Manifestants rassemblés dans une rue de Bangkok, en Thaïlande

Manifestation à Bangkok : quatre exigences devant l’ambassade d’Israël

Sondhi Limthongkul a conduit le 10 septembre plusieurs centaines de sympathisants devant l’ambassade d’Israël à Bangkok. Son mouvement « Take Thailand Back » y a déposé une lettre ouverte en quatre points, portant sur la conduite des ressortissants israéliens, la propriété foncière et les centres Chabad. L’ambassadrice proposait un entretien privé. Il a refusé.

Les sympathisants sont arrivés dès neuf heures devant l’Ocean Tower II, sur Sukhumvit 21, où se trouve l’ambassade. Sondhi Limthongkul est arrivé à neuf heures cinq, en t-shirt blanc portant le slogan « Reprenons notre Thaïlande ».

Les banderoles annonçaient le registre : « La Thaïlande accueille les touristes, pas les criminels de guerre », « Pas de pad thaï pour les criminels de guerre », « Boycott Israel », « Stop Genocide ».

L’ambassade avait fait savoir qu’aucun responsable n’était en service ce jour-là, mais que l’ambassadrice était disposée à le recevoir en privé une autre fois. Il a décliné devant ses partisans, estimant que la campagne était menée au nom du public thaïlandais et qu’elle ne pouvait être réduite à une conversation particulière.

Un ancien des chemises jaunes

Sondhi Limthongkul n’est pas un nouveau venu dans la rue thaïlandaise. Homme d’affaires et patron de presse, il a dirigé l’Alliance du peuple pour la démocratie, le mouvement des chemises jaunes qui a occupé les aéroports de Bangkok en 2008 et contribué à la chute de plusieurs gouvernements.

Autour de lui, le 10 septembre, figuraient Panthep Puapongpan, président de la Thailand Watch Foundation, Nitithorn Lamlue et Pichit Chaimongkol, dirigeant du Network of Students and People for Reform of Thailand, avec leurs réseaux respectifs.

La sécurité était assurée par le commissariat de Thong Lor et la division 5 de la police métropolitaine, avec des démineurs sur place. Aucun incident n’a été signalé.

Les quatre points de la lettre

Le texte, lu en thaï puis en anglais, formule quatre demandes. Il réclame d’abord un encadrement immédiat de la conduite des ressortissants israéliens, avec des consignes remises aux touristes avant leur départ sur le respect du droit, de la culture et des communautés locales. Il demande ensuite une coopération pleine et entière avec la police thaïlandaise, sans recours aux privilèges diplomatiques pour protéger des contrevenants.

Le troisième point porte sur l’examen de la propriété foncière dans la province de Chachoengsao et sur les activités des centres Chabad, que le texte demande de soumettre au droit thaïlandais. Le quatrième invite l’ambassade à transmettre au ministère israélien des Affaires étrangères l’exigence d’un arrêt des actions visant civils, hôpitaux et écoles, et d’un respect immédiat du droit international humanitaire.

« Notre générosité n’est pas de la faiblesse. Accueillir des touristes étrangers ne signifie pas consentir à des mauvais traitements », affirme le document.

Là où le texte quitte le terrain vérifiable

La lettre ne s’en tient pas aux faits documentés. Elle avance l’hypothèse d’une stratégie d’implantation étalée sur dix à vingt ans, met en cause l’expansion des centres Chabad et l’achat de terrains destinés à un cimetière à Chachoengsao, et suggère que l’octroi de la nationalité thaïlandaise à des Israéliens aurait facilité l’arrivée de groupes d’investissement étrangers.

Ces éléments relèvent de l’allégation et non du fait établi. Ils dessinent une grille de lecture où des faits divers, des transactions immobilières et une politique étrangère sont reliés par une intention supposée. C’est la mécanique par laquelle un mouvement de protestation glisse vers le registre du soupçon collectif.

Le texte conteste par ailleurs l’argument économique selon lequel les dépenses des touristes israéliens profiteraient à la population locale, en affirmant que cet argent circulerait dans des commerces détenus par des Israéliens. Il pose enfin trois principes : aucune nationalité au-dessus de la loi thaïlandaise, aucune organisation à l’abri du contrôle, aucune relation diplomatique protégeant des délinquants.

Sondhi Limthongkul a annoncé une autre pétition, visant cette fois des réseaux d’affaires chinois qu’il qualifie de « Chinois gris ». D’autres rassemblements sont prévus à Chonburi, Chanthaburi et Khon Kaen.

Un mouvement peut avoir raison sur des faits et se tromper d’échelle dans leur interprétation. C’est ce que montre cette lettre, qui mêle des demandes de droit commun parfaitement recevables à des soupçons d’implantation stratégique invérifiables. La suite de la campagne dira laquelle des deux logiques l’emporte.


Source : The Nation Thailand – https://www.nationthailand.com/news/politics/40070868