Poste de police israélien, illustration de l'enquête de la police israélienne

Mafia israélienne : un chef abattu d’une balle dans la tête à Césarée

Un chef présumé de la mafia israélienne, Yanis Yushvaev, 40 ans, a été abattu d’une balle dans la tête le dimanche 23 août à Caesarea Junction, dans le nord d’Israël. La scène, enregistrée en plein jour par une caméra de surveillance, montre un tireur surgir dans son dos avant de fuir à pied. La police israélienne, qui a lancé une chasse à l’homme, privilégie l’hypothèse d’un règlement de comptes entre criminels.

Il sort d’une station-service. Il descend les quelques marches d’un petit escalier. Un homme apparaît derrière lui, sort un pistolet, tire à bout portant dans le crâne, puis s’éloigne à pied. La séquence, captée par une caméra de surveillance et reprise par plusieurs médias israéliens, dure quelques secondes. Elle a été tournée le dimanche 23 août à Caesarea Junction, dans le nord d’Israël, à un carrefour fréquenté et en pleine journée.

La victime s’appelle Yanis Yushvaev. Elle a 40 ans. Les médias israéliens la décrivent comme l’un des barons de la mafia dite caucasienne, l’une des organisations criminelles implantées dans le pays. Grièvement blessé, l’homme a été transporté à l’hôpital. Les secouristes du Magen David Adom, cités par le quotidien Haaretz, ont indiqué qu’à leur arrivée il « n’avait plus de pouls, ne respirait plus ». Sa mort a été prononcée peu après.

La vidéo a circulé sur les réseaux sociaux dans les heures qui ont suivi, avant d’être reprise par la presse israélienne puis par les médias étrangers, dont Le Parisien. C’est par elle que l’essentiel de ce que le public sait de l’exécution est connu : sa durée, son lieu, sa méthode. Le reste relève pour l’instant de l’enquête.

Barrages et battue

Le tireur n’a pas été interpellé. Dans un communiqué relayé par Haaretz, la police israélienne a fait état d’un dispositif de recherche étendu : « De nombreuses forces de police mènent une vaste chasse à l’homme ». Des barrages routiers ont été installés, des fouilles à grande échelle menées dans la région pour localiser les suspects.

Les motivations du tireur restent inconnues. Plusieurs médias israéliens, s’appuyant sur des sources policières, avancent l’hypothèse d’un règlement de comptes entre criminels. Cette lecture n’est à ce stade qu’une piste d’enquête. Aucune interpellation n’a été annoncée, aucun mobile n’a été établi publiquement, et l’identité du tireur n’est pas connue. Il faut distinguer ce qui est documenté, la mort d’un homme par arme à feu à une date et dans un lieu précis, de ce qui est attribué à des sources policières anonymes, à savoir le contexte criminel du geste.

Un casier sans condamnation

Yanis Yushvaev était connu des services de police israéliens. Il avait été arrêté à plusieurs reprises dans le cadre de soupçons de participation à des crimes violents, fusillades et incendies de véhicules. Aucune de ces procédures n’avait débouché sur une condamnation, selon Times of Israel. Le point mérite d’être posé tel quel : l’homme abattu dimanche était, au regard de la justice de son pays, un homme sans condamnation. Les qualificatifs de « baron » ou de « chef de la mafia » qui l’accompagnent dans la presse reposent sur des appréciations policières et journalistiques, pas sur une décision de justice.

Sa dernière interpellation connue remontait à février. Elle avait eu lieu à l’aéroport Ben Gourion, alors qu’il rentrait d’un voyage à Moscou. Il avait été remis en liberté quelques jours plus tard, relève Haaretz. La destination du voyage n’a donné lieu à aucune explication publique des enquêteurs.

Dans un reportage diffusé en octobre par la chaîne Channel 12 News, des sources policières le décrivaient comme un homme méfiant, qui ne parlait presque jamais au téléphone et bénéficiait de la loyauté sans faille de ses associés. Un haut gradé de la police israélienne y résumait l’impasse : « Il est difficile de le condamner, et c’est frustrant ».

L’homme d’affaires à la Bentley

Dans ce même reportage de Channel 12 News, Yanis Yushvaev s’était exprimé face caméra. Il s’y présentait comme un « homme d’affaires respectable », se disait très bien établi, expliquait conduire une Bentley et voyait dans cette réussite affichée la raison de l’hostilité de la police à son égard. L’argument, classique, avait le mérite d’être opposable : aucun tribunal ne l’avait jamais démenti.

Selon les médias israéliens, il possédait plusieurs restaurants aux alentours d’Or Akiva, la ville où il résidait. Aucun élément public ne permet à ce jour d’établir un lien entre cette activité déclarée et les soupçons formulés par les enquêteurs. C’est précisément cette zone grise qui, d’après les policiers cités par la chaîne israélienne, rendait les procédures difficiles à conclure. Un patrimoine visible, des interpellations répétées, aucune condamnation.

Treize attaques en quelques semaines

L’exécution de Caesarea Junction s’inscrit dans une séquence plus large. Le quotidien britannique The Telegraph, cité par Le Parisien, fait état de guerres de territoires entre organisations criminelles implantées en Israël, avec près de treize attaques recensées en l’espace de quelques semaines. Le chiffre est celui du journal britannique et n’a pas fait l’objet d’une confirmation officielle des autorités israéliennes.

Interrogé par The Telegraph, Asher Ben Artzi, ancien directeur du bureau d’Interpol en Israël, décrit des organisations mieux dotées que les services chargés de les combattre. « Ils sont plus riches que la police », affirme-t-il, évoquant un meilleur équipement et de meilleures capacités de renseignement que celles des enquêteurs. Le constat vient d’un ancien responsable policier, pas d’un observateur extérieur. Cela lui donne son poids et fixe aussi sa limite : il s’agit d’une appréciation personnelle, pas d’un audit des moyens.

Ce que l’affaire laisse en l’état tient en peu de lignes. Un homme de 40 ans a été tué par balle en pleine journée, devant une caméra, dans le nord d’Israël. La police cherche un tireur dont elle ne dit rien. Les médias israéliens et britanniques décrivent un contexte de rivalités criminelles que les autorités n’ont pas confirmé point par point. Le tireur court toujours.


Source : Le Parisien – leparisien.fr