Rhodésie : des militaires français sous procédure disciplinaire

Le ministère des Armées a lancé une procédure disciplinaire pouvant conduire à des sanctions sévères contre des militaires français photographiés avec un drapeau de l’ancienne Rhodésie, symbole associé aux mouvances suprémacistes blanches. L’information, révélée par Mediapart, a été confirmée lundi 24 août par le ministère à l’AFP. Deux groupes distincts de soldats apparaissent sur ces images diffusées en ligne.

Selon Mediapart, l’un des groupes est composé de militaires du 2e Régiment étranger d’infanterie, basé à Nîmes. L’autre réunit des soldats en entraînement aux Émirats arabes unis. Le ministère indique que les premiers éléments de l’enquête confirment que les deux épisodes sont parfaitement disjoints, sans lien entre les protagonistes ni entre les activités. Les vérifications ont permis d’identifier les militaires concernés. Ni leur identité ni leur unité d’appartenance ne seront communiquées.

La ligne du ministère

La position affichée est sans nuance : les armées françaises ne tolèrent aucune manifestation à caractère raciste, suprémaciste ou extrémiste. Le ministère rappelle que les militaires sont soumis à une exigence particulière d’exemplarité et de neutralité, qui s’applique également à leurs comportements et à leurs publications sur les réseaux sociaux. Les photographies auraient notamment été relayées par une page Instagram faisant l’apologie de l’ancienne colonie.

Ce que fut la Rhodésie

La Rhodésie est le nom porté entre 1965 et 1980 par un régime dirigé par la minorité blanche de l’ancienne colonie britannique de Rhodésie du Sud. Le territoire avait proclamé unilatéralement son indépendance pour échapper à une transition vers le suffrage majoritaire. Jamais reconnu par la communauté internationale, il a disparu avec l’accession du Zimbabwe à l’indépendance en 1980.

Un symbole recyclé par l’extrême droite

Au fil des décennies, les références à la Rhodésie ont été reprises par des groupes et des militants suprémacistes blancs, en particulier dans le monde anglo-saxon, où elles renvoient à une nostalgie de la domination coloniale blanche. Mediapart rappelle que Dylann Roof, auteur du massacre de neuf Afro-Américains dans une église de Caroline du Sud en 2015, revendiquait cette référence dans un manifeste intitulé The Last Rhodesian.

Une obligation de neutralité inscrite dans le statut

Le statut général des militaires impose aux personnels des armées une obligation de réserve et de neutralité qui excède celle applicable aux autres agents publics. Elle couvre l’expression politique, religieuse et philosophique, et s’étend depuis plusieurs années aux publications sur les réseaux sociaux, y compris sur des comptes personnels. Les sanctions disciplinaires prévues vont de l’avertissement à la radiation des cadres, en passant par les arrêts et l’exclusion temporaire de fonctions. Elles sont prononcées par l’autorité militaire, indépendamment d’éventuelles poursuites pénales, qui supposeraient ici la caractérisation d’une infraction distincte.

Un sujet suivi de près par les services

La pénétration d’idées d’extrême droite ou identitaires dans les forces armées fait l’objet d’un suivi spécifique en France comme chez plusieurs partenaires européens. Le renseignement intérieur et la direction du renseignement et de la sécurité de la Défense recensent les signalements et les cas d’appartenance à des groupes radicaux, avec des effectifs concernés très faibles au regard des quelque 200 000 militaires d’active. L’Allemagne a connu des affaires comparables au sein de ses forces spéciales, ayant conduit à la dissolution puis à la reconstitution d’une compagnie du KSK en 2020. En France, la Légion étrangère, dont relève le 2e Régiment étranger d’infanterie de Nîmes, recrute des ressortissants de nombreuses nationalités et fait l’objet d’un contrôle particulier lors de l’engagement. Le ministère insiste sur le caractère isolé des deux épisodes révélés par Mediapart.

Reste une question que la procédure disciplinaire ne tranchera pas : à quel moment un drapeau cesse d’être un accessoire de photo.


Source : La Dépêche du Midi – https://www.ladepeche.fr/2026/08/24/armee-plusieurs-soldats-francais-vises-par-une-procedure-disciplinaire-pour-avoir-pris-la-pose-avec-un-drapeau-lie-au-supremacisme-blanc-13521308.php