Face à une réduction historique des financements publics consacrés à la solidarité internationale, 188 ONG françaises ont choisi de parler d’une seule voix. Soutenues par plusieurs grands médias et régies publicitaires, qui ont offert des espaces de diffusion représentant plus d’un million d’euros de valeur, elles espèrent replacer la solidarité internationale au cœur du débat public et alerter sur les conséquences d’un désengagement de la France.
C’est une mobilisation sans précédent dans le paysage associatif français. Réunies au sein de Coordination SUD, 188 organisations non gouvernementales ont lancé au printemps 2026 une vaste campagne nationale destinée à défendre la solidarité internationale, mais aussi leur propre capacité à poursuivre leurs missions. Derrière cette initiative se cache une inquiétude profonde : celle de voir disparaître une partie des moyens consacrés à l’aide humanitaire, au développement, à la défense des droits humains ou encore à la protection de l’environnement.
La campagne, diffusée entre les mois de juin et août 2026, repose sur un constat partagé par l’ensemble des acteurs du secteur. Depuis 2024, les crédits publics destinés à la solidarité internationale connaissent une diminution continue. Après plusieurs coupes budgétaires successives, une nouvelle réduction de 800 millions d’euros est prévue en 2026, portant le recul global des financements à un niveau inédit en seulement deux ans. Pour de nombreuses associations, cette baisse compromet directement des programmes menés dans plusieurs dizaines de pays, qu’il s’agisse d’accès à l’eau potable, de santé, d’éducation, de sécurité alimentaire ou encore d’aide aux populations déplacées.
Cette situation intervient alors même que les crises humanitaires se multiplient. Les conflits armés, les catastrophes climatiques, les déplacements forcés de populations et l’aggravation de la pauvreté continuent d’accroître les besoins sur le terrain. Dans ce contexte, les ONG estiment que la diminution des financements publics risque d’avoir des conséquences durables bien au-delà des frontières françaises.
Pour la première fois, ces organisations ont donc choisi de mettre de côté leurs campagnes individuelles afin de porter un message commun. L’objectif est clair : rappeler que la solidarité internationale ne constitue pas une dépense secondaire mais un investissement destiné à prévenir les crises humanitaires, sanitaires, migratoires et climatiques qui concernent également la France et l’Europe. Parmi les signataires figurent plusieurs des principales organisations françaises de solidarité internationale, dont Action contre la Faim, Oxfam France, Médecins du Monde, Care France, WWF France, Action Éducation, la Croix-Rouge française ainsi que des dizaines d’autres associations engagées dans l’aide d’urgence, le développement, la protection de l’enfance ou la défense des droits fondamentaux.
Pour donner une visibilité à leur message, les ONG ont choisi une stratégie inhabituelle. Plutôt que de solliciter directement des dons auprès du grand public, elles ont lancé un appel aux professionnels des médias, de la publicité et de la communication afin d’obtenir des espaces publicitaires diffusés gratuitement. L’opération, imaginée avec Goodeed et son agence créative GoodStudio, visait à convaincre les régies publicitaires, les plateformes numériques, les éditeurs de presse, les groupes audiovisuels et les agences média de soutenir la campagne en offrant de la visibilité plutôt que des financements.
L’appel a rapidement trouvé un écho. Dès son lancement officiel en mars 2026, plusieurs acteurs majeurs du secteur ont répondu favorablement. Des groupes de presse, des plateformes numériques, des régies audiovisuelles et des entreprises spécialisées dans la publicité digitale ont accepté de mettre gratuitement à disposition des espaces de diffusion sur leurs différents supports.
Au fil des semaines, la mobilisation a largement dépassé les attentes initiales. Alors que l’objectif fixé au départ représentait l’équivalent de 250 000 euros d’espaces publicitaires, les contributions offertes ont finalement dépassé 1,4 million d’euros de valeur média. Cette visibilité exceptionnelle permet aux ONG de toucher plusieurs millions de Français sans mobiliser les ressources financières qu’elles consacrent habituellement à leurs actions de terrain.
Parmi les entreprises et régies ayant participé à cette opération figurent notamment TF1 Pub, FranceTV Publicité, M6 Unlimited, Alliance Gravity, Teads, Google Grants, Snapchat, Libération, Le Monde, Rakuten TV, Orisha Media ou encore plusieurs acteurs spécialisés dans la communication solidaire. Pour ces partenaires, l’enjeu consiste à mettre leur puissance de diffusion au service d’une cause d’intérêt général dans un contexte où les moyens des associations s’amenuisent.
La campagne, baptisée « On lance l’appel », s’articule autour d’un message simple : derrière les chiffres budgétaires se trouvent des millions de personnes qui dépendent quotidiennement de l’action des organisations humanitaires. Les visuels et les spots diffusés à la télévision, à la radio, dans la presse, sur Internet ou sur les réseaux sociaux invitent les citoyens à prendre conscience des conséquences d’une baisse durable des financements publics. L’objectif n’est pas de culpabiliser le public, mais de rappeler que les politiques de solidarité internationale participent également à la stabilité mondiale, à la prévention des crises et au développement économique de nombreux territoires.
Pour les ONG, cette campagne intervient à un moment charnière. Depuis plusieurs années, elles constatent une hausse continue des besoins sur le terrain. Les conflits en Ukraine, au Proche-Orient ou au Soudan, les effets de plus en plus marqués du changement climatique, ainsi que l’augmentation des crises alimentaires et sanitaires, nécessitent des moyens toujours plus importants. Dans le même temps, plusieurs États occidentaux, dont la France, revoient leurs priorités budgétaires dans un contexte marqué par la maîtrise des dépenses publiques et l’augmentation des budgets consacrés à la défense.
Les associations rappellent que la France s’était engagée ces dernières années à renforcer progressivement son effort en faveur de l’aide publique au développement, notamment à travers la loi de programmation relative au développement solidaire adoptée en 2021. Les réductions budgétaires intervenues depuis 2024 sont donc perçues par le secteur comme un changement de cap majeur, susceptible de fragiliser de nombreux programmes déjà engagés avec les partenaires locaux.
Au-delà des chiffres, les ONG mettent également en avant les conséquences concrètes de ces arbitrages. Une diminution des financements peut entraîner le report de campagnes de vaccination, la fermeture de centres de santé, la réduction de programmes éducatifs, le ralentissement de projets d’accès à l’eau potable ou encore une baisse de l’aide alimentaire dans certaines régions particulièrement vulnérables. Pour les organisations présentes sur le terrain, ces décisions budgétaires se traduisent rapidement par une réduction des capacités d’intervention auprès des populations les plus fragiles.
Cette mobilisation collective constitue également une première par son ampleur. Rarement les grandes ONG françaises avaient accepté de porter un message unique, dépassant leurs domaines d’action respectifs. Humanitaire, environnement, droits humains, lutte contre la pauvreté, protection de l’enfance ou développement durable : l’ensemble de ces causes sont réunies sous une même bannière afin de défendre un principe commun, celui de la solidarité internationale.
L’engagement des régies publicitaires illustre lui aussi une évolution des pratiques. En mettant gratuitement à disposition des espaces de communication habituellement commercialisés, plusieurs groupes audiovisuels, médias nationaux, plateformes numériques et entreprises du secteur publicitaire ont permis à cette campagne d’obtenir une visibilité exceptionnelle sans peser davantage sur les budgets des associations. La valeur cumulée de ces espaces, estimée à plus de 1,4 million d’euros, représente l’une des plus importantes opérations de mécénat média réalisées ces dernières années en faveur du secteur associatif français.
À travers cette initiative, les 188 ONG espèrent désormais replacer la solidarité internationale au cœur du débat public. Elles souhaitent rappeler que les crises humanitaires, climatiques ou sanitaires ne s’arrêtent pas aux frontières et que les investissements réalisés aujourd’hui contribuent aussi à prévenir des situations d’urgence plus coûteuses demain. Leur campagne se veut avant tout un appel à préserver les moyens d’action d’un secteur qui intervient quotidiennement auprès de millions de personnes dans le monde.
Sources :
Coordination SUD – Campagne « On lance l’appel » (2026) – https://www.coordinationsud.org
On lance l’appel – Présentation officielle de la campagne (2026) – https://onlancelappel.fr
Goodeed – Présentation de l’opération de mobilisation des régies publicitaires (2026) – https://www.goodeed.com
Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères – Données sur l’aide publique au développement et la politique française de solidarité internationale – https://www.diplomatie.gouv.fr
Loi n° 2021-1031 du 4 août 2021 de programmation relative au développement solidaire et à la lutte contre les inégalités mondiales – https://www.legifrance.gouv.fr
