MKUltra : le journaliste Tom O’Neill accuse la CIA d’avoir trompé le Congrès sur les véritables résultats du programme

Près d’un demi-siècle après les dernières auditions parlementaires consacrées au programme secret MKUltra, le journaliste d’investigation Tom O’Neill a affirmé lors d’une audition organisée le 1er juillet par la commission de surveillance et de réforme gouvernementale de la Chambre des représentants, que la Central Intelligence Agency n’a jamais dit toute la vérité au Congrès américain sur l’ampleur réelle de ses recherches sur le contrôle du comportement humain.

Lors d’une audition consacrée à la déclassification des secrets fédéraux, O’Neill a soutenu que les responsables de la CIA avaient induit les parlementaires en erreur lors des auditions organisées en août et septembre 1977, à l’issue desquelles l’agence avait présenté MKUltra comme un échec majeur.

« Je crois que le Congrès n’a jamais été informé de la vérité sur ce que ce programme a réellement accompli », a déclaré le journaliste.

Une enquête sur Charles Manson qui mène à MKUltra

Tom O’Neill explique que ses recherches sur Charles Manson ont progressivement orienté son travail vers les activités du psychiatre Louis Jolyon West, plus connu sous le nom de Jolly West.

À l’origine, en 1999, le journaliste travaillait sur une enquête consacrée aux meurtres commis par la Manson Family en 1969. Il cherchait à comprendre comment Manson, ancien détenu peu instruit, avait pu convaincre de jeunes adeptes de tuer des inconnus sur simple ordre.

Cette interrogation l’a conduit à s’intéresser au parcours de Jolly West, psychiatre influent ayant été mêlé à plusieurs affaires controversées du XXe siècle, notamment l’enlèvement de Patty Hearst et certains épisodes liés à l’enquête sur l’assassinat du président John F. Kennedy.

Des liens anciens entre Jolly West et l’architecte de MKUltra

Selon O’Neill, les archives personnelles de West, conservées à l’University of California, Los Angeles après sa mort en 1999, contiendraient des documents révélateurs.

Après avoir consulté plus de 200 cartons d’archives, le journaliste affirme avoir découvert une correspondance entre West et Sidney Gottlieb, considéré comme l’architecte du programme MKUltra.

Ces échanges débuteraient en 1953, quelques mois seulement après que l’ancien directeur de la CIA, Allen Dulles, membre du groupe Bilderberg eut autorisé le lancement du programme.

D’après O’Neill, West aurait proposé à Gottlieb de mener des expérimentations sur des sujets humains non consentants, parmi lesquels des militaires, des prisonniers et des patients psychiatriques. Ses projets auraient notamment porté sur l’utilisation combinée du LSD et de l’hypnose afin de provoquer confusion, amnésie ou troubles mentaux temporaires chez les participants.

Le journaliste affirme également que West souhaitait développer des techniques permettant d’extraire des informations, d’implanter de faux souvenirs et même de modifier les convictions et l’allégeance d’un individu.

La controverse autour des faux souvenirs

L’un des éléments les plus marquants évoqués par O’Neill concerne un rapport rédigé par West en 1956.

Selon le journaliste, ce document décrirait des expérimentations associant LSD, hypnose et sujets non consentants. West y affirmerait avoir réussi à remplacer des souvenirs réels par des souvenirs fictifs chez certaines personnes sans qu’elles en aient conscience.

Toujours selon O’Neill, le psychiatre écrivait qu’il était possible, grâce à la suggestion hypnotique, de faire croire à un individu qu’un événement réel n’avait jamais eu lieu et qu’un autre événement fictif s’était produit à sa place.

Pour le journaliste, si ces affirmations sont exactes, elles contredisent directement la version présentée par la CIA au Congrès en 1977, selon laquelle les recherches de MKUltra auraient été largement infructueuses.

Des documents qui auraient été modifiés avant leur transmission au Congrès

Tom O’Neill affirme avoir découvert une autre anomalie en consultant les archives officielles de MKUltra conservées aux National Security Archive.

Selon lui, la version du rapport de 1956 transmise au Congrès ne correspondrait pas au document original retrouvé dans les archives personnelles de West.

Le rapport original de quatorze pages aurait été remplacé par un résumé de quatre pages dans lequel plusieurs passages relatifs à la manipulation des souvenirs et à l’utilisation du LSD pour approfondir les états hypnotiques auraient disparu.

La version remise aux parlementaires concluait même que les effets du LSD sur les états dissociatifs n’avaient jamais été étudiés, une affirmation qu’O’Neill juge incompatible avec les expériences décrites dans les documents originaux.

Un appel à rouvrir le dossier MKUltra

Au regard de ces éléments, le journaliste estime qu’un nouvel examen approfondi du programme MKUltra s’impose.

Selon lui, les archives rendues publiques ces dernières décennies soulèvent de nombreuses questions sur les véritables résultats des recherches financées par la CIA, sur les informations transmises au Congrès américain et sur les documents qui pourraient encore rester secrets.

Les affirmations de Tom O’Neill reposent sur son interprétation d’archives historiques et demeurent débattues au sein de la communauté universitaire. Aucune enquête officielle récente n’a, à ce jour, confirmé de manière définitive les conclusions avancées par le journaliste concernant l’ampleur réelle des résultats obtenus dans le cadre du Projet MKUltra.

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