Lycéens : Édouard Geffray annonce une plateforme nationale pour « donner la parole » à tous les élèves

En déplacement dans un lycée des Yvelines ce lundi 5 octobre, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a annoncé la mise en ligne, dans la soirée, d’une plateforme destinée à recueillir directement les difficultés et les attentes des lycéens. Une réponse gouvernementale à une mobilisation dont les revendications restent multiples, alors que le ministre promet que les contributions seront accessibles en open data et déboucheront sur un calendrier d’actions.

Face à la mobilisation qui perturbe depuis plusieurs jours des centaines de lycées en France, Édouard Geffray veut ouvrir un nouveau canal de dialogue avec les élèves. En visite dans un établissement des Yvelines, le ministre de l’Éducation nationale a annoncé que la plateforme évoquée ces derniers jours par le gouvernement devait être mise en ligne « d’ici le début de la soirée » de ce lundi 5 octobre.

Son principe : permettre à chaque lycéen de faire directement remonter ses préoccupations, indépendamment de sa participation ou non au mouvement en cours. « Vous avez la parole », a résumé le ministre en présentant le dispositif. Chaque élève qui le souhaite pourra y transmettre « l’ensemble de ses difficultés et de ses attentes ».

Édouard Geffray dit avoir testé le dispositif avec un groupe de quinze lycéens rencontrés lors de son déplacement. Selon son récit, ceux-ci se seraient montrés particulièrement réceptifs à la possibilité de faire connaître individuellement leur situation.

Le ministre insiste surtout sur le caractère très large de la consultation. Il parle d’« expression universelle » des lycéens : la plateforme ne doit donc pas être réservée aux élèves mobilisés, aux participants aux manifestations ou à ceux ayant pris part aux blocages.

Des contributions promises en open data

Au-delà de l’ouverture de cette plateforme, le ministre a donné plusieurs indications sur le traitement des réponses recueillies. Interrogé sur les garanties permettant de s’assurer que cette consultation aura des conséquences concrètes, Édouard Geffray a promis que ses conclusions seraient partagées de manière transparente.

Les contributions doivent notamment être rendues accessibles en open data, sans données personnelles. Selon le ministre, elles pourront être consultées et interrogées, notamment à l’aide d’outils d’intelligence artificielle. Les remontées doivent ensuite être analysées et confrontées aux échanges organisés directement dans les établissements au cours de la semaine.

L’objectif affiché est d’aboutir à des mesures assorties d’un calendrier précis. « Tout le monde pourra tenir les comptes de ce que nous faisons », a assuré Édouard Geffray.

Cette annonce constitue l’un des principaux volets de la réponse du ministère à un mouvement dont les revendications apparaissent, selon lui, à la fois nationales et profondément locales.

Des revendications multiples plutôt qu’un mot d’ordre unique

Après ses échanges avec les élèves des Yvelines, Édouard Geffray estime en effet qu’aucune revendication unique ne résume la mobilisation. Le ministre évoque plutôt une « envie d’école » et une volonté d’obtenir « mieux d’école ».

Parmi les préoccupations qui remontent figurent le remplacement des professeurs absents, les rythmes scolaires et les journées particulièrement chargées, mais également l’état des bâtiments. Des sujets transversaux dont la réalité varie fortement d’un établissement à l’autre.

Le ministre rapporte également que certains élèves rencontrés ont eux-mêmes relativisé certaines représentations de leur quotidien, notamment celle de journées systématiques de 8 heures à 18 heures. Si de tels emplois du temps existent, ont-ils expliqué, ils ne concerneraient pas nécessairement chaque journée.

Pour Édouard Geffray, cette diversité justifie précisément de recueillir la parole des élèves au plus près du terrain. Le ministère entend ainsi faire émerger des diagnostics établissement par établissement plutôt que d’appliquer une lecture uniforme à l’ensemble des lycées.

Le gouvernement veut institutionnaliser la parole lycéenne

Derrière la plateforme se dessine également une réflexion plus large sur la démocratie scolaire. Le ministre reconnaît que les lycéens peuvent avoir le sentiment de devoir hausser fortement le ton pour être entendus.

« Les lycéens ont besoin que leur voix, tout simplement, compte », a-t-il déclaré, estimant qu’une démocratie fonctionnelle ne devrait avoir besoin d’être « ni bruyante, ni violente » pour exister. Pour lui, cette parole doit au contraire être davantage « institutionnalisée ».

En fin d’intervention, Édouard Geffray est allé plus loin en reconnaissant que la parole des élèves n’avait pas toujours été suffisamment prise en considération. Il a annoncé une refonte des instances de démocratie scolaire afin que les positions exprimées par les lycéens puissent davantage peser dans les décisions.

La plateforme annoncée ce lundi apparaît ainsi comme un premier outil de cette stratégie : recueillir massivement les témoignages, les rendre consultables, identifier les difficultés récurrentes puis les traduire, promet le gouvernement, en actions concrètes.

Une reprise progressive des cours à partir de mercredi

Cette ouverture au dialogue s’accompagne cependant d’une ligne ferme concernant les blocages. À la veille d’une nouvelle journée de mobilisation, Édouard Geffray a distingué le droit de manifester, qu’il juge « parfaitement légitime » dans le cadre prévu par la loi, de l’obstruction à l’accès aux établissements.

Le ministre estime qu’un élève souhaitant assister aux cours ne doit pas pouvoir en être empêché. Le gouvernement vise donc une reprise progressive des enseignements à partir de mercredi matin, sans pour autant demander aux établissements de tourner immédiatement la page des événements des derniers jours.

Les chefs d’établissement doivent organiser cette reprise selon les réalités locales. Des temps d’échange avec les personnels sont notamment prévus dans les établissements où les équipes ou les bâtiments ont subi des violences. Des discussions devront également être organisées avec les élèves afin d’établir un diagnostic de la situation propre à chaque lycée.

Ces informations doivent ensuite remonter vers les académies puis au niveau national. Le ministère entend identifier les établissements rencontrant des difficultés particulières afin d’y concentrer prioritairement son plan d’action. Édouard Geffray a fixé l’objectif de résoudre « la plupart », et si possible la totalité, des situations problématiques d’ici au 16 octobre.

589 établissements perturbés selon le ministre

Le déplacement intervient alors que le ministère constate une diminution du nombre d’établissements touchés. Édouard Geffray a fait état de 589 lycées ayant connu des perturbations ce lundi, contre 1 027 jeudi précédent et près de 800 vendredi.

Cette décrue ne signifie toutefois pas un retour général à la normale. Certains établissements ont repris intégralement les cours, tandis que d’autres ne les ont rouverts que pour certains niveaux, notamment les classes de terminale.

À la veille d’une nouvelle journée de mobilisation, le ministre maintient par ailleurs une gestion territorialisée de la situation. Les chefs d’établissement, en lien avec les rectorats et les préfectures, peuvent suspendre les cours en présentiel lorsque les conditions de sécurité l’exigent, ou procéder à une réouverture partielle.

Édouard Geffray a également indiqué que 190 élèves avaient été blessés depuis le début du mouvement, selon le dernier décompte dont il disposait au moment de son intervention. Il a évoqué des blessures accidentelles ainsi que des blessures provoquées par des violences, notamment des tirs de mortier.

Dans les Yvelines, les élèves rencontrés par le ministre se seraient eux-mêmes montrés préoccupés par l’intervention de personnes extérieures aux établissements. Édouard Geffray a dénoncé des individus violents qui chercheraient, selon lui, à « confisquer » le mouvement lycéen.

Entre l’ouverture annoncée de la plateforme, les temps de dialogue prévus dans les établissements et la reprise progressive des cours, le gouvernement tente désormais de déplacer la contestation vers un cadre institutionnel. La question sera surtout de savoir comment les milliers de contributions susceptibles d’être recueillies seront traduites en décisions concrètes, alors que les sujets soulevés vont des emplois du temps au remplacement des enseignants en passant par l’état des lycées.

Sources :
Libération — « En direct, mobilisation lycéenne : des centaines d’établissements toujours perturbés avant un acte III mardi »
Intervention d’Édouard Geffray fournie par l’utilisateur, retranscription de la prise de parole du ministre.