Face à la multiplication des cyberattaques, campagnes de désinformation et atteintes aux infrastructures critiques en Europe, la France accélère sa préparation. Le 17 septembre 2026, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a réuni les préfets de zone, en présence de la ministre des Armées Catherine Vautrin, afin de décliner dans les territoires la stratégie nationale de résilience. Une mobilisation qui doit désormais atteindre l’échelon départemental.
La sécurité nationale ne se joue plus uniquement aux frontières, dans les états-majors militaires ou au sein des services de renseignement. Cyberattaques, sabotages, désinformation, atteintes aux réseaux essentiels : les menaces dites « hybrides » brouillent la frontière traditionnelle entre paix, crise et conflit.
C’est dans ce contexte que Laurent Nuñez a réuni, jeudi 17 septembre 2026, le comité des préfets de zone. Selon le ministère de l’Intérieur, la rencontre s’est déroulée en présence de Catherine Vautrin, ministre des Armées et des Anciens combattants, et de Nicolas Roche, secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN). Les officiers généraux des zones de défense et de sécurité y étaient également associés.
L’objectif affiché par le gouvernement est de renforcer la capacité de la France à absorber des crises susceptibles de toucher simultanément les institutions, l’économie, les réseaux stratégiques et la population. Le ministère évoque un paysage des menaces qui s’est « densifié et diversifié », allant de la menace terroriste aux cyberattaques, en passant par les campagnes de désinformation, les atteintes aux infrastructures critiques, les tensions géopolitiques et les crises climatiques.
Des menaces hybrides difficiles à circonscrire
La notion de menace hybride désigne la combinaison de plusieurs moyens de pression ou d’action : cyberattaques, manipulation de l’information, actions politiques et économiques, espionnage, sabotage ou encore recours à des instruments militaires. La particularité de ces opérations tient notamment à leur capacité à rester sous le seuil d’un conflit armé conventionnel.
Dans un briefing publié en juillet 2026, le Parlement européen relève une augmentation importante de la fréquence et de la sophistication de ces menaces contre l’Union européenne. Des acteurs étatiques comme non étatiques peuvent combiner outils politiques, économiques, numériques, informationnels et militaires afin d’exploiter des vulnérabilités, d’affaiblir la confiance publique ou de déstabiliser les sociétés.
La question est devenue particulièrement sensible en Europe. Une commission spéciale du Parlement européen consacrée au Bouclier européen de la démocratie a ainsi qualifié en juin 2026 la Russie de principale menace extérieure pour l’intégrité démocratique européenne, tout en mentionnant également des activités provenant notamment de Biélorussie, de Chine, d’Iran et de Corée du Nord. Cette appréciation est celle de cette commission parlementaire européenne.
Les méthodes recensées sont diverses : cyberattaques, sabotage physique, espionnage, brouillage de signaux ou opérations informationnelles. Autrement dit, l’affrontement peut se déplacer vers des espaces beaucoup plus quotidiens qu’un champ de bataille classique.
Les préfets placés au cœur du dispositif
Pour l’État français, la réponse doit donc descendre jusque dans les territoires. Laurent Nuñez a annoncé qu’une instruction serait prochainement adressée à l’ensemble des préfets de département. Ils devront réunir, dans les prochaines semaines, un état-major de sécurité départemental spécifiquement consacré aux enjeux de défense et de sécurité nationale.
La démarche vise à mobiliser localement les services de l’État et à associer davantage les acteurs territoriaux à la préparation des crises. Le ministère de l’Intérieur précise qu’au niveau national, le SGDSN assure la coordination interministérielle de cette politique, tandis que les préfets doivent en constituer les pivots dans les territoires.
Ce changement d’échelle est important. Une attaque informatique paralysant un service public, une perturbation majeure des télécommunications ou de l’approvisionnement énergétique, par exemple, possède une dimension nationale mais produit immédiatement des conséquences locales. C’est précisément à cette articulation entre stratégie nationale et gestion territoriale que doit répondre le dispositif.
Collectivités territoriales, entreprises, associations et citoyens doivent également être associés à cette préparation, indique le ministère. L’ambition consiste autant à anticiper les crises qu’à savoir maintenir les fonctions essentielles lorsqu’elles surviennent.
Une stratégie engagée dès juillet
La réunion du 17 septembre s’inscrit dans la continuité du Comité interministériel pour la résilience nationale, réuni le 8 juillet 2026 à la demande du Premier ministre.
Selon le SGDSN, ce comité a fixé les priorités de l’État pour les mois suivants afin de renforcer la résilience de la Nation face aux risques identifiés notamment par la Revue nationale stratégique actualisée en juillet 2025.
Plusieurs chantiers ont été retenus : sécurisation des approvisionnements stratégiques en biens vitaux, renforcement de la résilience des réseaux et des télécommunications, information sur les risques et les menaces, exercices territoriaux et modernisation des réserves et de l’engagement citoyen. Le SGDSN a également annoncé la préparation d’un exercice majeur consacré à un scénario de black-out électrique.
Le ministère de l’Intérieur indique par ailleurs qu’un exercice de résilience doit prochainement être organisé dans l’Hérault, avant d’être décliné dans d’autres zones de défense.
La logique est donc celle d’une préparation concrète : tester les chaînes de décision, identifier les vulnérabilités et coordonner les acteurs civils et militaires avant qu’une crise majeure ne survienne.
Sources :
Ministère de l’Intérieur — « Comité des Préfets », 17 septembre 2026
SGDSN — « Renforcer la résilience du pays face à l’amplification des risques et des menaces »
Parlement européen — « EU response to hybrid threats », juillet 2026
La montée en puissance des menaces hybrides partout en Europe – Attaques cyber, atteintes à nos infrastructures critiques, actes de déstabilisation, campagnes de désinformation….- nous obligent à resserrer les rangs
— Laurent Nuñez (@NunezLaurent) September 17, 2026
À la demande du Président de la République et du Premier… pic.twitter.com/fkKsOhlldH