Livres : Antoine Buéno affirme que les agents IA vont devenir « l’alpha et l’oméga » de nos existences

Dans un essai publié chez Tallandier, l’essayiste Antoine Buéno affirme que les agents IA vont devenir « l’alpha et l’oméga » de nos existences. Guidance décrit une intelligence artificielle capable d’organiser la vie entière de ses utilisateurs, au point de dessiner une forme de pouvoir politique totalement inédite. Reste à savoir qui, demain, tiendra la main sur l’algorithme.

Le titre du livre donne le ton : Guidance, comment la technologie promet le meilleur des mondes. Antoine Buéno, ancienne plume de François Bayrou lors de la présidentielle de 2007 passé à l’ESSEC et Sciences Po, membre du Forum économique mondial, y détaille la prochaine étape de l’intelligence artificielle, celle des agents autonomes, capables d’agir à la place de l’utilisateur plutôt que de simplement lui répondre. Contrairement à un moteur de recherche ou à un assistant conversationnel classique, l’agent IA décrit par l’auteur dispose d’une connaissance exhaustive de la personne qu’il sert. Il devient, selon la formule reprise dans l’ouvrage, un « ange gardien capable d’organiser toute notre vie ».

L’image est belle. Elle est aussi le problème.

La guidance, un pouvoir qu’on n’a pas vu venir

Buéno baptise ce phénomène la guidance : un agent qui connaît tout de vous, qui anticipe vos besoins, qui vous conseille sur tout, du menu du soir au bulletin de vote. La question posée par l’essai n’est pas technique, elle est politique. Qui programme l’agent. Quel message il fait passer. Quels intérêts il sert quand il vous souffle une réponse plutôt qu’une autre. Un outil qui s’adresse à des centaines de millions de personnes, individuellement et en continu, constitue un levier d’influence sans équivalent dans l’histoire des médias ou de la publicité.

Bienvenue en IA-cratie

Pour désigner les régimes politiques qui pourraient naître de cette bascule, l’auteur invente le terme d’IA-cratie. Il parle d’un territoire politique entièrement nouveau, une « terra incognita » qu’aucune démocratie n’a encore cartographiée. Sa référence assumée est Le Meilleur des mondes, d’Aldous Huxley : non pas la dictature qui brutalise, mais celle qui anesthésie, qui rend le contrôle désirable plutôt que subi. L’agent IA n’a pas besoin de menacer. Il lui suffit d’être commode.

Et le journalisme, dans tout ça ?

La question dépasse le seul confort domestique. Si un agent IA devient la porte d’entrée unique vers l’information, le commerce ou l’opinion, la manière dont il hiérarchise les faits pèsera autant que n’importe quelle ligne éditoriale, sans le débat contradictoire qui accompagne d’ordinaire une rédaction. C’est précisément le terrain que défriche depuis plusieurs années la réflexion sur le journalisme augmenté : comprendre les outils avant qu’ils ne nous comprennent trop bien.

Le meilleur des mondes n’a jamais eu besoin d’un tyran pour s’installer. Un bon algorithme, un peu de patience, et la porte s’ouvre toute seule.


Source : L’Express — lexpress.fr