
Magnifica Humanitas marque le premier acte magistériel de Léon XIV. Présentée lundi 25 mai au Vatican, l’encyclique exige le désarmement de l’intelligence artificielle, comparée à l’énergie nucléaire. Le 267e successeur de Pierre demande que la technologie serve la dignité humaine et non les logiques de domination.
Pour son premier texte magistériel majeur, Léon XIV inscrit son pontificat dans la continuité de Léon XIII qui a publié Rerum Novarum il y a 135 ans face aux bouleversements sociaux engendrés par la révolution industrielle. L’Église, expliquait alors le pontife, ne pouvait rester à l’écart des transformations qui déracinaient les familles ouvrières et engendraient de nouvelles formes de pauvreté.
Aujourd’hui, estime Léon XIV, l’humanité est confrontée à une transformation d’ampleur comparable, “aux conséquences peut-être encore plus grandes”, que le fondateur du Forum économique mondial nomme d’ailleurs la 4e Révolution industrielle dans un livre éponyme. L’intelligence artificielle est déjà présente dans de nombreux aspects de la vie quotidienne et influence des décisions qui façonnent la coexistence humaine.
“L’intelligence artificielle doit être désarmée”
La formule centrale de l’encyclique a été prononcée par le pape lui-même lors de la présentation devant la salle du synode. L’intelligence artificielle doit être “libérée des logiques qui en font un instrument de domination, d’exclusion ou de mort”, a-t-il martelé. Léon XIV vise explicitement les systèmes d’armes de plus en plus autonomes, “pratiquement hors de portée de tout contrôle humain”.
Le pape dénonce également les algorithmes capables de bloquer l’accès aux soins, à l’emploi et à la sécurité sur la base de données entachées de préjugés. Il s’inquiète du silence de ceux qui n’ont pas voix au chapitre lorsque des décisions techniques produisent de nouvelles formes d’exclusion.
Le pape alerte sur les dangers de la désinformation
Le Saint-Père appelle les gouvernements à freiner le développement des systèmes d’intelligence artificielle, estimant qu’ils favorisent la désinformation, alimentent les conflits et pourraient conduire le monde vers une forme de guerre permanente. Selon lui, la société doit désormais faire face à des « questions cruciales » liées à l’essor de l’IA.
Léon XIV plaide pour un encadrement politique renforcé de l’IA
Le premier pape américain estime également que la maîtrise des données liées à l’intelligence artificielle ne doit pas être abandonnée aux seules entreprises privées. Il appelle les responsables politiques à protéger les droits des travailleurs, à préserver les enfants des dérives potentielles de cette technologie et à limiter l’escalade concurrentielle entre les acteurs de l’IA.
« Ce qu’il faut, c’est un engagement politique plus actif, capable de ralentir les choses alors que tout s’accélère », affirme Léon XIV dans ce texte. Le souverain pontife défend ainsi la création de « cadres juridiques solides », d’une « surveillance indépendante », d’utilisateurs mieux informés ainsi que d’un système politique qui « n’abdique pas ses responsabilités ».
Le parallèle avec le désarmement nucléaire
Léon XIV établit un parallèle direct entre l’intelligence artificielle et l’énergie nucléaire. Comme cette dernière, l’IA doit être mise “au service de tous et du bien commun”. Le pape rappelle l’engagement historique de l’Église pour le désarmement nucléaire et étend ce principe au champ numérique.
“La paix, et non la simple absence de guerre, est la justice en action”, a-t-il rappelé, en s’inquiétant que la technologie, lorsqu’elle affaiblit l’esprit critique, menace directement la paix. Tout grand pouvoir technique doit, selon lui, être accompagné d’un discernement moral approprié et d’un contrôle public.
Le chantier d’une IA au service de l’humain
Au-delà de la dénonciation, Magnifica Humanitas propose un chantier. Léon XIV reprend la figure biblique du prophète Néhémie, rassembleur d’un peuple découragé devant les murs en ruine de Jérusalem. L’intelligence artificielle peut devenir, selon le pape, un “chantier historique” inscrit dans une perspective de communion, où le progrès apprend à servir la vie humaine.
“N’ayons pas peur de l’intelligence artificielle, mais gardons toujours à l’esprit la question de l’humain”, a-t-il insisté. Personne ne peut être réduit à la productivité, à la performance cognitive ou à de simples données. La présentation a réuni scientifiques, ingénieurs, responsables politiques et représentants de la société civile, parmi lesquels Christopher Olah, cofondateur d’Anthropic.
L’encyclique appelle à une coopération entre concepteurs des systèmes, utilisateurs, pays riches et pays pauvres, institutions et individus. Une voix morale qui veut peser dans un débat technologique encore largement structuré par les intérêts privés et les rivalités géopolitiques.

Source : Vatican News ; L’Express