Le pouvoir nicaraguayen franchit une nouvelle étape dans la transformation de ses institutions. L’Assemblée nationale a approuvé une réforme constitutionnelle excluant de fait une partie de l’opposition des élections et portant à sept ans la durée du mandat présidentiel. Le texte, défendu par Daniel Ortega au nom de la souveraineté nationale, intervient dans un pays où l’espace politique s’est considérablement réduit depuis la crise de 2018.
Le Nicaragua poursuit sa profonde recomposition institutionnelle sous l’impulsion de Daniel Ortega. Réunie mardi 1er septembre 2026 en session extraordinaire à Leon, à environ 90 kilomètres au nord-ouest de Managua, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité une réforme constitutionnelle voulue par le président. Le texte doit notamment permettre d’écarter des élections les personnes accusées par le pouvoir d’avoir participé à des actes qualifiés de putschistes ou de trahison envers la patrie.
La réforme vise également les personnes sollicitant une intervention militaire étrangère. Gustavo Porras, président de l’Assemblée nationale et membre du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), avait auparavant précisé que seraient concernés ceux accusés de porter atteinte à l’indépendance, à la souveraineté ou à l’autodétermination du pays. Les opposants réclamant une intervention des Etats-Unis ou soutenant l’adoption de sanctions contre le Nicaragua sont également dans le viseur.
Pour Daniel Ortega, ces nouvelles dispositions doivent protéger le pays contre les ingérences de Washington. Le chef de l’Etat accuse les Etats-Unis d’avoir cherché à provoquer sa chute à travers le mouvement de contestation qui avait secoué le Nicaragua en 2018. La répression de ces manifestations avait fait environ 350 morts, selon les Nations unies.
Un mandat présidentiel désormais fixé à sept ans
La réforme ne se limite pas aux conditions d’éligibilité. Les députés ont également porté à sept ans la durée du mandat présidentiel. Celle-ci avait déjà été modifiée en 2025, passant alors de cinq à six ans.
Le changement s’inscrit ainsi dans une succession rapide de révisions institutionnelles. Une nouvelle Constitution adoptée en 2025, sous l’impulsion de Daniel Ortega et de son épouse Rosario Murillo, avait déjà considérablement remodelé l’architecture politique nicaraguayenne.
Cette Constitution avait notamment instauré la coprésidence et placé Rosario Murillo au sommet de l’Etat aux côtés de son mari. Elle avait également restreint la participation des formations politiques ne partageant pas la ligne idéologique du FSLN. Dans le même mouvement, les élections législatives initialement attendues en novembre 2026 avaient été reportées à novembre 2027.
La nouvelle réforme adoptée le 1er septembre doit encore franchir une étape institutionnelle. Elle devra être ratifiée pendant la seconde législature, qui doit commencer au début de l’année 2027.
Une réforme annoncée lors de l’anniversaire de la révolution sandiniste
Daniel Ortega avait dévoilé cette nouvelle offensive constitutionnelle le 19 juillet 2026, date hautement symbolique au Nicaragua puisqu’elle correspond à l’anniversaire de la révolution sandiniste. Il avait alors clairement ciblé ses adversaires politiques et affirmé que les élections ne leur permettraient plus de tenter de reprendre le pouvoir.
L’ancien chef de la guérilla marxiste avait également présenté les forces politiques soutenues, selon lui, par les Etats-Unis comme appartenant définitivement au passé.
La mise en scène du vote parlementaire a elle aussi mobilisé les symboles de l’histoire nationale. Avant l’adoption du texte, Gustavo Porras en a déposé un exemplaire sur la tombe de Ruben Dario à Leon. Le président de l’Assemblée a présenté cette démarche comme un hommage au célèbre poète nicaraguayen, figure majeure de la littérature hispanophone.
Une opposition déjà largement neutralisée
Sur le terrain électoral, la portée immédiate de la réforme reste toutefois limitée par la situation politique actuelle. Les principales figures de l’opposition ont été emprisonnées ou poussées à l’exil au cours des dernières années. Dans le pays, les formations encore présentes face au FSLN sont essentiellement des partis mineurs alignés sur le gouvernement.
Le scrutin présidentiel de 2021 avait marqué un tournant particulièrement spectaculaire. Avant l’élection, les autorités avaient emprisonné les principaux candidats susceptibles de défier Daniel Ortega. Le pouvoir avait parallèlement multiplié les mesures d’exil et de déchéance de nationalité.
Environ 500 militants politiques et humanitaires, intellectuels, journalistes et prêtres avaient également été concernés par la répression. Le durcissement du régime s’inscrit dans une dynamique plus ancienne, accélérée depuis le soulèvement de 2018.
Selon les chiffres rapportés par Le Monde avec l’AFP, près d’un million de Nicaraguayens ont depuis été contraints à l’exil. La presse indépendante a, elle aussi, été pratiquement réduite au silence dans le pays. Les Etats-Unis et l’Union européenne ont adopté différentes sanctions contre le Nicaragua depuis cette crise.
Un pouvoir consolidé depuis le retour d’Ortega en 2007
Daniel Ortega occupe une place centrale dans l’histoire politique contemporaine du Nicaragua. Après la chute d’Anastasio Somoza, dictateur soutenu par les Etats-Unis renversé par l’insurrection sandiniste en 1979, Ortega avait dirigé le pays durant les années 1980.
Il est revenu à la présidence en 2007. Depuis, il a été reconduit au pouvoir lors de scrutins marqués par des accusations d’irrégularités et a progressivement renforcé son contrôle sur les institutions du pays, qui compte environ sept millions d’habitants.
Cette concentration du pouvoir alimente les accusations de ses détracteurs, qui dénoncent la construction d’une « dictature dynastique ». La question de la succession prend une dimension particulière alors que Daniel Ortega doit avoir 81 ans en novembre 2026.
La place prise par sa famille dans l’appareil d’Etat nourrit ces critiques. Rosario Murillo, de cinq ans sa cadette, est désormais coprésidente depuis la réforme constitutionnelle de 2025. Huit des neuf enfants du couple occupent par ailleurs des fonctions stratégiques au sein de l’Etat nicaraguayen.
Des liens avec la Franc-maçonnerie
La Prensa, plus ancien et plus important journal indépendant du Nicaragua rapportait en 2025 qu’Ortega a raconté lui-même avoir fréquenté, adolescent, une loge maçonnique Augusto César Sandino située dans son quartier de Managua. Selon le récit attribué à Ortega dans une interview de Playboy de 1987, il y passait beaucoup de temps en 1958-1959 et y écoutait d’anciens compagnons de Sandino raconter leurs expériences.
Cela établit donc une fréquentation d’une loge dans sa jeunesse, mais pas son initiation ni son appartenance personnelle à la franc-maçonnerie. Une autre enquête de La Prensa de 2010 cite le responsable du Suprême Conseil maçonnique nicaraguayen expliquant que des francs-maçons occupaient des fonctions dans le gouvernement Ortega ; elle ne dit cependant pas qu’Ortega lui-même était franc-maçon.
Une réforme largement rejetée à l’étranger
Le nouveau tour de vis constitutionnel a provoqué de vives réactions internationales. Début août, les Etats-Unis et plusieurs de leurs alliés au sein de l’Organisation des Etats américains (OEA) ont appelé l’organisation à prendre des mesures contre le Nicaragua en réponse à la réforme annoncée par Daniel Ortega. Aucune date n’avait toutefois encore été arrêtée pour la réunion consacrée à cette question au moment de la publication de l’article source.
L’opposition nicaraguayenne en exil réclame de son côté un renforcement des sanctions économiques internationales contre le régime.
Les relations économiques entre Managua et Washington restent néanmoins étroitement imbriquées. Malgré les tensions diplomatiques et les pressions exercées par l’administration de Donald Trump, les Etats-Unis demeurent le premier partenaire commercial du Nicaragua.
Le pays continue par ailleurs de bénéficier de financements provenant d’institutions financières internationales et du Fonds monétaire international, dans un contexte où une rupture brutale des soutiens financiers ferait craindre une aggravation de la situation humanitaire. Dans le même temps, la Chine dispose d’importants intérêts miniers au Nicaragua.
Avec l’allongement du mandat présidentiel, la consolidation de la coprésidence Ortega-Murillo et l’exclusion constitutionnelle de certaines catégories d’opposants, le cadre politique nicaraguayen poursuit ainsi sa transformation. Les dispositions désormais inscrites dans la réforme donnent une traduction juridique supplémentaire à un verrouillage électoral déjà largement installé dans les faits.
Sources :
Le Monde avec AFP, « Au Nicaragua, une réforme du président Ortega exclut les opposants des élections et porte le mandat présidentiel de six à sept ans », 2 septembre 2026 : https://www.lemonde.fr/international/article/2026/09/02/au-nicaragua-la-reforme-du-president-ortega-exclut-les-opposants-des-elections-et-porte-le-mandat-presidentiel-de-six-a-sept-ans_6763695_3210.html