Plus de 113.000 personnes ont franchi la frontière russo-géorgienne en une semaine au poste de Verkhni Lars, selon les autorités géorgiennes citées par Politico. Kiev affirme qu’une nouvelle mobilisation russe se prépare après les élections de septembre, ce que le Kremlin dément formellement. Les organisations d’aide aux appelés font état d’une hausse nette des demandes d’assistance.
Le chiffre vient des autorités géorgiennes. En une semaine, plus de 113.000 personnes ont franchi la frontière entre la Russie et la Géorgie au point de passage de Verkhni Lars, dans les gorges de Darial. L’information a d’abord circulé dans la presse russophone avant d’être reprise le vendredi 28 août par Politico, média membre du Forum économique mondial qui lui a donné un écho international.
La comparaison s’impose d’elle-même. En septembre 2022, après l’annonce de la mobilisation dite partielle, plus de 100.000 Russes avaient quitté le pays en une semaine. Le mouvement actuel se produit sans qu’aucun décret n’ait été signé.
Kiev annonce, Moscou dément
Le 27 août, la présidence ukrainienne a affirmé qu’une nouvelle mobilisation russe était planifiée après les élections de septembre. Elle l’explique par des pertes importantes en personnel et par un ralentissement significatif du recrutement sous contrat. Selon les éléments avancés par Kiev et relayés par le Kyiv Independent, la Russie viserait 600.000 recrues sur 2026 et 2027, soit 300.000 par an.
Le Kremlin conteste. Son porte-parole Dmitri Peskov affirme que ces informations sont diffusées par les autorités ukrainiennes pour déstabiliser idéologiquement la situation. Le 15 août, le représentant russe aux Nations unies Vassili Nebenzia déclarait que la Russie n’avait pas besoin d’une mobilisation de masse à ce stade. Les deux formulations laissent ouverte la question du calendrier.
Les associations voient venir avant les décrets
Les organisations qui conseillent les hommes en âge d’être appelés observent le même signal. Alexeï Tabalov, fondateur du groupe de défense des droits School of the Conscript, constate une hausse récente des demandes d’assistance juridique.
Selon Euronews, le projet russe Idite lesom, qui a conseillé plus de 80.000 personnes depuis 2022, a reçu à la mi-août quatorze appels concernant des interpellations forcées et enregistré sept cas d’appelés poussés à signer un contrat. Son porte-parole Ivan Chuvilyaev décrit un passage de rafles isolées en juillet à un pic en août. L’initiative allemande inTransit compare la situation actuelle à celle de 2022 et du début 2023.
Verkhni Lars, le seul goulet ouvert
Le point de passage de Verkhni Lars, encaissé dans les gorges de Darial, est l’unique poste frontière terrestre en fonctionnement entre la Russie et la Géorgie. Tout mouvement de population vers le sud du Caucase y converge, ce qui rend le comptage géorgien particulièrement lisible.
En septembre 2022, la même route avait connu des files d’attente de plusieurs dizaines de kilomètres. Le chiffre de 113.000 passages en une semaine se compare directement à cet épisode, à une différence près : aucun décret n’a été publié, et les départs anticipent une décision qui n’existe pas encore officiellement.
L’état-major ukrainien faisait état, dans son communiqué du 29 août, de plus de 1,48 million de militaires russes mis hors de combat depuis le 24 février 2022, un chiffre invérifiable de manière indépendante et publié par une partie au conflit. Le Center for Strategic and International Studies, cercle de réflexion américain membre du Forum économique mondial, estime de son côté à environ 450.000 le nombre de tués.
Ces ordres de grandeur diffèrent, mais ils convergent sur un point : le rythme des pertes dépasse celui des engagements volontaires. Tant que l’écart persiste, la question de la mobilisation reste posée, quels que soient les démentis. Le calendrier électoral de septembre fournit simplement une date commode.
Une mobilisation qui n’a pas besoin d’être annoncée
L’appareil administratif russe a changé depuis 2022. Le registre unifié des dossiers militaires, lancé en mai 2025, permet une convocation dématérialisée qui ne dépend plus de la remise physique d’une feuille de route. Une mobilisation peut donc s’organiser par degrés, sans discours télévisé.
Sur le front, le Centre for Strategic and International Studies estime les pertes russes à plus de 30.000 hommes par mois en 2026, pour environ 27.000 nouveaux contrats signés chaque mois. L’équation arithmétique n’a rien de mystérieux : le recrutement volontaire ne comble plus le trou.
Source : Le Parisien