Natacha Polony au Festival de Cannes en 2015

Natacha Polony : le pari d’un souverainisme de gauche pour 2027

Natacha Polony veut ressusciter le souverainisme de gauche à l’occasion de la présidentielle 2027. Candidate déclarée depuis le 14 octobre, l’ancienne directrice de la rédaction de Marianne promet une hausse des salaires de 20 à 30 %, un « état d’urgence de la production » et la priorité au made in France dans la commande publique. Un pari que l’hebdomadaire qualifie lui-même d’audacieux.

C’est sur France Inter, face à Benjamin Duhamel, que Natacha Polony a officialisé sa candidature le mercredi 14 octobre, rapporte LCP. L’essayiste justifie sa décision par l’état du pays, qu’elle décrit comme chaotique, et par son refus d’assister plus longtemps au déclin depuis la tribune des spectateurs.

À ceux qui lui opposent un paysage déjà saturé de candidats, elle répond que ces candidatures n’ont, jusqu’ici, rien arrangé. Elle assure ne pas courir après la notoriété, qu’elle estime acquise, et affirme vouloir gagner.

Quatre « i » pour un réquisitoire

Sa critique de l’offre politique tient en quatre lettres identiques. Impuissance, illisibilité, irresponsabilité, incapacité à penser le temps long : Natacha Polony renvoie dos à dos les blocs qui se disputent le pouvoir. D’un côté, des offres qu’elle juge clivantes. De l’autre, des responsables qui ont déjà gouverné.

Elle se présente comme une candidate de rassemblement, placée entre les deux. Une position que Marianne lit comme une tentative de réveiller une famille politique en sommeil depuis des années : la gauche républicaine et souverainiste.

Le fil rouge chevènementiste

Le parcours plaide pour cette lecture. Au début des années 2000, Natacha Polony s’était engagée aux côtés du Mouvement des citoyens de Jean-Pierre Chevènement, dont la candidature de 2002 avait porté ce mélange de souveraineté nationale, de République sociale et de méfiance envers la construction européenne libérale. Elle a ensuite dirigé la rédaction de Marianne de 2018 à 2024, journal fondé dans cette même veine.

Son programme reprend ces accents. Hausse des salaires de 20 à 30 %, état d’urgence de la production, préférence pour la production française dans la commande publique, suppression des aides aux entreprises qui ne produisent pas sur le sol national. Le mot de souveraineté y est moins un slogan qu’une grille de lecture économique.

Le premier obstacle : 500 parrainages

Avant de convaincre les électeurs, il faudra convaincre les maires. Comme tout candidat, Natacha Polony doit réunir 500 signatures d’élus. Elle juge la règle aberrante, mais dit qu’elle s’y pliera. Sans appareil partisan, l’épreuve des parrainages est souvent la plus redoutable pour les candidatures issues de la société civile.

L’espace électoral, lui, reste à prouver. Le souverainisme de gauche a longtemps été une idée sans électorat stable, tiraillé entre la France insoumise et un Rassemblement national qui a largement capté le vote populaire sur ces thèmes.

La candidate n’arrive pas en terrain vierge dans le débat public. Journaliste passée par Le Figaro, chroniqueuse sur France 2 dans On n’est pas couché au début des années 2010, elle a aussi fondé le Comité Orwell, un collectif de journalistes attachés à la souveraineté et à la liberté d’expression. Ses essais ont régulièrement porté sur l’école, l’agriculture et la mondialisation. L’agriculture, justement, figure parmi les terrains qu’elle entend investir, selon la presse agricole, pour parler à une France rurale qui se sent délaissée par les grands partis.

En 2002, Jean-Pierre Chevènement voulait réunir les républicains des deux rives. Vingt-cinq ans plus tard, son ancienne militante reprend le chantier. Avec moins d’appareil, et peut-être plus de colère dans le pays.


Sources : Marianne –LCP