Vue du port militaire et du port de commerce de Toulon, dans le Var

Militaires disparus dans le Var : le piège des soirées tahitiennes

Les militaires disparus dans le Var, le Néo-Calédonien Jacques Pakeso et le Tahitien Mike Gineste, auraient été approchés par la famille Akau Vegi-Wing lors de rassemblements festifs organisés à Toulon. Selon plusieurs témoignages recueillis par nos confrères de Nice-Matin, ce mode opératoire reposait sur l’hospitalité, l’alcool et la nourriture offerts aux jeunes originaires du Pacifique. Les personnes visées par l’enquête demeurent présumées innocentes tant que la procédure judiciaire n’a pas abouti.

Jacques Pakeso et Mike Gineste, tous deux originaires d’îles du Pacifique, avaient rejoint l’armée française avant de croiser la route de la famille Akau Vegi-Wing à Toulon. Ils n’ont plus donné signe de vie depuis 2022 pour le premier, et 2023 pour le second. Selon les informations de Nice-Matin, la figure centrale de l’enquête est Francesca Héléna Akau Vegi-Wing, une quinquagénaire originaire de Nouméa surnommée « Malia » au sein de la communauté océanienne varoise. Elle est visée, avec plusieurs membres de sa famille, par une enquête portant sur des faits présumés de séquestration, en lien avec les deux disparitions. Le procureur de la République a confirmé la découverte d’ossements, retrouvés il y a plus d’un mois sur les indications d’un des fils de la famille, susceptibles de correspondre aux deux soldats disparus. Les résultats des analyses sont désormais attendus par les proches des victimes, jusqu’ici tenus à l’écart de l’avancée des investigations. Les mis en cause restent présumés innocents, la procédure judiciaire étant toujours en cours.

Le mode opératoire décrit par des témoins

Plusieurs membres de la communauté polynésienne et mélanésienne de la région toulonnaise ont témoigné auprès de Nice-Matin. Selon leurs récits, Héléna Akau Vegi-Wing avait fait son apparition dans le microcosme des Tahitiens et Polynésiens de l’aire toulonnaise au début des années 2010, en fréquentant les soirées à thème organisées par la communauté. Elle y présentait une image de mère de famille nombreuse, mère de six enfants, ayant traversé des difficultés, ce qui lui valait la compassion de son entourage. « On l’a prise en pitié », résume un témoin cité par Nice-Matin. Ses fils, Svensio et François-Édouard, ainsi que sa fille Emmalani, l’accompagnaient fréquemment lors de ces rassemblements. D’après plusieurs témoignages concordants, la famille distribuait ensuite de l’alcool et de la nourriture lors de rassemblements nocturnes, notamment sur un parking de la Tour Royale à Toulon. Les jeunes militaires récemment arrivés dans la région, plus isolés que les étudiants, auraient été particulièrement exposés à ces sollicitations.

Des mises en garde dès 2015

Une première alerte remonterait à 2015, à l’occasion du Festival du Pacifique organisé à La Seyne-sur-Mer. Des membres de la communauté de Fréjus, où la famille Akau Vegi-Wing avait vécu, auraient alors mis en garde les habitants de la région toulonnaise. Le climat se serait ensuite dégradé jusqu’à un épisode marquant en 2022, lorsqu’un serveur du bar El Paso, à Toulon, aurait été agressé. C’est également en 2023 que Mike Gineste aurait déposé plainte pour vol, quelques jours avant sa disparition, après avoir noué une relation avec un membre de la famille. Jacques Pakeso, de son côté, se serait retrouvé sans domicile après la résiliation de son contrat par la Marine nationale, avant que la famille Akau Vegi-Wing ne lui propose une forme d’hospitalité.

Une communauté dans l’attente de vérité

Depuis les révélations de Var-Matin sur cette affaire, l’émotion est vive au sein des communautés polynésienne et mélanésienne de la région. Une cagnotte a été ouverte pour soutenir la famille de Jacques Pakeso dans sa recherche de vérité et de justice. Les proches des deux militaires disparus espèrent désormais que les analyses des ossements retrouvés permettront d’apporter des réponses. L’enquête, toujours en cours, devra établir la responsabilité éventuelle des personnes mises en cause, qui bénéficient de la présomption d’innocence jusqu’à l’issue de la procédure judiciaire.

Cette affaire, qui secoue les communautés océaniennes de la région toulonnaise, illustre la vulnérabilité de jeunes militaires arrivés loin de leurs repères familiaux. Au-delà du volet judiciaire, elle interroge sur l’accompagnement réservé aux engagés venus des territoires du Pacifique. La vérité, elle, reste suspendue aux conclusions de l’enquête.


Source : Nice-Matin – https://www.nicematin.com/faits-divers/comment-les-militaires-disparus-dans-le-var-se-sont-fait-pieger-par-la-famille-akau-vegi-wing-dans-des-soirees-tahitiennes-10690431