Le gouvernement de Giorgia Meloni prépare un retour de l’Italie à l’énergie nucléaire, quarante ans après que la catastrophe de Tchernobyl a détourné le pays de cette source d’énergie. Un sondage de juin 2026 montre qu’environ 55 % des Italiens soutiennent désormais les réacteurs de nouvelle génération. Mais l’adhésion s’effondre dès qu’il s’agit d’accepter une centrale à proximité de chez soi.
L’Italie a pourtant été pionnière du nucléaire civil en Europe, avec quatre réacteurs en fonctionnement à la fin des années 1980. Un référendum organisé en 1987, dans la foulée de Tchernobyl, a mis fin au programme national. Une tentative de relance a échoué après la catastrophe de Fukushima : en 2011, 94 % des votants s’étaient opposés à la construction de nouveaux réacteurs. Deux référendums, deux catastrophes étrangères comme déclencheurs, et un pays qui a fini par importer une part croissante de son électricité.
Un cadre légal avant les centrales
Le Parlement italien devrait adopter un projet de loi établissant un cadre juridique pour les technologies nucléaires de nouvelle génération, rapporte Euronews. Le gouvernement disposerait ensuite de douze mois pour rédiger les décrets d’application. Gilberto Pichetto Fratin, ministre de l’Environnement et de la Sécurité énergétique, résume la méthode : « Le devoir du gouvernement est de créer les conditions pour que ceux qui décideront un jour des installations puissent le faire. » Autrement dit, légiférer maintenant, construire plus tard. Il évoque une mise en service des premiers réacteurs entre 2033 et 2035.
Le pari technologique porte sur les petits réacteurs modulaires, plus faciles à financer et à implanter que les grandes centrales des années 1980.
Une génération qui n’a pas connu la peur
Dans les colonnes d’Euronews, Viviana Cruciani, qui pilote le démantèlement de l’ancienne centrale de Latina, observe une fracture générationnelle nette : ceux qui sont nés après Tchernobyl continuent de voir le nucléaire à travers le prisme de l’accident, tandis que les plus jeunes y voient une solution technologique aux défis énergétiques et climatiques. Cristian Giannetti, touriste de 20 ans, l’exprime sans détour : les progrès technologiques ont réduit les risques, et « la probabilité [d’un nouvel accident] est vraiment minime ».
Le gouvernement avance un argument de demande : la consommation d’électricité pourrait augmenter d’au moins 30 % dans une dizaine d’années, ce qui justifierait un mix énergétique plus diversifié. Paola Giovannini Pasti, présidente de Confagricoltura Donna, une association italienne qui regroupe les femmes chefs d’entreprise et entrepreneures du secteur agricole juge « très important que le nucléaire obtienne le feu vert ».
Trois à six milliards l’unité
Face à cet optimisme, Michele Governatori, conseiller en politique énergétique au groupe de réflexion ECCO, met en doute la viabilité économique du projet. Un seul petit réacteur modulaire de 300 mégawatts pourrait coûter entre 3 et 6 milliards d’euros, avant même les dépenses d’infrastructure. « Le nucléaire qui se construit aujourd’hui en Europe a des coûts exorbitants », observe-t-il, ajoutant que les investisseurs privés fuient ce type de projet. Si l’atome est utilisé comme simple solution de secours plutôt que comme socle du mix énergétique, prévient-il, « le coût moyen de l’énergie devient dévastateur ».
Le référendum qui plane toujours
Le pays ne dispose encore d’aucun dépôt national pour ses déchets nucléaires existants, hérités du programme abandonné en 1987. Et si 55 % des Italiens soutiennent l’idée générale d’un nucléaire de nouvelle génération, environ six sur dix refusent qu’un réacteur soit implanté dans leur propre province. Des organisations environnementales et des partis de gauche pourraient réclamer un nouveau référendum une fois les emplacements des sites connus.
Quarante ans après Tchernobyl et quinze ans après Fukushima, l’Italie a changé d’avis sur le principe. Reste à savoir si elle changera d’avis sur le lieu. C’est précisément là que les deux référendums précédents avaient trouvé leur majorité.
Source : Euronews — fr.euronews.com