Face à la multiplication des kidnappings d’élèves et d’enseignants, le Nigeria voit émerger un mouvement de colère inédit dans plusieurs régions du pays. Depuis le 1er juin 2026, des milliers d’enseignants ont cessé le travail pour dénoncer l’insécurité qui frappe désormais des zones autrefois relativement épargnées. Cette crise relance les inquiétudes sur la capacité des autorités à protéger les établissements scolaires, douze ans après l’enlèvement des lycéennes de Chibok.
Depuis le 1er juin 2026, le système éducatif nigérian est secoué par un vaste mouvement de grève lancé par le Syndicat des enseignants du Nigeria (Nigeria Union of Teachers, NUT). Les enseignants dénoncent la recrudescence des enlèvements d’élèves et de personnels éducatifs, un phénomène qui ne cesse de s’étendre à travers le pays malgré les opérations militaires menées contre les groupes armés.
Des manifestations ont été organisées le 2 juin à Lagos, Abuja et Ibadan, avec le soutien de plusieurs organisations syndicales et mouvements de la société civile. Les protestataires réclament avant tout la libération des élèves et enseignants toujours détenus par leurs ravisseurs, mais également un renforcement immédiat des mesures de sécurité autour des établissements scolaires.
Une nouvelle vague d’enlèvements qui inquiète le pays
L’origine de cette mobilisation remonte aux attaques menées à la mi-mai 2026 contre deux établissements situés dans les localités de Yawota et Esiele, dans l’État d’Oyo, au sud-ouest du Nigeria.
Selon l’Association des chrétiens du Nigeria (CAN), les assaillants ont enlevé 39 enfants ainsi que 7 enseignants. Le gouverneur de l’État d’Oyo, Seyi Makinde, a pour sa part évoqué un bilan de 25 élèves et 7 professeurs kidnappés. Les victimes sont âgées de seulement 2 à 16 ans.
Les autorités nigérianes attribuent ces attaques à des combattants de Boko Haram. D’après l’armée, la pression militaire exercée dans le nord du pays aurait poussé certains groupes terroristes à se déplacer vers des régions méridionales jusque-là moins exposées à ce type d’actions.
Cette évolution préoccupe particulièrement les autorités locales. L’État d’Oyo, dont la capitale Ibadan constitue l’un des principaux pôles universitaires et éducatifs du Nigeria, était jusqu’ici relativement épargné par les enlèvements massifs observés dans le nord et le centre du pays.
Dans son communiqué annonçant la grève, le NUT a dénoncé « la détention prolongée de nos collègues et de nos élèves par les ravisseurs, sans aucun signe clair de leur sauvetage rapide et de leur libération en toute sécurité ».
Le syndicat estime que ces enlèvements ont provoqué « la peur et le désespoir parmi les enseignants », tout en décourageant de nombreux parents d’envoyer leurs enfants à l’école.
Le souvenir toujours vivace du drame de Chibok
Cette nouvelle crise réveille un traumatisme profondément ancré dans la mémoire collective nigériane.
En avril 2014, 276 lycéennes avaient été enlevées dans la ville de Chibok, dans l’État de Borno, par le groupe jihadiste Boko Haram. L’affaire avait suscité une mobilisation internationale sans précédent autour du slogan « Bring Back Our Girls », relayé notamment par de nombreuses personnalités politiques et célébrités à travers le monde.
Douze ans plus tard, les enlèvements d’écoliers sont devenus une menace récurrente dans plusieurs régions du Nigeria. Les groupes armés utilisent régulièrement les élèves comme monnaie d’échange afin d’obtenir des rançons ou d’exercer une pression politique sur les autorités.
Selon plusieurs observateurs nigérians, l’expansion simultanée du jihadisme, du banditisme organisé et des réseaux criminels a contribué à banaliser ces attaques contre les établissements scolaires.
Cette situation a progressivement transformé l’école en cible privilégiée dans certaines zones du pays, alimentant une inquiétude croissante parmi les familles et les personnels éducatifs.
Une réponse sécuritaire renforcée par le gouvernement
Face à l’ampleur de la crise, le président nigérian Bola Tinubu a annoncé le 31 mai 2026 plusieurs mesures exceptionnelles.
Le chef de l’État a ordonné le recrutement de 1 000 gardes forestiers supplémentaires dans l’État d’Oyo afin de participer aux opérations de recherche des otages. Il a également mis en place une équipe spéciale d’investigation chargée de coordonner les efforts des forces de sécurité.
Une délégation fédérale de haut niveau a été envoyée sur place. Celle-ci comprend notamment le chef de cabinet présidentiel Femi Gbajabiamila, le conseiller à la sécurité nationale Nuhu Ribadu, l’inspecteur général de la police Tunji Disu ainsi que le ministre de la Défense, le général Christopher Musa.
Malgré ces annonces, les enseignants jugent les résultats insuffisants. Plus de deux semaines après les enlèvements, les recherches se poursuivent sans qu’aucune libération n’ait encore été officiellement annoncée.
Alors que les écoles restent fermées dans plusieurs secteurs de l’État d’Oyo, la crise met une nouvelle fois en lumière les difficultés du Nigeria à sécuriser son système éducatif. Pour les syndicats, l’enjeu dépasse désormais le seul sort des otages : il s’agit aussi de restaurer la confiance de millions de familles dans une institution scolaire devenue, dans certaines régions, synonyme de danger.
Sources :
Le Monde
RFI
Africanews
Yeni Safak Français
