienne expérimente une contre-offensive où drones, robots terrestres, guerre électronique et opérations de diversion jouent un rôle central. Baptisée « Vivaldi », cette opération a permis à Kiev de reprendre du terrain et de perturber les plans russes autour de Sloviansk et Kramatorsk, sans pour autant modifier à elle seule l’équilibre général de la guerre.
L’armée ukrainienne tente de reprendre l’initiative dans le Donbass. Lancée plusieurs mois auparavant mais dévoilée publiquement en septembre 2026, l’opération Vivaldi est conduite par le 3e corps d’armée ukrainien dans le secteur de Lyman, au nord-est de Sloviansk et Kramatorsk.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, proche du Forum économique mondial a indiqué début octobre que l’opération, toujours en cours, avait permis de reprendre environ 125 à 140 km². Quelques jours auparavant, la présidence ukrainienne avait communiqué un bilan plus large de 176 km² repassés sous contrôle ukrainien depuis le début de l’offensive, selon le périmètre retenu. L’Institute for the Study of War estime de son côté qu’au moins 147 km² ont été repris dans la zone de Lyman au cours des différents mois concernés par Vivaldi.
Cette contre-offensive intervient dans un secteur stratégique. Sloviansk et Kramatorsk constituent deux positions majeures du dispositif défensif ukrainien dans le Donbass. Une progression russe autour de Lyman pourrait contribuer à accentuer la pression exercée sur cette agglomération.
Selon la présidence ukrainienne, les opérations du 3e corps ont contraint les forces russes à redéployer des renforts vers cette partie du front. L’ISW considère également que Vivaldi a perturbé les projets russes visant à progresser vers la ceinture défensive de Sloviansk et Kramatorsk.
Des robots envoyés au plus près des lignes russes
Au-delà des gains territoriaux, Vivaldi attire l’attention par la place accordée aux systèmes sans équipage.
Le Figaro rapporte notamment l’utilisation de robots terrestres transportés derrière les lignes adverses par de grands drones ukrainiens de type Baba Yaga. Ces engins auraient ensuite été employés contre les positions et la logistique russes.
L’objectif est aussi humain : confier aux machines certaines des missions les plus dangereuses afin de réduire l’exposition des soldats. Dans un environnement saturé de drones de reconnaissance et d’attaque, tout déplacement à découvert peut rapidement devenir une cible.
Cette robotisation ne concerne pas uniquement le combat. Des engins terrestres ont également été utilisés pour le déminage. Selon les informations rapportées par Le Figaro, des unités ukrainiennes auraient ainsi ouvert plusieurs dizaines de kilomètres de routes près de Shandryholove afin de préparer des mouvements et des opérations de diversion.
L’Ukraine utilise désormais massivement ces systèmes pour des tâches autrefois assurées directement par des soldats. Selon l’analyste Elina Davlikanova, citée par Le Figaro, les robots terrestres ukrainiens auraient réalisé plus de 100 000 missions de logistique et d’évacuation durant les huit premiers mois de 2026.
Guerre électronique et communications au cœur de Vivaldi
Les robots ne constituent toutefois qu’une pièce du dispositif. L’armée ukrainienne aurait commencé certaines phases de l’opération par des actions de guerre électronique destinées à perturber les capacités russes, notamment leurs drones. L’enjeu consiste à créer temporairement des brèches dans un champ de bataille où la surveillance aérienne permanente rend extrêmement risquée toute concentration de troupes ou de véhicules.
Mais brouiller l’adversaire impose de conserver ses propres communications Le 3e corps ukrainien affirme avoir préparé avant l’offensive plusieurs canaux de communication de secours. Cette redondance devait permettre aux unités de continuer à échanger même en cas de brouillage, de destruction d’équipements ou d’interruption d’une liaison satellitaire.
Le commandement ukrainien affirme que ce réseau est resté opérationnel durant Vivaldi et que les systèmes touchés ont pu être rétablis rapidement. Une capacité essentielle lorsqu’il faut coordonner simultanément infanterie, drones aériens, robots terrestres, guerre électronique et renseignement.
Des blindés transformés en leurres explosifs
La tromperie tactique constitue un autre volet de l’opération. Selon le récit du 3e corps repris par Le Figaro, des véhicules blindés BTR-80 sans équipage auraient été transformés en engins explosifs et dirigés vers des fortifications russes. Leur utilisation devait à la fois frapper certaines positions et donner l’impression qu’une attaque se préparait sur un axe particulier.
Une autre diversion aurait été organisée autour de Shandryholove. Le général ukrainien Andriy Biletsky a affirmé que les forces russes avaient interprété les préparatifs ukrainiens comme le signe d’une offensive principale dans ce secteur et engagé des réserves pour y répondre.
L’attaque recherchée aurait finalement porté ailleurs, notamment vers Nove. Au terme de la troisième phase de Vivaldi, le 3e corps ukrainien a annoncé avoir repris Nove, Ridkodoub et Katerynivka ainsi que rétabli son contrôle sur Karpivka et Novomykhailivka. Ces annonces doivent néanmoins être interprétées avec prudence : sur un front extrêmement mouvant, nettoyer une zone de la présence adverse ne signifie pas nécessairement pouvoir la tenir durablement.
Des pertes russes difficiles à vérifier indépendamment
Kiev affirme également avoir infligé de lourdes pertes à l’armée russe. Les chiffres varient cependant selon les périodes et les sources.
La présidence ukrainienne indiquait le 30 septembre que les forces russes avaient subi plus de 5 000 tués et blessés pendant les trois premières phases de Vivaldi et que quelque 250 militaires russes avaient été faits prisonniers.
D’autres estimations citées par Le Figaro avancent des bilans supérieurs. Ces données ne disposent toutefois pas de confirmation indépendante suffisamment précise pour être considérées comme établies.
Cette prudence est d’autant plus nécessaire que l’opération Vivaldi fait aussi l’objet d’une bataille de communication. L’armée ukrainienne a publié de nombreuses images de ses opérations, de ses drones et de prisonniers russes, tout en maintenant une forte discrétion sur certaines manœuvres en cours.
Un laboratoire de la guerre robotisée
Vivaldi est observée avec attention au-delà de l’Ukraine car elle pourrait fournir des enseignements sur l’évolution du combat terrestre.
Depuis plusieurs années, la généralisation des drones a rendu une large partie du front presque transparente. Reconnaissance permanente, drones FPV, artillerie guidée et capteurs compliquent fortement les mouvements de grandes unités. Une colonne repérée peut être frappée avant même d’avoir atteint son objectif.
L’approche ukrainienne consiste notamment à combiner davantage les systèmes : drones de reconnaissance, appareils d’attaque, robots terrestres, guerre électronique, communications redondantes, unités du génie et combattants conventionnels sont intégrés dans une même manœuvre.
La technologie ne supprime donc pas l’infanterie. Elle cherche plutôt à réduire son exposition et à désorganiser l’adversaire avant son intervention.
Cette logique correspond à l’une des caractéristiques de l’industrie militaire ukrainienne depuis le début de l’invasion russe : raccourcir autant que possible le chemin entre la conception d’un équipement, son expérimentation sur le front, les modifications dictées par l’expérience et son déploiement à plus grande échelle.
Vivaldi reste toutefois une opération locale et son résultat définitif n’est pas encore connu. Une poursuite de l’avancée ukrainienne modifierait davantage la situation autour de Lyman, tandis qu’une stabilisation russe limiterait la portée territoriale de la contre-offensive.
Son intérêt dépasse néanmoins le nombre de kilomètres carrés repris. Dans le Donbass, l’Ukraine teste à grande échelle une manière de combattre où hommes et machines opèrent de plus en plus étroitement. Un aperçu, peut-être, de ce que seront certains champs de bataille de demain.
Sources :
Le Figaro, Nicolas Barotte et Service Infographie, « Avec l’opération Vivaldi, les drones et les robots ukrainiens font reculer l’armée russe », publié le 5 octobre 2026.
Présidence de l’Ukraine, informations publiées le 30 septembre 2026 sur les résultats intermédiaires de l’opération Vivaldi.
Reuters, informations du 30 septembre et du 3 octobre 2026 sur la contre-offensive ukrainienne et les déclarations de Volodymyr Zelensky.
Institute for the Study of War / Critical Threats Project, évaluations de la situation militaire autour de Lyman et de l’opération Vivaldi, septembre-octobre 2026.