La troisième journée de mobilisation contre la vie chère a rassemblé 320 000 manifestants selon le ministère de l’Intérieur, contre près de 500 000 d’après l’intersyndicale de la jeunesse. Ce samedi 31 octobre 2026, des affrontements ont éclaté à Paris, Marseille, Rennes ou encore Lyon, malgré un dispositif exceptionnel de 70 000 policiers et gendarmes. Laurent Nuñez, qui fait état de 40 000 contrôles et 422 interpellations, dénonce la violence des casseurs tout en reconnaissant que les cortèges revendicatifs se sont globalement déroulés dans le calme.
La France a connu, samedi 31 octobre, une nouvelle journée de contestation sociale d’ampleur. Pour la troisième semaine consécutive, des centaines de milliers de manifestants ont défilé contre la vie chère, les difficultés de pouvoir d’achat et les conditions d’études de la jeunesse. Une mobilisation particulièrement surveillée par les autorités, qui redoutaient des débordements à l’occasion d’Halloween.
Au terme d’un après-midi marqué par des rassemblements majoritairement pacifiques, plusieurs villes ont été le théâtre d’affrontements entre les forces de l’ordre et des groupes violents. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé 40 000 contrôles et 422 interpellations, selon le bilan communiqué dans les premières informations de la soirée.
À 19h51, le ministre a néanmoins tenu à distinguer les participants aux manifestations des individus impliqués dans les violences. « Les cortèges revendicatifs se sont bien passés », a-t-il déclaré, avant de dénoncer la présence de groupes de casseurs et de pilleurs.
« Comme on s’y attendait, on a eu dans chaque cortège des groupes de casseurs, pilleurs, qui ont pris à partie les forces de sécurité intérieure avec une violence inouïe », a affirmé Laurent Nuñez, saluant également l’action des policiers, des gendarmes et des sapeurs-pompiers.
Une mobilisation importante, mais en recul selon les chiffres officiels
Cette troisième journée de mobilisation, après celles des 17 et 24 octobre, confirme la persistance d’un mouvement social qui dépasse les seules revendications liées au coût de la vie.
Selon le ministère de l’Intérieur, 320 000 personnes ont manifesté à travers la France, dont 70 000 dans la capitale. L’intersyndicale de la jeunesse avance des chiffres sensiblement supérieurs, avec près de 500 000 participants au niveau national et 200 000 à Paris.
La participation apparaît néanmoins en recul par rapport aux précédentes journées selon les comptages officiels. Le 17 octobre, Beauvau avait recensé 550 000 manifestants, puis 410 000 le 24 octobre. Les organisateurs avaient revendiqué 800 000 participants lors de chacune de ces deux mobilisations.
Dès la matinée du 31 octobre, les premiers chiffres témoignaient d’une participation moins importante. À 14 heures, le ministère recensait 15 000 personnes ayant pris part à 65 actions, contre 37 000 participants et 108 actions à la même heure le 24 octobre.
Les revendications demeurent toutefois nombreuses. Au-delà de la baisse du pouvoir d’achat, les organisations lycéennes et étudiantes réclament notamment des changements dans le système éducatif, l’abrogation de Parcoursup et celle de la réforme Blanquer du baccalauréat et du lycée.
Paris : des affrontements violents à l’arrivée du cortège
Dans la capitale, la journée avait débuté dans une atmosphère relativement calme. Parti peu après 14 heures de la porte de Bagnolet, le cortège a rejoint la porte de Charenton, conformément à l’itinéraire validé par le Conseil d’État.
La manifestation avait même pris, par moments, des airs de défilé d’Halloween. Plusieurs participants arboraient des déguisements de sorcières ou de citrouilles, tandis que des pancartes détournaient les codes de la fête pour dénoncer les difficultés sociales.
Mais la situation s’est progressivement dégradée en fin d’après-midi.
Vers 17 heures, des affrontements ont éclaté à proximité de la porte de Charenton. Des individus masqués et vêtus de noir ont descellé des pavés à l’aide de marteaux avant de les lancer en direction des forces de l’ordre. Des engins incendiaires ont également été utilisés.
Les CRS ont riposté par des tirs de gaz lacrymogène et plusieurs charges destinées à disperser les groupes impliqués dans les violences.
La préfecture de police a évoqué un noyau de plusieurs centaines d’émeutiers s’en prenant directement aux forces de sécurité, tout en précisant que la dispersion du reste de la manifestation se poursuivait sans difficulté majeure.
À 18h59, la situation s’était apaisée dans le secteur de la porte de Charenton.
Un gendarme touché par un cocktail Molotov à Paris
L’un des incidents les plus graves de la journée s’est produit lors d’une attaque contre un barrage de gendarmerie dans la capitale.
Un engin incendiaire lancé en direction des forces de l’ordre a atteint un gendarme mobile. Laurent Nuñez a confirmé peu avant 20 heures que le militaire avait commencé à prendre feu après le jet du cocktail Molotov.
Le ministre a toutefois précisé que le gendarme avait rapidement été secouru par ses collègues.
« Il est simplement blessé léger, il n’a pas cessé le service », a indiqué Laurent Nuñez.
Cet épisode illustre la violence de certains affrontements survenus en marge des cortèges, alors que le ministère de l’Intérieur avait précisément alerté sur la possible présence de groupes déterminés à s’en prendre aux forces de sécurité.
À 18h45, la préfecture de police de Paris avait recensé 5 114 contrôles et 61 interpellations dans la capitale. À la même période, le ministère faisait état de 10 000 contrôles en Île-de-France.
Rennes : barricades enflammées et 26 interpellations
À Rennes, les tensions ont également été importantes en fin de journée.
Selon la préfecture d’Ille-et-Vilaine, des groupes violents ont affronté les policiers dans le centre-ville, notamment autour de la place Charles-de-Gaulle.
Des barricades enflammées ont été érigées et de nombreux projectiles lancés contre les forces de l’ordre.
À 19h33, la préfecture indiquait que la situation générale était redevenue calme dans le centre de Rennes, même si des opérations policières se poursuivaient face à un groupe particulièrement violent.
Les autorités faisaient alors état de 26 interpellations dans la capitale bretonne.
La manifestation rennaise avait pourtant été autorisée après une modification de son parcours initial, les autorités ayant d’abord envisagé son interdiction en raison des risques de troubles à l’ordre public.
Marseille : des tensions après un cortège de 10 000 personnes
À Marseille, la journée s’est également achevée dans un climat tendu.
Selon la préfecture des Bouches-du-Rhône, environ 10 000 personnes ont participé à la mobilisation, malgré l’absence de manifestation officiellement déclarée.
Parti de la place des Réformés, le cortège a traversé la ville pendant près de deux heures sans incident notable. La situation s’est dégradée à partir de 16 heures, lorsque des projectiles ont été lancés en direction des forces de l’ordre.
Les policiers sont intervenus pour disperser les groupes hostiles, tandis qu’un important dispositif de sécurité demeurait déployé dans plusieurs secteurs de la ville.
Dès la matinée, des moyens exceptionnels avaient été mobilisés, notamment des membres du GIGN et deux véhicules blindés Centaure.
Le maire de Marseille, Benoît Payan, a condamné les violences tout en défendant les revendications des manifestants.
Sur le réseau social X, l’édile a estimé que les revendications pacifiquement exprimées ne devaient pas devenir les victimes de ceux qui recherchent le chaos et la violence.
Il a également appelé les habitants à se mettre en sécurité et à faciliter l’intervention des secours et des forces de l’ordre.
Pour Benoît Payan, les revendications contre la vie chère et en faveur de meilleures conditions pour la jeunesse doivent recevoir des réponses politiques.
Lyon : 19 000 manifestants et des tirs de mortiers
À Lyon, la préfecture a recensé 19 000 manifestants au cours de l’après-midi.
Le parcours avait été organisé à l’écart de l’hypercentre, encore marqué par les violences du 17 octobre, au cours desquelles un bâtiment de l’Office du tourisme avait été incendié.
Les premières tensions sont apparues lorsque des participants ont tenté de quitter l’itinéraire autorisé pour rejoindre le centre-ville, après leur arrivée dans le secteur de la place Jean-Macé.
À l’arrivée de la manifestation place Jean-Jaurès, des tirs de mortiers d’artifice ont été signalés en direction des forces de l’ordre, qui ont répondu par des gaz lacrymogènes.
Selon les informations rapportées par BFMTV, les dernières tensions ont été observées vers 18 heures, avant le départ des derniers manifestants. Aucun dégât n’avait alors été constaté.
La préfecture a fait état de six interpellations en début d’après-midi.
Un manifestant légèrement blessé à la jambe a également été transporté à l’hôpital par les sapeurs-pompiers. L’origine de sa blessure n’était pas encore connue.
Grenoble, Bordeaux, Nice : des situations contrastées
Dans d’autres villes, les manifestations ont connu des déroulements très différents.
À Grenoble, la préfecture de l’Isère a recensé environ 7 300 participants. Le cortège a été temporairement scindé en deux en raison de l’action d’un groupe d’environ 200 individus présentés comme appartenant à la mouvance black bloc.
Selon la préfète, ces derniers ont lancé des pavés, des bouteilles et des mortiers d’artifice en direction des forces de l’ordre. Une intervention policière a permis au cortège de reprendre son itinéraire jusqu’à l’anneau de vitesse.
À Bordeaux, les chiffres de participation ont fait apparaître un écart particulièrement important entre les autorités et les syndicats. La police a comptabilisé 11 000 manifestants, contre 70 000 selon les organisations syndicales.
La situation économique locale demeure préoccupante après les précédentes mobilisations. Patrick Seguin, président de la Chambre de commerce de Bordeaux, a évoqué sur BFMTV près de 100 commerces pillés, vandalisés ou détruits. Selon lui, environ 34 % des commerces concernés ne pourraient pas rouvrir, notamment en raison de la disparition de leurs stocks.
À Nice, la mobilisation s’est déroulée dans une ambiance beaucoup plus apaisée. Environ 4 200 personnes ont participé au rassemblement, qui s’est achevé place Masséna par une chenille collective, sans affrontements particuliers signalés.
À Toulon, la préfecture du Var a recensé 1 000 manifestants et huit interpellations. Le cortège autorisé s’est dispersé dans le calme à 16h30, tandis que les manifestations restaient interdites dans le centre-ville jusqu’à 23h59.
À Clermont-Ferrand, jusqu’à 2 000 personnes ont défilé sans incident majeur selon la préfecture. Des rassemblements pacifiques ont également été signalés dans plusieurs villes de l’Ardèche.
Enfin, à Chambéry, des manifestants ont temporairement bloqué la RN 201, provoquant une interruption de la circulation dans les deux sens. Le trafic a été entièrement rétabli vers 19 heures.
Un dispositif de sécurité exceptionnel et des restrictions contestées
Pour prévenir les violences, le gouvernement avait mobilisé 70 000 policiers et gendarmes à travers le pays.
À Paris, les services de renseignement anticipaient notamment la présence de plusieurs centaines de militants radicaux susceptibles de participer à des actions violentes.
Une note de la direction de l’ordre public et de la circulation, consultée par BFMTV, évoquait également des risques de blocage du boulevard périphérique et d’actions ciblant des lieux de pouvoir.
Les autorités avaient donc multiplié les contrôles dans les gares, sur les routes et aux péages afin d’intercepter les personnes transportant des objets susceptibles de servir d’armes.
Cette stratégie de maintien de l’ordre a néanmoins suscité des critiques, notamment concernant les restrictions imposées aux parcours des manifestations.
À Paris, le Conseil d’État avait validé l’itinéraire reliant la porte de Bagnolet à la porte de Charenton, écartant le parcours Bastille-Nation souhaité par les organisateurs.
La Fédération des associations générales étudiantes a dénoncé une nouvelle entrave au droit de manifester. La CGT Paris a également regretté que les revendications sociales soient reléguées à la périphérie de la capitale.
David Libeskind, avocat et co-porte-parole des Gilets jaunes, a pour sa part dénoncé une « atteinte disproportionnée à la liberté de manifester ».
La Coordination nationale des Gilets jaunes envisageait, selon ses déclarations, d’étudier d’éventuelles suites judiciaires contre les décisions prises par les autorités.
Parallèlement, un arrêté instaurant un couvre-feu dans certains quartiers parisiens pour la période allant de samedi soir à lundi matin faisait l’objet d’une contestation annoncée devant le tribunal administratif par l’association Vigie Liberté.
Les organisations étudiantes appellent à poursuivre la mobilisation dès mardi
Malgré les violences et la baisse de participation relevée dans les chiffres officiels, les organisations de jeunesse n’entendent pas mettre fin au mouvement.
Depuis le rassemblement parisien, Sabrina Kharbach, porte-parole de l’Union étudiante, a appelé à de nouveaux blocages des lycées et des universités dès mardi.
D’autres actions sont envisagées jeudi, avant une nouvelle manifestation nationale prévue le 5 novembre, dans le cadre d’un appel à la grève lancé par des organisations de travailleurs.
Marius Mesnil, co-secrétaire général de l’Union syndicale lycéenne, a également appelé à poursuivre les blocages tant que les revendications des élèves n’auront pas reçu de garanties suffisantes.
Les organisations étudiantes estiment que les annonces gouvernementales, notamment concernant une refonte de Parcoursup, ne répondent pas à leurs principales demandes.
François Pozzo di Borgo, secrétaire général du Syndicat national Force ouvrière des lycées et collèges, a notamment rappelé que les revendications portent sur l’abrogation de Parcoursup et de la réforme Blanquer.
La mobilisation pourrait également se prolonger les 6 et 7 novembre, dates évoquées par la Coordination des Gilets jaunes pour poursuivre le mouvement.
Jean-Luc Mélenchon appelle Emmanuel Macron à « céder ou partir »
La contestation sociale prend également une dimension politique de plus en plus marquée.
Présent dans le cortège parisien aux côtés de plusieurs élus de La France insoumise, dont Rima Hassan, Thomas Portes et Manon Aubry, Jean-Luc Mélenchon a salué la mobilisation des manifestants.
Le candidat à l’élection présidentielle a estimé que la foule avait une nouvelle fois démontré sa détermination et sa discipline.
Il a ensuite adressé un message au président de la République, Emmanuel Macron, affirmant que celui-ci devrait « céder ou partir ».
De son côté, Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes et candidate à la présidentielle, a apporté son soutien aux manifestants, dénonçant les changements successifs imposés au parcours parisien.
Elle a notamment estimé que la mobilisation devait permettre d’obtenir des mesures en faveur des lycéens, des étudiants et de la justice sociale.
Ces prises de position interviennent alors que le gouvernement demeure confronté à une contestation persistante, nourrie par les difficultés économiques et les revendications du monde éducatif.
Laurent Nuñez face à une nouvelle épreuve politique
Pour le ministre de l’Intérieur, cette troisième journée de mobilisation constitue un test particulièrement sensible.
Après les violences du 17 octobre, Laurent Nuñez avait proposé sa démission à Emmanuel Macron, qui l’avait refusée. Le président lui avait demandé de renforcer la doctrine de maintien de l’ordre afin de prévenir de nouveaux pillages et affrontements.
La journée du 31 octobre devait ainsi permettre d’évaluer l’efficacité du dispositif déployé.
Les chiffres de 40 000 contrôles et 422 interpellations traduisent l’importance des moyens engagés, mais ne suffisent pas à eux seuls à mesurer les résultats de cette stratégie.
Les autorités ont souligné que les cortèges revendicatifs s’étaient globalement déroulés dans le calme, tout en dénonçant les violences commises par des groupes radicaux en fin de manifestation.
La vigilance reste particulièrement élevée pour la soirée d’Halloween, les services de sécurité craignant la formation de rassemblements non déclarés et de nouveaux affrontements après la tombée de la nuit. “Nous attendons ceux qui veulent en découdre”, a déclaré en début de soirée, Laurent Nuñez.
Le bilan définitif des violences, des interpellations et des éventuelles dégradations devra permettre de mesurer plus précisément l’ampleur des incidents de cette troisième journée de mobilisation.