Une pétition réclamant l’interdiction des armes mutilantes et des techniques d’immobilisation dangereuses lors des manifestations lycéennes a dépassé les 120 000 signatures. Lancée par un enseignant et père de lycéen, cette initiative intervient dans un climat de tensions avec les forces de l’ordre, notamment après la grave blessure d’un adolescent de 15 ans à Lens.
Les méthodes de maintien de l’ordre déployées face aux manifestations lycéennes suscitent une inquiétude croissante. Raphaël Pradeau, professeur, parent de lycéen et porte-parole de l’association Attac, a lancé une pétition sur le site de l’Assemblée nationale pour réclamer l’interdiction des armes mutilantes et de certaines techniques d’immobilisation.
Au 13 octobre 2026, son initiative avait recueilli plus de 120 000 signatures. Une mobilisation significative sur cette plateforme institutionnelle, déjà mise en lumière par la pétition contre la loi Duplomb, qui avait dépassé les deux millions de soutiens.
Des armes et des techniques policières dénoncées
Le texte réclame l’interdiction de plusieurs équipements utilisés par les forces de l’ordre, notamment les lanceurs de balles de défense LBD 40, les grenades explosives et de désencerclement, ainsi que les pistolets à impulsion électrique de type Taser.
La pétition vise également certaines techniques d’immobilisation présentant des risques d’asphyxie. Parmi elles figurent le plaquage ventral, qui consiste à maintenir une personne au sol avec une pression sur le thorax, les clés d’étranglement et le pliage corporel, une méthode comprimant le buste vers les genoux.
Pour Raphaël Pradeau, qui se dit « alarmé par les techniques de maintien de l’ordre », l’objectif est de protéger les adolescents contre des interventions susceptibles de provoquer des blessures graves.
Au moins 24 enquêtes ouvertes par l’IGPN
Depuis le début de la mobilisation lycéenne, au moins 24 enquêtes ont été ouvertes par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), chargée notamment d’examiner les comportements des policiers.
Ces investigations concernent des interventions impliquant l’usage de la force, des lanceurs de balles de défense, des pistolets à impulsion électrique ou encore des grenades utilisées lors des opérations de maintien de l’ordre.
Les chiffres de 2025 témoignent également des risques associés à certains équipements. Selon les données rapportées, les armes létales étaient impliquées dans 22 % des cas de blessures graves recensées, contre 12 % pour les armes de force intermédiaire.
Cette même année, une hausse importante de l’utilisation des moyens collectifs de défense, notamment des grenades, avait été constatée lors de plusieurs rassemblements sur la voie publique.
Un adolescent mutilé à Lens, des grenades suspendues
La question de l’utilisation de ces armes a pris une dimension particulièrement sensible après le drame survenu à Lens, dans le Pas-de-Calais. Un adolescent de 15 ans a eu une main arrachée lors de l’explosion d’une grenade, dans des circonstances qui font toujours l’objet d’investigations.
Le jeune homme conteste notamment avoir ramassé l’engin avant son explosion, contrairement à une version des faits évoquée dans cette affaire.
Face à la gravité de cet événement, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé la suspension de l’utilisation des grenades de désencerclement et assourdissantes lors des opérations de maintien de l’ordre liées aux blocages de lycées.
Cette mesure doit rester en vigueur « tant que la lumière n’a pas été faite » sur les circonstances de la blessure de l’adolescent.
La décision ministérielle demeure néanmoins plus limitée que les revendications de la pétition, qui réclame une interdiction élargie à plusieurs catégories d’armes et à certaines pratiques d’immobilisation.
Avec plus de 120 000 signatures, cette initiative place désormais les méthodes de maintien de l’ordre face aux lycéens au cœur du débat public.
Sources :
La Voix du Nord — Julia Méreau, 13 octobre 2026
Assemblée nationale — Pétition contre les armes mutilantes
Le Monde — Mobilisation lycéenne du 9 octobre 2026
La Voix du Nord — Main arrachée à Lens : le lycéen conteste avoir ramassé la grenade