Le gouvernement prévoit, dans son projet de budget 2027, de financer jusqu’à 60 % de la construction de six réacteurs nucléaires EPR2 grâce à un prêt adossé à l’épargne réglementée, dont le Livret A. Le montant serait plafonné à 60 milliards d’euros. Un collectif d’élus de gauche, d’associations et de syndicats réclame le retrait de la mesure, au nom du logement social.
Le mécanisme est inscrit à l’article 69 du projet de loi de finances. L’État garantirait le remboursement du prêt et prendrait en charge les intérêts pendant la construction des réacteurs. Une fois les centrales en service, il assurerait un taux fixe de 3 % à une filiale d’EDF, détaille Boursorama. L’argent viendrait des dépôts du Livret A et du Livret de développement durable et solidaire, rémunérés aujourd’hui à 1,7 %.
Ces sommes ne dorment pas. Une partie est centralisée au Fonds d’épargne de la Caisse des dépôts, qui finance depuis des décennies la construction et la rénovation de logements sociaux. Selon L’Express, repris par Orange Actualités, le Premier ministre Sébastien Lecornu a parallèlement annoncé un relèvement du plafond du Livret A.
« Un chèque en blanc »
Lundi 2 novembre, un collectif a dénoncé la mesure et demandé son retrait. Environ 150 signataires selon les organisateurs : députés insoumis, écologistes et communistes, associations comme Attac et France Nature Environnement, syndicats dont Sud PTT et la CGT du groupe Caisse des dépôts. Le député LFI Maxime Laisney y voit un chèque en blanc exorbitant. Dominique Plihon, d’Attac, regrette l’absence de débat et dénonce une décision unilatérale. Pour BFMTV, certains opposants vont jusqu’à estimer que la décision viole les règles de la démocratie.
La gauche divisée sur le nucléaire
Le front n’est pas uniforme. Le sénateur communiste Fabien Gay soutient la construction des six EPR2, mais refuse qu’elle soit payée avec l’épargne populaire. La ligne de fracture ne passe donc pas seulement entre pro et antinucléaires. Elle oppose deux usages de l’argent des épargnants : le béton des HLM ou celui des centrales.
Le gouvernement avait assuré en mars que le financement du logement social resterait une priorité. Le collectif juge l’engagement insuffisant face à l’ampleur des sommes mobilisées.
Le spectre du 49.3
L’article 69 devait être examiné en commission des finances de l’Assemblée nationale mercredi 4 novembre. Maxime Laisney redoute que l’exécutif recoure à l’article 49.3 pour faire adopter le budget sans vote, privant ainsi le Parlement d’un débat sur l’usage de l’épargne réglementée.
Les épargnants n’ont pas été consultés, mais leur Livret A pourrait bientôt contribuer à faire tourner des turbines. Reste à savoir qui, des locataires de HLM ou des futurs réacteurs, passera en premier au guichet.
Source : BFMTV
Sources complémentaires : Boursorama