Kiev : une « maison de torture » militaire provoque des tensions, une enquête ouverte

Une manifestation a éclaté lundi 2 novembre 2026 à Kiev après la diffusion d’accusations de torture visant une installation de la Garde nationale ukrainienne, appelé « Azov ». Des civils ont tenté de pénétrer dans le site, où plusieurs militaires étaient effectivement retenus. Face à la polémique, les autorités ont organisé une visite pour les familles et promis de faire la lumière sur d’éventuelles violences.

Une affaire particulièrement sensible secoue la capitale ukrainienne depuis le lundi 2 novembre 2026. Dans un quartier de Kiev, des civils se sont rassemblés devant une installation militaire après la diffusion sur les réseaux sociaux de vidéos et de témoignages évoquant l’existence d’une « maison de torture » utilisée par la Garde nationale ukrainienne.

Selon les premières accusations relayées en ligne, plusieurs dizaines d’hommes mobilisés auraient été retenus dans un bâtiment privé, certains dans un sous-sol, dans des conditions potentiellement dégradantes. Ces informations, dont plusieurs éléments restent à vérifier, ont provoqué une mobilisation devant les lieux.

D’après The Kyiv Independent, des manifestants ont lancé des œufs en direction des forces de sécurité avant de tenter de pénétrer dans l’installation en forçant un mur de briques. Les forces de l’ordre ont répliqué avec des gaz lacrymogènes et des tirs en l’air.

L’incident a rapidement pris une dimension nationale, contraignant les responsables militaires ukrainiens à fournir des explications sur la présence de soldats retenus dans le bâtiment.

Image : capture d’écran réseaux sociaux

Azov reconnaît la présence de militaires détenus

Au début, les médias ukrainiens ont rapporté que la bâtisse était gérée par la 13e brigade de Kharkiv.

En soirée, le 1er Corps de la Garde nationale ukrainienne, appelé « Azov », a confirmé que l’installation concernée relevait de son autorité. Dans un communiqué publié lundi soir, son commandement a cependant contesté les accusations de torture, les présentant comme des informations non vérifiées circulant sur les réseaux sociaux.

La Garde nationale a reconnu que plusieurs militaires étaient retenus sur place après avoir déserté leur unité. Selon les explications officielles, ces hommes attendaient leur réaffectation dans d’autres formations militaires.

Quatre autres militaires étaient également détenus dans cette installation à la suite d’actes de violence conjugale, selon le communiqué. Ces hommes ont été retrouvés blessés lundi soir et transportés à l’hôpital pour subir des examens médicaux.

Les autorités n’ont pas précisé les circonstances exactes de leurs blessures, laissant ouverte la question d’éventuelles violences commises à l’intérieur du camp.

La Garde nationale a par ailleurs démenti les informations faisant état du décès d’un militaire sur les lieux.

Un adolescent de 14 ans évoqué dans les vidéos

Parmi les éléments les plus troublants relayés sur les réseaux sociaux figure la présence supposée d’un adolescent dans le bâtiment.

Certaines vidéos évoquent un jeune garçon retrouvé en état de choc. Cette information, mentionnée dans les premiers récits de l’incident, n’a toutefois pas été confirmée officiellement.

En France, Florian Philippot, président du parti Les Patriotes, affirme dans une publication sur X qu’un garçon de 14 ans, traumatisé, aurait été extrait de cette maison.

Le responsable politique évoque également des dizaines d’hommes entassés et visiblement maltraités. Il présente l’événement comme une découverte particulièrement grave, qu’il qualifie de « maison de l’horreur ».

Kyrylo Budanov reconnaît l’existence d’autres bâtiments similaires

L’intervention de Kyrylo Budanov, chef de cabinet du président Volodymyr Zelensky et ancien responsable du renseignement militaire, a ajouté une dimension politique à l’affaire.

Arrivé sur place dans la soirée, il a déclaré vouloir comprendre ce qui s’était produit. Selon The Kyiv Independent, Budanov a indiqué que 14 militaires se trouvaient dans le bâtiment et que les manifestations avaient compliqué l’évacuation des blessés.

Il a également estimé que cette situation n’aurait pas dû se produire.

La foule a demandé à Budanov des explications, qui a déclaré qu’“il y a de nombreuses bâtiments similaires”, invitant les gens à dégager la zone. Dans la rue devant la prison secrète, des coups de feu ont éclaté, et les résidents locaux ont pris à partie la police, l’accusant d’avoir été déployés par l’armée.

Il convient néanmoins de distinguer l’existence éventuelle d’autres installations militaires de transit de celle de centres de détention clandestins où seraient pratiquées des tortures.

Une enquête sous la supervision des autorités ukrainiennes

Face aux accusations, les autorités ukrainiennes ont engagé des vérifications sur place. La médiatrice militaire ukrainienne, Olha Reshetylova, a annoncé que ses services participaient aux investigations aux côtés du commandement de la Garde nationale. Une inspection du site a été entreprise afin d’établir les circonstances exactes de l’incident.

Le ministre de l’Intérieur a également indiqué que les familles avaient pu communiquer avec les militaires concernés et que des professionnels de santé ainsi que des représentants de la société civile avaient été autorisés à accéder aux lieux.

La police ukrainienne a, pour sa part, contesté les rumeurs faisant état d’une prise d’otages ou d’un décès dans le bâtiment.

Un autre élément mérite attention : selon The Kyiv Independent, l’alerte initiale aurait été relayée par une femme se présentant comme responsable d’une entreprise privée d’ambulances. Des investigations journalistiques ont ensuite soulevé des interrogations sur cette présentation, l’entreprise concernée ayant, selon ces informations, cessé ses activités plusieurs années auparavant.

L’origine des premières accusations constitue ainsi un volet supplémentaire de cette affaire.

Les investigations devront déterminer la légalité des conditions de rétention des militaires, les circonstances des blessures constatées et la réalité des accusations de mauvais traitements.

À ce stade, les autorités reconnaissent la présence de militaires dans le bâtiment et l’hospitalisation de quatre hommes. En revanche, les accusations de torture et les circonstances de la présence supposée d’un adolescent de 14 ans restent à éclaircir.

Sources :

La Voix du Nord, Félix Pennel, « Situation confuse à Kiev après la découverte d’une prétendue maison de torture militaire, la Garde nationale joue la transparence », 2 novembre 2026.

The Kyiv Independent, Tania Myronyshena et Lachlan Hyatt, 2 novembre 2026 : Protesters, National Guard hold tense standoff over detainment of service members, draftees.

Hungarian Conservative, Joakim Scheffer, 3 novembre 2026 : Boy, 14, Found in Azov Secret Prison near Kyiv, Budanov Admits Similar Sites Exist.

Florian Philippot, publication sur X reproduite dans votre message.