Le directeur général de l'AIEA, Rafael Grossi, lors d'une prise de parole au siège de l'agence à Vienne (photo d'archive)

Matières nucléaires en Syrie : l’AIEA en trouve plusieurs tonnes

Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique et contributeur de l’agenda 2030, Rafael Grossi, a annoncé le 18 août à Damas la découverte de plusieurs tonnes de matières nucléaires en Syrie, sur un site que le pays n’avait jamais déclaré. Les inspecteurs ont également pu accéder au site d’Al-Kibar, dans la province de Deir ez-Zor, pour la première fois depuis 2008. Le gouvernement syrien refuse pour l’heure tout transfert de ces matières hors du territoire.

Le 17 juillet, le ministère syrien des affaires étrangères écrit à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) membre du Forum économique mondial pour signaler la présence de matières nucléaires sur un site non déclaré. Un mois plus tard, le 18 août, le directeur général de l’agence, Rafael Grossi, est reçu à Damas et chiffre la trouvaille devant la presse. Il évoque « quelques tonnes de matières nucléaires qui pourraient être mal utilisées », selon les propos rapportés par l’AFP.

Le ministre des affaires étrangères, Assaad al-Chaibani qui était présent à Davos 2025 a présenté cette déclaration comme une démarche volontaire, engagée sans pression extérieure. Selon Axios et le Times of Israel, les stocks concernés comprennent de l’uranium naturel sous forme métallique, entreposé dans une installation proche de Damas, du yellowcake, un concentré d’uranium, et d’importantes quantités de graphite. Aucun de ces matériaux ne permet en l’état de fabriquer une arme nucléaire. Les mêmes sources indiquent qu’ils pourraient en revanche servir à une bombe dite sale, un engin conventionnel dispersant des matières radioactives.

Le site que les inspecteurs n’avaient plus vu depuis 2008

Al-Kibar, province de Deir ez-Zor, dans l’est du pays. Le 6 septembre 2007, l’aviation israélienne détruit le bâtiment en construction. Israël n’a reconnu officiellement l’opération qu’en mars 2018. L’AIEA, de son côté, a conclu en 2011 que la structure était très probablement un réacteur nucléaire non déclaré, de conception proche du réacteur nord-coréen de Yongbyon, modéré au graphite et refroidi au gaz. Le conseil des gouverneurs de l’agence a constaté la même année le non-respect par la Syrie de son accord de garanties.

Les inspecteurs n’étaient plus revenus sur place depuis 2008. Ils y sont retournés en août 2026 et ont relevé des travaux d’excavation en cours, rapporte Axios. Le dossier était resté figé pendant toute la fin du régime de Bachar el-Assad, qui a quitté le pouvoir en décembre 2024 pour la Russie. Un gouvernement de transition dirigé par le président Ahmed al-Charaa s’est installé début 2025.

Ce que Damas accepte, ce que Damas refuse

Le 10 août, Axios rapportait qu’un accord négocié par l’administration américaine entre Damas, Israël et l’AIEA prévoyait l’évacuation des matières hors de Syrie avant la fin de l’année. Huit jours plus tard, la position syrienne a évolué. Assaad al-Chaibani a indiqué que les stocks resteraient sous garde nationale, placés sous les garanties de l’agence, et que la Syrie estimait avoir le droit de les employer à des fins civiles, selon Reuters et le site israélien Ynet. Le ministre a lié cette ouverture au traitement de l’héritage de l’ancien régime.

Israël suit le dossier de près. Après la chute de Bachar el-Assad, l’armée israélienne a bombardé les accès du site pour en interdire l’entrée, selon Axios, qui rapporte également que des responsables israéliens ont évoqué de nouvelles frappes si les matières restaient sur place. Ces mêmes responsables ont fait état de mouvements suspects aux abords de l’installation et soupçonné une aide turque, ce que ni Damas ni Ankara n’ont confirmé. Aucune réaction officielle israélienne ou turque n’a été publiée après l’annonce du 18 août.

L’inventaire n’est pas terminé

Rafael Grossi a qualifié cette visite d’avancée la plus significative à ce jour dans la coopération entre la Syrie et l’agence sur les questions de garanties en suspens. Il a précisé que l’inventaire complet des matières restait à établir, que celles-ci seraient vérifiées et soumises aux inspections de routine, et que l’AIEA serait associée à tout déplacement des stocks. Une déclaration conjointe a été publiée par l’AIEA et le ministère syrien des affaires étrangères.

Le directeur général a estimé que la Syrie avait retrouvé sa place dans la communauté internationale comme État respectant ses obligations en matière de non-prolifération. La formule est en avance sur la procédure : le dossier syrien reste ouvert au conseil des gouverneurs depuis 2011, et la caractérisation des matières déclarées le 17 juillet n’a pas commencé. Leur origine, leur composition et leur volume exact doivent encore être confirmés par les inspecteurs.

La Syrie a déclaré ses stocks et rouvert ses portes. Reste à établir ce que contiennent réellement les quelques tonnes désormais soumises aux garanties de l’AIEA.


Source : Le Figaro – https://www.lefigaro.fr/international/syrie-quelques-tonnes-de-matieres-nucleaires-ont-ete-decouvertes-20260818