Le musée du Goulag de Moscou a été fermé définitivement par la mairie, qui prévoit de le remplacer par un établissement consacré au « génocide du peuple soviétique » et aux crimes nazis. Cette décision illustre la réécriture de la mémoire de la répression stalinienne engagée par le pouvoir russe. L’exposition d’origine doit être entièrement démontée.
Le 20 février 2026, la mairie de Moscou a annoncé la fermeture définitive du Musée d’histoire du Goulag, selon les informations rapportées par Courrier international et confirmées par France 24. L’institution avait été créée en 2001 à l’initiative d’Anton Antonov-Ovseïenko, historien et ancien déporté, avant d’ouvrir ses portes au public en 2004. Elle conservait archives, objets et témoignages de victimes, retraçant l’histoire des camps soviétiques de 1918 à 1956.
Les autorités ont précisé que l’exposition du musée serait entièrement démontée et que la collection devrait être conservée selon des règles très strictes. Le sort exact des pièces rassemblées depuis plus de vingt ans reste incertain.
Du Goulag au « génocide du peuple soviétique »
Le lieu doit être remplacé par un établissement dédié aux victimes du « génocide du peuple soviétique » et aux crimes commis par l’Allemagne nazie pendant la « Grande Guerre patriotique », l’appellation russe du conflit de 1941 à 1945. Le département de la Culture de la municipalité présente cette réorientation comme un axe essentiel du travail mené en faveur de l’éducation patriotique.
Le glissement de vocabulaire n’est pas anodin. En déplaçant le curseur des crimes du régime soviétique vers ceux de l’occupant nazi, la nouvelle institution inverse la logique du musée initial, qui documentait la répression intérieure exercée par l’État sur ses propres citoyens.
Une mémoire au service du récit national
Cette transformation s’inscrit dans une politique mémorielle plus large. Vladimir Poutine, minimise généralement les excès de la période stalinienne et mobilise la mémoire de la victoire de 1945 pour exalter la puissance de l’État. Depuis le lancement de l’offensive en Ukraine, en février 2022, ce récit sert aussi à justifier l’action militaire de Moscou.
Le resserrement du champ mémoriel avait déjà été marqué par l’interdiction, fin 2021, de l’organisation Memorial, qui documentait depuis des décennies les répressions soviétiques puis contemporaines, désignée comme « agent de l’étranger ».
En effaçant l’un des rares lieux consacrés aux victimes du système concentrationnaire soviétique, Moscou confirme que le musée du Goulag était devenu incompatible avec le récit officiel. La mémoire des camps se retrouve reléguée derrière celle de la guerre.