Mercredi soir à Gibraltar, sous les couleurs du Betis Séville (défaite 0-4), les joueurs de l’Olympique lyonnais ont étrenné pour la première fois leur nouveau maillot third. Dévoilé la veille, il rend hommage à la funk, genre musical qui infuse la ville depuis les années 1970. Un maillot third de l’OL pensé comme une déclaration : celle d’un héritage populaire, particulièrement apprécié dans les quartiers de la banlieue lyonnaise bien avant d’atterrir sur un terrain de foot.
Le résultat sportif n’a pas retenu l’attention, mercredi 29 juillet à Gibraltar. Mais sur les épaules des joueurs lyonnais, un motif inédit tranchait avec l’idée qu’on se fait d’un maillot de football : des lignes circulaires qui évoquent les sillons d’un disque, des finitions ondulées et colorées qui rappellent les affiches psychédéliques des années funk. Le club l’avait présenté la veille, mardi 28 juillet, dans un communiqué où il explique avoir voulu faire vivre le récit de la funk lyonnaise à travers chaque détail de la tenue, du dessin du tissu jusqu’aux coloris choisis.
L’héritage funk des quartiers populaires lyonnais
La funk n’est pas arrivée à Lyon par hasard, ni récemment. Dès les années 1970, des vinyles importés directement des États-Unis circulent dans les quartiers populaires de la banlieue lyonnaise. Une génération, notamment issue de l’immigration nord-africaine, s’approprie ces sonorités qui résonnent avec celles du raï. Depuis, la musique n’a jamais quitté la ville : soirées organisées, artistes soutenus, label monté de toutes pièces. Un ancrage que l’OL choisit aujourd’hui de mettre en avant, lui qui était jusque-là resté étranger à ce type d’initiative.
Belgacem Ben Mokdad, gardien de la mémoire funk
Belgacem Ben Mokdad est de ceux qui ont fait vivre cet héritage. Fondateur du mouvement culturel Lyon Capitale de la funk, il organise des soirées depuis des années et a contribué à faire connaître Carmen Clayton, interprète de Time to Move sur le label lyonnais Belek Records, un titre qu’il présente lui-même comme l’hymne de la scène funk locale. Il raconte que les vinyles arrivaient tout droit des États-Unis dans les quartiers populaires de la banlieue, une musique adoptée pour elle-même, sans effet de mode, devenue une identité propre à la ville. Pour lui, tout est dit en une phrase : « La funk a toujours été là, c’est l’héritage des Lyonnais. »
Une tendance déjà lancée par le PSG et l’OM
Le procédé n’a rien d’inédit dans le football français. Le PSG multiplie depuis plusieurs saisons les collaborations avec des rappeurs franciliens, à l’image de SDM, invité à se produire avant un Classique. L’OM, de son côté, a collé le logo du label D’Or et de Platine, fondé par Jul, sur la manche de son maillot jusqu’à la saison dernière. L’OL, jusque-là en retrait sur ce terrain, choisit la funk plutôt que le rap, une musique moins bruyante médiatiquement, mais tout aussi enracinée dans le tissu populaire de son bassin.
Benzema et l’ambition d’une nouvelle génération de supporters
Cet ancrage dans la périphérie lyonnaise trouve une incarnation inattendue chez Karim Benzema. Le Ballon d’or 2022 a grandi à Bron, commune de la banlieue est de Lyon où la funk s’est enracinée dès les années 1970. Interrogé par Konbini fin juillet, il a confié avoir grandi avec cette musique et continuer à l’écouter. Dans son communiqué, l’OL revendique une volonté d’affirmer une vision du sport connectée à son époque et à sa communauté, et de s’adresser à une nouvelle génération de supporters. Reste à savoir si l’habit fera le moine, ou seulement le maillot.
Belgacem Ben Mokdad, lui, y voit déjà plus qu’un coup marketing. Il espère une collaboration plus poussée avec le club, imaginant Carmen Clayton chanter son hymne au Groupama Stadium ou porter elle-même ce maillot third qui doit tant à son travail. Le vinyle tourne encore, la balle aussi. Reste à savoir laquelle des deux fera vraiment danser Lyon.