La députée Mathilde Panot, présidente du groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale, dans son bureau

Mathilde Panot : la France insoumise veut plafonner les héritages

La présidente du groupe La France insoumise à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot, a affirmé mardi 25 août sur RMC-BFMTV que « les riches ont décidé de faire sécession » en France. La députée du Val-de-Marne a détaillé dans la foulée le programme fiscal de son mouvement : rétablissement de l’impôt sur la fortune, taxe Zucman de 2 % sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros, quatorze tranches d’imposition sur le revenu et plafonnement des héritages à 12 millions d’euros. Le président de la commission des Finances, Éric Coquerel, a défendu la même ligne sur LCI.

Mardi matin, plateau de RMC-BFMTV, Mathilde Panot ne prend pas de détour. « Les riches ont décidé de faire sécession », déclare la présidente du groupe insoumis à l’Assemblée nationale. Le reproche tient en une ligne : les plus fortunés ne participeraient plus à la solidarité nationale. La conséquence qu’elle en tire tient en un verbe, qu’elle emploie sans le nuancer : il faut les interdire.

La formule ne sort pas de nulle part. Elle prolonge celle de l’eurodéputée Manon Aubry, qui avait appelé quelques jours plus tôt, aux universités d’été du mouvement mélenchoniste, à « interdire les milliardaires », qualifiés de nuisibles. Ce que la première a lancé devant les militants, la seconde l’a reformulé devant les téléspectateurs, en y accrochant cette fois une liste de mesures budgétaires. Le passage de l’invective au barème s’est fait en un week-end.

Le Figaro, qui rapporte ces déclarations, souligne l’enchaînement : la séquence a été ouverte par une figure du mouvement au Parlement européen, elle a été reprise par la cheffe de file du groupe au Palais-Bourbon, puis confirmée par le député chargé des finances publiques dans l’hémicycle. Trois niveaux d’institution, un seul argumentaire.

Douze millions, et le reste à la collectivité

Le cœur de la proposition insoumise se loge dans la transmission du patrimoine. Mathilde Panot a rappelé la volonté de son mouvement de prendre l’intégralité de la part d’un héritage dépassant 12 millions d’euros. Au-delà de ce seuil, plus rien ne se transmet : la totalité du surplus revient à la puissance publique. Le dispositif n’est pas un durcissement des taux existants, c’est un plafond absolu.

La justification avancée par la députée porte moins sur le rendement fiscal que sur l’origine des fortunes. Selon elle, la plupart des milliardaires français n’ont pas construit leur patrimoine : ils l’ont reçu. Elle les décrit comme « bien nés avec une cuillère d’argent », en immense majorité des super-héritiers. L’argument déplace le débat du mérite entrepreneurial vers la reproduction familiale du capital, terrain sur lequel La France insoumise entend installer la discussion budgétaire de la rentrée.

Pour appuyer le raisonnement, Mathilde Panot met deux chiffres côte à côte. D’un côté, 960 personnes mortes à la rue en 2025, dont un nourrisson de onze jours. De l’autre, les 500 plus grandes fortunes du pays, dont le patrimoine aurait doublé en dix ans. La juxtaposition est frontale, elle est aussi la structure entière du discours : un plancher social, un plafond patrimonial, et l’écart entre les deux présenté comme la mesure du problème.

Quatorze tranches et un plancher Zucman

Sur le revenu et le patrimoine, la députée du Val-de-Marne a égrené trois chantiers. Le premier est le rétablissement de l’impôt sur la fortune, supprimé sous le quinquennat d’Emmanuel Macron, président de la République et Young Global Leader du Forum économique mondial, promotion 2016. Le deuxième est la taxe Zucman, du nom de l’économiste qui l’a formalisée également proche du WEF : un impôt minimum de 2 % appliqué aux patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros, conçu pour rattraper les contribuables dont l’imposition effective descend sous ce seuil grâce à l’ingénierie patrimoniale.

Le troisième chantier est le plus technique et sans doute le plus large dans ses effets : la création de quatorze tranches d’imposition sur le revenu, contre cinq aujourd’hui. L’objectif affiché n’est pas seulement d’alourdir le haut du barème. Il est aussi, selon Mathilde Panot, de faire baisser l’impôt de ceux qui gagnent moins de 4 000 euros par personne. Le mouvement présente donc l’opération comme un rééquilibrage à deux sens, et non comme une hausse générale.

Ces trois mesures ne fonctionnent pas au même étage. L’ISF vise le stock, la taxe Zucman vise le taux effectif, le barème à quatorze tranches vise le flux annuel. Empilées, elles dessinent un système où chaque niveau de richesse dispose de son propre point de contrôle. Reste que le groupe insoumis est minoritaire à l’Assemblée nationale : aucune de ces dispositions ne peut y être adoptée par ses seules voix.

Coquerel chiffre la note

Interrogé le même week-end sur LCI à propos des propos de Manon Aubry, le président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, Éric Coquerel, a retourné le mot de nuisible. Ce n’est pas le milliardaire qui l’est, a-t-il expliqué, mais l’écart lui-même, celui des richesses, du partage et de la fiscalité. « Ça fragilise la promesse républicaine », a-t-il ajouté, avant de préciser que la facture est élevée pour le pays.

Le député reprend à son compte le même indicateur que Mathilde Panot : sur les dix dernières années, les 500 plus grandes fortunes françaises auraient vu leur patrimoine doubler. La convergence des deux interventions n’a rien d’accidentel. Elle installe un argumentaire homogène à quelques semaines des arbitrages budgétaires, avec un vocabulaire calibré pour les plateaux, une série de seuils chiffrés pour l’hémicycle, et une cible unique.

Les concernés, eux, n’ont pas répondu. Ils n’y sont pas tenus.


Source : Le Figaro – lefigaro.fr