Saumons juvéniles dans un bassin d'élevage en circuit fermé (raceway), illustration du type d'installation aquacole terrestre

Mégaferme à saumons : la Gironde autorise Pure Salmon à Verdon-sur-Mer

La préfète de la Gironde, Sophie Brocas, a signé le 4 août 2026 l’autorisation environnementale de la première mégaferme à saumons de France. Le projet, porté par la société Pure Salmon et financé par le fonds d’investissement singapourien, 8F Asset Management, prévoit une production de 10 000 tonnes de poissons par an sur 14 hectares, à Verdon-sur-Mer, en plein estuaire de la Gironde. La décision passe outre l’avis défavorable du Conseil scientifique de l’estuaire.

Bordeaux, 4 août 2026. Sur le bureau de la préfète de la Gironde, Sophie Brocas, un arrêté attendu depuis des mois. Elle le signe. L’autorisation environnementale pour la construction, à Verdon-sur-Mer, de la première “mégaferme” à saumons de France est actée.

Le projet est porté par Pure Salmon, société financée par un fonds d’investissement singapourien. Sur 14 hectares, à quelques encablures de l’estuaire, l’usine doit produire 10 000 tonnes de saumons chaque année. Aucune installation de cette taille n’existe encore dans le pays. Contrairement aux fermes marines classiques, avec leurs cages flottantes au large des côtes, il s’agit ici d’un élevage terrestre, en circuit fermé. Les saumons grandissent à quatorze hectares de l’océan, dans des bassins alimentés en eau douce puisée sous terre.

Dans son arrêté, la préfecture justifie sa décision en deux formules. Le projet “présente un grand intérêt économique et industriel pour le territoire”, écrit-elle. Il sera, précise-t-elle, “encadré par des prescriptions environnementales particulièrement exigeantes”. Deux phrases qui pèsent, pour un dossier qui n’a rien d’anodin.

La signature de Sophie Brocas met fin à une procédure administrative longue, faite d’études d’impact, de consultations et d’avis techniques. Elle ouvre, dans le même mouvement, un autre chapitre : celui du chantier, puis de l’exploitation, sur un site qui borde l’estuaire de la Gironde.

Deux millions de mètres cubes d’eau par an

Le circuit fermé a un principe simple : recycler l’eau plutôt que puiser dans la mer. Il a aussi un coût, qui se mesure en mètres cubes. L’usine de Verdon-sur-Mer prélèvera chaque année plus de 2 millions de mètres cubes d’eau souterraine. Une fois utilisée par les bassins d’élevage, cette eau sera rejetée dans l’estuaire de la Gironde.

Le procédé permet de faire grandir des saumons loin de tout littoral marin, à l’abri des maladies et des prédateurs des fermes en mer ouverte. Il suppose, en contrepartie, un pompage massif et continu dans les nappes souterraines locales, puis des rejets réguliers dans l’estuaire de la Gironde. Une équation industrielle que la préfecture dit avoir encadrée. D’autres, en Gironde, la lisent autrement.

Un avis scientifique défavorable, ignoré

Le Conseil scientifique de l’estuaire de la Gironde avait été saisi en amont de la décision. Son avis : défavorable. La préfète a signé quand même, quatre jours après l’ouverture du mois d’août.

Du côté des élus locaux, la décision passe mal. L’un d’eux la qualifie d'”irresponsable, surtout dans le contexte de mégafeux et de sécheresse”. La formule est sèche, à l’image de l’été. Deux millions de mètres cubes d’eau souterraine par an, pompés dans un territoire où les nappes s’amenuisent chaque saison davantage : l’arithmétique interroge, même sans être hydrologue.

Vers un recours devant le tribunal administratif

Des associations environnementales annoncent vouloir contester l’autorisation devant le tribunal administratif de Bordeaux. Le dossier, déjà disputé sur le fond entre la préfecture et le Conseil scientifique, pourrait donc se rejouer devant les juges dans les prochains mois.

Rien n’est acté sur l’issue de ce recours à ce stade. Mais le terrain est posé : une usine à saumons de 14 hectares, un fonds singapourien, une eau prélevée par millions de mètres cubes, et un avis scientifique resté lettre morte dans l’arrêté préfectoral. De quoi nourrir un contentieux qui dépassera, sans doute, les frontières du seul Verdon-sur-Mer.

Sur le littoral girondin, l’arrêté du 4 août 2026 restera comme la date à laquelle l’aquaculture industrielle terrestre a franchi, en France, un seuil inédit : dix mille tonnes par an, quatorze hectares, et un contentieux annoncé avant même la première pierre.

Verdon-sur-Mer, pointe de l’estuaire, s’apprête à accueillir la plus grande ferme à saumons du pays. Sophie Brocas a signé un arrêté, des associations s’apprêtent à saisir un tribunal, et l’été girondin continue de battre des records de sécheresse. Le saumon, lui, n’a rien demandé.


Source : TF1info – https://www.tf1info.fr/environnement-ecologie/gironde-la-prefete-donne-son-autorisation-pour-la-premiere-megaferme-a-saumons-de-france-2456720.html