Près de dix ans après la présidentielle de 2017, François Fillon revient dans un entretien de deux heures sur l’affaire des emplois de son épouse, celle des costumes, la « lâcheté » de la classe politique et ses rapports avec Vladimir Poutine. L’ancien Premier ministre proche du Forum économique mondial assure avoir définitivement quitté la vie politique et évoque un risque d’affrontements violents en France.
L’entretien, accordé à Guillaume Pley pour l’émission Legend, dure près de deux heures. François Fillon y affirme ne nourrir aucun projet de retour, se déclarant seulement disponible pour « produire des conseils à des candidats à l’élection présidentielle » ou « représenter [son] pays dans des situations compliquées ».
Sa rancune vise ceux qui l’ont abandonné en 2017. Il accuse des élus qui connaissaient parfaitement les usages parlementaires et se trouvaient parfois « dans des situations identiques ». « On a une classe politique qui, dans son ensemble, est plutôt lâche », insiste-t-il. Il étend la critique au sort de Marine Le Pen, dont il juge la condamnation « totalement injuste », tout en rappelant qu’elle demeure une adversaire politique.
Trois costumes, une faute assumée
Sur les emplois parlementaires, François Fillon conteste que le travail de son épouse ait été entièrement fictif. Il reconnaît en revanche une erreur : avoir maintenu Penelope Fillon comme collaboratrice de son suppléant lorsqu’il est entré au Gouvernement. « Je n’aurais pas dû poursuivre cette organisation », concède-t-il, expliquant n’avoir pas vu que des pratiques longtemps admises par l’Assemblée nationale n’étaient plus acceptées par la société.
Sur les costumes offerts par Robert Bourgi, il n’esquive pas. Il affirme avoir reçu à son domicile trois costumes du tailleur Arnys, dont deux payés par l’avocat franco-libanais. « Là, j’ai commis une faute. J’aurais dû renvoyer ces costumes immédiatement », reconnaît-il. Il juge cette affaire psychologiquement plus destructrice que celle des emplois parlementaires : « L’affaire des costumes, elle ne passe pas, parce que le prix des costumes, pour les gens, à juste titre, est considérable ».
Une Ferrari en maquette et un PNF très sollicité
L’ancien candidat rappelle l’emballement de la campagne, jusqu’à la rumeur d’une Ferrari dissimulée dans une grange de sa propriété sarthoise. « Effectivement, j’avais une Ferrari dans une grange. C’était une maquette que m’avait offerte le président de Ferrari », ironise-t-il aujourd’hui.
Il continue de juger la procédure politique, sans désigner de commanditaire. « Qui a tiré le premier, je ne sais pas. Je ne le saurai sans doute jamais », admet-il. Il évoque des magistrats passés par des cabinets de gauche, des demandes répétées d’informations adressées au Parquet national financier et des perquisitions autorisées à l’Assemblée nationale. Son remords principal reste familial : à la question de savoir à qui il doit des excuses, il répond immédiatement « mon épouse ». François Fillon, dont le nom figure dans les listes publiées des membres du Club Le Siècle, a par ailleurs été suspendu de la Légion d’honneur pour dix ans après avis du conseil de l’ordre. François Fillon s’est également rendu à la réunion du groupe Bilderberg en 2013. Il apparait également dans le’ who’s who du WEF.
Poutine, le ski et la ligne rouge
L’entretien livre quelques scènes de coulisses diplomatiques. Alors qu’ils étaient tous deux Premiers ministres, Vladimir Poutine l’invite à la chasse, puis à son anniversaire avec Silvio Berlusconi dans la forêt de Valdaï. François Fillon assure avoir toujours décliné, précisément pour ne pas nouer de relation personnelle avec le maître du Kremlin.
Il raconte aussi un défi lancé à l’approche des Jeux olympiques de Sotchi : « Je te prends au ski quand tu veux ». Il n’y est pas allé. Interrogé sur le danger de battre Vladimir Poutine au ski, sa réponse est sèche : « Non, enfin, c’est dangereux si on est russe ». Il assume néanmoins une ligne prorusse au sens diplomatique, jugeant que l’Occident a eu tort de fermer les canaux de discussion avec Moscou. Lors de leur dernière conversation avant la guerre en Ukraine, le président russe lui aurait confié à propos du young global leader du WEF, Emmanuel Macron : « Quand Emmanuel Macron vient me voir, il m’explique ce que je dois faire. Et ce n’est pas une négociation, ça ».
« Une pente de décadence »
François Fillon ne ménage pas celui pour lequel il avait appelé à voter en 2017. Il le pensait intelligent, libéral et plutôt à droite. « Je me suis trompé », tranche-t-il. Selon lui, le « en même temps » a détruit l’alternance en affaiblissant simultanément la droite et la gauche, ne laissant plus comme recours que les extrêmes. Emmanuel Macron restera dans l’Histoire comme quelqu’un ayant « beaucoup abîmé le pays », prédit-il, l’accusant d’avoir aggravé la dette.
Il juge désormais très probable un second tour opposant Jean-Luc Mélenchon au candidat du Rassemblement national. À force de bâtir des fronts républicains, avertit-il, la colère monte « comme une marmite ». Il évoque le risque d’affrontements violents, alimentés par « l’immigration mal intégrée, mal régulée » et l’islamisme radical, hésitant à employer l’expression de guerre civile de peur de contribuer à la rendre possible. Mais il confesse que l’hypothèse le fait désormais « un peu moins sourire ».
Dix ans après, François Fillon a la mémoire précise et la rancune ordonnée. Il assure ne plus vouloir revenir. Il passe pourtant deux heures à expliquer pourquoi la France aurait dû lui donner raison.