À Toulouse, l’ancien attaquant des Bleus Olivier Giroud et une quarantaine de propriétaires se battent depuis six ans pour récupérer les fonds investis dans un hôtel quatre étoiles fermé. Un dossier emblématique des dérives possibles de l’investissement locatif meublé dans le secteur de l’hôtellerie.
Le projet remonte à la fin des années 2010 : un hôtel quatre étoiles est ouvert à Toulouse, financé en partie par des particuliers via le mécanisme des résidences de services. Chaque investisseur acquiert une ou plusieurs chambres, qu’il loue à l’exploitant hôtelier sous le statut fiscal du Loueur en meublé non professionnel (LMNP).
Parmi les souscripteurs figure Olivier Giroud, ancien attaquant de l’équipe de France et meilleur buteur de l’histoire des Bleus. Comme une quarantaine d’autres propriétaires, il a apporté plusieurs centaines de milliers d’euros au projet, attiré par une rémunération garantie et un cadre fiscal avantageux.
Un établissement fermé depuis six ans
L’hôtel a finalement fermé ses portes, après des années d’exploitation marquées par des difficultés croissantes. Depuis six ans, le bâtiment reste à l’arrêt. Les propriétaires se retrouvent privés des loyers censés couvrir leurs crédits immobiliers, tandis que leur bien perd en valeur faute d’activité commerciale.
Pour Olivier Giroud comme pour les autres investisseurs, le préjudice est triple : pertes de loyers, dépréciation du bien et coûts de procédure. Plusieurs d’entre eux ont dû puiser dans leur épargne personnelle pour continuer à honorer leurs mensualités d’emprunt.
Une bataille judiciaire qui s’éternise
Les propriétaires ont engagé plusieurs procédures pour tenter d’obtenir réparation. Les recours visent à la fois l’exploitant défaillant, le promoteur et les intermédiaires qui ont commercialisé l’opération. Les enjeux portent sur la qualité de l’information donnée aux investisseurs lors de la souscription et sur l’exécution du contrat de bail commercial.
Les délais judiciaires s’étirent, en grande partie parce que le dossier implique plusieurs sociétés et des comptes complexes. Les avocats des copropriétaires dénoncent ce qu’ils décrivent comme un « naufrage organisé », au cours duquel les responsabilités auraient été soigneusement dispersées pour rendre les recours plus difficiles.
La notoriété de Giroud, levier médiatique
La présence d’Olivier Giroud parmi les victimes a permis de remettre l’affaire sous le feu des projecteurs. Le footballeur, devenu figure populaire en France et à l’étranger, dispose d’une visibilité dont peu de propriétaires bénéficieraient seuls. Il a accepté que son nom soit associé au dossier pour donner plus de poids à la mobilisation.
Cette médiatisation alerte d’autres petits porteurs qui auraient pu être confrontés à des montages similaires. Plusieurs associations de défense des consommateurs et de propriétaires immobiliers ont déjà manifesté leur intérêt pour le dossier toulousain, espérant en faire un cas-école.
Un signal d’alarme pour l’investissement locatif
Au-delà du cas particulier de cet hôtel quatre étoiles, l’affaire interroge le modèle des résidences de services. Avantages fiscaux attractifs, promesses de rendements et complexité juridique se conjuguent parfois pour masquer les risques aux investisseurs particuliers, peu familiers du droit commercial.
Les autorités de contrôle, l’Autorité des marchés financiers et les associations de consommateurs appellent à un encadrement plus strict de la commercialisation de ces produits. Le dossier toulousain pourrait peser dans les futurs débats parlementaires sur la protection des épargnants qui investissent dans la pierre via ce type de schémas.
