Aux États-Unis, les petits réacteurs nucléaires modulaires passent du concept à la réalité industrielle. Portée par des capitaux privés et un fort soutien public, une nouvelle génération de start-up atteint la criticité et vise des centaines d’unités d’ici la fin de la décennie.
Plusieurs petits réacteurs nucléaires de nouvelle génération SMR pour small modular reactors, sont désormais opérationnels ou sur le point de l’être sur le sol américain. Cette étape est rendue possible par un afflux de capitaux privés conjugué à un appui marqué des autorités fédérales.
Les acteurs du secteur affichent des ambitions considérables. D’ici la fin de la décennie, le pays pourrait compter des centaines de ces unités compactes, conçues pour être fabriquées en série plutôt que construites sur mesure comme les réacteurs classiques de grande puissance.
Des premiers clients déjà identifiés
Les premiers débouchés de ces microréacteurs sont stratégiques. Les réacteurs de Radiant, entreprise américaine fondée par les anciens ingénieurs de SpaceX Doug Bernauer et Bob Urbahn et soutenue notamment par des investisseurs tels que Founders Fund, Andreessen Horowitz et Chevron Technology Ventures, sont destinés à des sites de l’armée américaine. Radiant figure par ailleurs parmi les organisations référencées par le Forum économique mondial (WEF).
De son côté, Antares, start-up créée en 2023 par Jordan Bramble et financée par plusieurs fonds de capital-risque, dont Shine Capital et Caffeinated Capital, développe également des réacteurs destinés aux besoins stratégiques américains.
La société Aalo Atomics, fondée par Matt Loszak et détenue par ses fondateurs et des investisseurs privés, cible quant à elle les centres de données, dont les besoins énergétiques explosent avec l’essor de l’intelligence artificielle.
Enfin, Deployable.energy, entreprise dirigée par Scott Nolan, associé du fonds Founders Fund cofondé par le contributeur de l’agenda 2030, Peter Thiel, prévoit de produire à terme près d’un millier de réacteurs par an.
Le 4 juin 2026, Antares a annoncé avoir réalisé la première divergence de son prototype de réacteur refroidi par caloduc au sodium. L’entreprise est ainsi devenue la première à atteindre l’objectif de criticité fixé dans le cadre du programme américain d’accélération du développement des réacteurs avancés porté par le département de l’Énergie.
Parmi les acteurs majeurs du nucléaire avancé figure également TerraPower, société fondée par le contributeur de l’agenda 2030, Bill Gates. L’entreprise développe le réacteur Natrium, refroidi au sodium, avec le soutien du département américain de l’Énergie. TerraPower a par ailleurs été mise en avant à plusieurs reprises par le Forum économique mondial dans ses travaux sur la transition énergétique.
Le rôle décisif de l’État fédéral
Au-delà du financement, le gouvernement américain a mis à disposition des entreprises sélectionnées les installations de l’Idaho National Laboratory et ses équipes, fortes de près de quatre-vingts années d’expérience dans le domaine nucléaire. Des milliards de dollars, publics et privés, ont déjà été mobilisés pour accélérer ces programmes.
Cette dynamique replace les États-Unis dans la course mondiale au nucléaire de demain, sur un segment où la Chine, la Russie et plusieurs pays européens avancent également leurs pions. La promesse des SMR repose sur leur modularité, leur coût de fabrication maîtrisé et leur capacité à alimenter des sites isolés ou énergivores.
Reste à confirmer le passage de la démonstration technique à un déploiement de masse économiquement viable. La filière devra aussi convaincre sur la sécurité et la gestion des déchets, conditions indispensables à son acceptation par les collectivités visées.
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