Naval Group : le SCX-26, croiseur porte-drones pour les mers de 2040

Naval Group a dévoilé au salon Euronaval 2026 le SCX-26, un concept de croiseur porte-drones de 170 mètres et 10 000 tonnes. Laser de 100 kW, canon électromagnétique, 96 missiles en silos verticaux et une baie pouvant accueillir drones aériens, de surface et sous-marins. Le groupe naval français précise qu’il ne s’agit pas d’un navire destiné à être construit en l’état, mais d’un laboratoire pour la flotte des années 2040.

Le paradoxe est assumé. Interrogé par Mer et Marine, Aymeric de Torcy, responsable marketing Drones et Cyber chez Naval Group, présente le SCX-26 comme un démonstrateur d’idées, un agrégat de technologies dont les grandes caractéristiques découlent des retours d’expérience récents. Pas un programme. Le concept a pourtant fait l’objet d’études poussées, jusqu’à des essais de maquette en bassin de carène.

Le cahier des charges reflète l’évolution des conflits en mer. Drones aériens, de surface et sous-marins, attaques saturantes, guerre électronique, cyberattaques, missiles balistiques et hypervéloces : le navire doit tout encaisser et tout coordonner.

Le pont arrière devient un hangar

Les dimensions placent le SCX-26 dans la catégorie des croiseurs : 170 mètres de long, 24 de large, environ 10 000 tonnes à pleine charge, 30 nœuds en pointe et 8 000 nautiques d’autonomie grâce à une propulsion combinant diesel-électrique et turbine à gaz. Deux hautes superstructures se partagent capteurs et passerelles, pour qu’un coup au but n’aveugle pas tout le bâtiment.

La vraie rupture est à l’arrière. Une baie de mission occupe près d’un tiers de la longueur, reliée au pont d’envol par un grand ascenseur. On y stocke, prépare et répare hélicoptères et drones. Une unité de fabrication additive doit permettre d’imprimer à bord des munitions téléopérées ou des pièces de rechange. Entre les deux superstructures, une zone modulable peut recevoir conteneurs, armements supplémentaires ou essaims de drones intercepteurs.

Laser, canon électrique et 96 missiles

L’armement emprunte autant au catalogue actuel qu’à la prospective. Douze lanceurs verticaux Sylver, soit 96 missiles surface-air de type Aster 30 ou de croisière de type MdCN. Deux lanceurs Rampart pour l’autodéfense rapprochée. Une tourelle furtive de 57 mm. Et deux armes encore expérimentales : un canon électromagnétique de fort calibre et un laser de 100 kW perché au sommet de la superstructure avant.

Côté détection, un radar UHF à très basse fréquence doit repérer à très longue distance les menaces balistiques, en complément du radar Sea Fire déjà installé sur les frégates FDI. Une suite sonar complète, renforcée par les capteurs des drones, couvre la lutte anti-sous-marine.

L’intelligence artificielle au poste de quart

L’équipage resterait limité à 150 marins, avec de la place pour 100 personnels supplémentaires, dont des opérateurs de drones. Le navire est pensé comme un nœud de données au cœur d’une force aéromaritime connectée. Naval Group mise sur une architecture « data-centrée » et sur l’intelligence artificielle pour trier l’information, et étend son logiciel d’autonomie Steeris à l’échelle d’une flotte. L’industriel insiste : la décision et la responsabilité opérationnelle restent humaines.

Le SCX-26 ne naviguera sans doute jamais. Mais ses briques, du lanceur compact à l’IA embarquée, ont toutes les chances de se retrouver un jour sur les ponts de la Marine nationale. Dans l’industrie de défense, un concept sert aussi à vendre l’avenir avant de le construire.


Source : Mer et Marine