Légion d’honneur : un nouveau témoignage relance les soupçons de trafic de décorations

Une nouvelle audition menée dans le cadre d’une enquête judiciaire vient alimenter les soupçons de trafic autour de la Légion d’honneur. Selon Médiapart, un homme d’affaires russe affirme avoir reçu, en 2021, une proposition financière destinée à faciliter l’obtention d’une décoration ou d’un titre de séjour. Des déclarations qui devront désormais être corroborées par les enquêteurs.

L’enquête portant sur un possible trafic de distinctions honorifiques autour de la Légion d’honneur connaît un nouveau rebondissement. Selon les déclarations recueillies en mars 2026 par les enquêteurs de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF), un homme d’affaires russe affirme avoir été approché afin d’obtenir, contre d’importantes sommes d’argent liquide, une décoration officielle ou un titre de séjour.

Le témoin, Aleksandr Voinovskii, 42 ans, n’est pas étranger aux affaires judiciaires. Mis en examen dans une enquête sur un réseau de contrefaçon de grands crus en Bourgogne, il reconnaît lui-même avoir participé à ce trafic. Déjà condamné dans une précédente affaire similaire en 2017, son témoignage est accueilli avec prudence par les enquêteurs, qui devront désormais vérifier chacun de ses propos à l’aide d’éléments matériels.

Selon ses déclarations, les sommes évoquées pour obtenir une intervention variaient entre 50 000 et 150 000 euros, versées exclusivement en espèces. Les faits remonteraient à l’année 2021, alors qu’il fréquentait régulièrement plusieurs personnalités parisiennes évoluant dans des cercles proches du pouvoir.

Parmi les personnes citées figure Julien Renault, organisateur de réceptions mondaines et ancien créateur du fonds de dotation de la Légion d’honneur. Son nom était déjà apparu dans les précédentes révélations concernant les soupçons de trafic de distinctions honorifiques.

Interrogé par Mediapart, Julien Renault reconnaît avoir rencontré Aleksandr Voinovskii mais réfute catégoriquement toute implication dans un système de vente de décorations. Il affirme n’avoir « jamais promis de décorations » et estime que d’éventuelles promesses auraient pu être formulées par d’autres personnes de son entourage sans qu’il en ait connaissance.

Les deux hommes se seraient rencontrés par l’intermédiaire de Benoît Duval-Arnould, restaurateur parisien propriétaire de l’établissement Le Bon Georges, lieu fréquenté par des responsables politiques, des chefs d’entreprise et diverses personnalités publiques. Selon Aleksandr Voinovskii, cette relation s’est nouée autour d’une passion commune pour les grands vins avant d’évoluer vers des contacts d’affaires.

L’homme d’affaires russe raconte également avoir participé à plusieurs réceptions organisées dans un hôtel particulier parisien appartenant à Julien Renault. Il décrit des soirées réunissant de nombreuses personnalités influentes, évoquant notamment la présence de membres des forces de l’ordre et des discussions portant sur la Légion d’honneur et certains proches du pouvoir.

Au cours de son audition, Aleksandr Voinovskii affirme également avoir constaté une importante consommation de cocaïne lors de ces événements. Julien Renault ne conteste pas la présence de stupéfiants lors de certaines soirées, indiquant avoir depuis mis fin à ce mode de vie.

Selon le témoignage du ressortissant russe, c’est à l’issue de ces rencontres qu’il aurait été encouragé à solliciter une décoration ou un titre de séjour contre une rémunération en espèces. Il affirme avoir systématiquement refusé cette proposition.

Ces nouvelles déclarations interviennent alors que les soupçons entourant l’attribution de certaines distinctions continuent d’alimenter les investigations judiciaires. À ce stade, aucun élément ne permet toutefois de confirmer les accusations formulées par Aleksandr Voinovskii. Les enquêteurs devront désormais déterminer si son témoignage peut être corroboré par d’autres preuves ou témoignages.

Parallèlement à cette affaire, la promotion de la Légion d’honneur du 14 juillet 2026 a notamment distingué plusieurs anciens ministres, dont Hervé Gaymard, Gérard Longuet et Jean Leonetti, mais également l’actrice américano-israélienne, Nathalie Portman, dans un contexte où les conditions d’attribution des décorations font l’objet d’une attention médiatique accrue.

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