Mathieu Kassovitz au Festival de Cannes 2017

Mathieu Kassovitz : il plaide pour les casseurs, le plateau casse

Invité des « Grandes Gueules » sur RMC le 5 novembre, Mathieu Kassovitz a estimé que les casseurs étaient nécessaires, au motif que les gouvernements ne comprendraient que la force. Le réalisateur de La Haine s’en est aussi pris à Charles Consigny, qui a quitté le plateau avant d’y revenir. Le tout en pleine mobilisation contre la vie chère.

Le décor : un plateau de radio filmé, un jeudi matin. Le casting : un réalisateur césarisé, un chroniqueur classé à droite, deux présentateurs. Le sujet : la colère sociale qui gronde depuis le 17 octobre contre la vie chère. Mathieu Kassovitz, acteur, producteur et réalisateur connu pour son soutien à la gauche radicale, dit avoir défilé à plusieurs reprises avec les manifestants. Et il assume une position qu’il dit tenir depuis trois décennies.

« Les casseurs sont nécessaires, malheureusement », lâche-t-il, selon les propos rapportés par L’Indépendant et le JDD. L’explication suit, dans la même respiration : les pouvoirs publics ne réagiraient qu’au rapport de force. Il reproche au passage aux présentateurs de commenter des cortèges qu’ils ne fréquentent pas, et affirme que les journalistes, ceux de BFMTV en tête, sont aujourd’hui mal reçus dans les manifestations, accusant la chaîne de glisser vers la droite.

Racisme, diffamation et sortie de plateau

L’échange bascule quand le réalisateur vise Charles Consigny. Il l’accuse de laisser passer, sans les contredire, des propos ouvertement racistes. Le présentateur Alain Marschall intervient pour rappeler que traiter quelqu’un de raciste relève de la diffamation. Mathieu Kassovitz balaie : selon lui, l’animateur n’est qu’un rouage parmi d’autres.

Exclamations indignées autour de la table. Olivier Truchot doute ouvertement que l’équipe de l’émission soit bien accueillie dans les cortèges actuels. Charles Consigny se dit blessé, parle d’insultes et quitte sa chaise. Il revient quelques minutes plus tard pour retourner la charge contre les « bobos subventionnés ». Mathieu Kassovitz rit.

Un contexte de violences bien réelles

La sortie ne tombe pas dans le vide. Les manifestations du 31 octobre ont donné lieu à des affrontements, notamment à Nantes, et à des blessés parmi les policiers et les gendarmes. Pour la journée du 5 novembre, le ministère de l’Intérieur prévoyait des renforts, des drones, l’appui du RAID et de possibles couvre-feux dans les secteurs les plus exposés, selon le JDD. La mobilisation a rassemblé ce jour-là environ 1,6 million de personnes selon les organisateurs, 600 000 selon les autorités.

D’autres faits ont marqué la semaine : un guet-apens au mortier d’artifice devant un lycée de Vauréal, dans le Val-d’Oise, le 4 novembre, qui a fait neuf élèves légèrement blessés, et l’agression d’un professeur lors d’un blocus lycéen à Vitry-sur-Seine. Des événements que les propos du réalisateur n’évoquent pas, mais qui forment le bruit de fond de l’émission.

Le débat sur la place de la violence dans les mouvements sociaux n’est pas neuf. Il a traversé les cortèges contre la loi Travail en 2016, ceux des Gilets jaunes en 2018 et 2019, puis ceux contre la réforme des retraites en 2023. À chaque fois, la même ligne de fracture : ceux qui y voient un dévoiement de la contestation, et ceux qui estiment qu’aucune avancée sociale n’a jamais été obtenue par la seule politesse. Mathieu Kassovitz a choisi son camp depuis longtemps.

La Haine, trente ans après

En 1995, Mathieu Kassovitz filmait la banlieue en noir et blanc et faisait dire à ses personnages que l’important n’était pas la chute, mais l’atterrissage. Trente et un ans plus tard, il revendique la casse comme langage politique sur une radio grand public. La cohérence du propos est indéniable. Son effet sur les cortèges, en revanche, reste à mesurer.

Mathieu Kassovitz voulait parler de la force. Il a surtout démontré celle du clash radiophonique. Reste à savoir qui, des manifestants, des casseurs, des commerçants ou des gouvernants, l’aura entendu.


Source : L’Indépendant – https://www.lindependant.fr/2026/11/05/les-gouvernements-ne-comprennent-que-la-force-mathieu-kassovitz-estime-que-les-casseurs-sont-necessaires-13638226.php