Kévin Tessier, 39 ans, soupçonné d’avoir commis l’attentat raciste de Trappes et de La Verrière, dans les Yvelines, a été mis en examen ce jeudi 29 octobre et placé en détention provisoire. Le parquet national antiterroriste décrit une action très préparée, visant des personnes perçues comme musulmanes ou d’origine africaine.
Six jours après les faits, la justice antiterroriste a franchi une étape décisive. Kévin Tessier, 39 ans, a été présenté aux juges d’instruction antiterroristes avant d’être mis en examen, selon des informations de BFM TV. Les chefs retenus sont lourds : assassinat et tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, association de malfaiteurs terroriste, détention et transport d’arme de catégorie A, et tentative de destruction de bien par moyen dangereux en relation avec une entreprise terroriste.
Les faits sont aggravés par une circonstance précise : ils auraient été commis en raison de la prétendue race, ethnie, religion ou nationalité des victimes. Le suspect a été placé en détention provisoire. Ses avocats, Mes Baptiste Bellet et Eliott Amzallag, ont appelé à laisser le magistrat instructeur travailler et assuré que leur client entend répondre à toutes les questions qui lui seront posées.
Ce qui s’est passé le 23 octobre
Le drame remonte au vendredi 23 octobre, vers 10h30. Muni d’une arme automatique de catégorie A, l’homme a tiré sur plusieurs personnes à Trappes et à La Verrière. Le bilan est terrible : un mort et quatre blessés graves, dont une enfant. Des agents de la BAC l’ont interpellé le jour même.
Ce jeudi, le procureur national antiterroriste, Olivier Christen, a détaillé l’enquête en conférence de presse et annoncé l’ouverture d’une information judiciaire. Une procédure désormais confiée à des juges, qui devront établir l’ensemble des responsabilités et le parcours du suspect.
« Une très grande préparation »
C’est l’expression retenue par le parquet. Selon le magistrat, les investigations ont mis en évidence la très grande préparation de l’action criminelle. Kévin Tessier a reconnu la préméditation. Il a aussi admis avoir spécifiquement ciblé des personnes de « type musulman ou africain, nord-africain ». Toujours d’après le procureur, il aurait choisi le lieu de son passage à l’acte parce que « Trappes est un repaire d’islamistes ».
Cette déclaration, rapportée par la justice, donne à l’attentat sa dimension idéologique. Elle éclaire aussi le choix d’une commune des Yvelines souvent stigmatisée dans le débat public, et qui se retrouve cette fois au centre d’une enquête antiterroriste.
Les perquisitions et la question des autocollants
Les enquêteurs ont perquisitionné le domicile du suspect. Ils y ont découvert des armes ou éléments d’armes : un chargeur, deux poings américains, une baïonnette en acier et un silencieux. Des livres ont aussi été saisis, dont un Coran, une Bible et Mein Kampf.
Un détail a retenu l’attention. Rangés dans un tiroir, des autocollants : trente portaient la mention « Vive la France, RN, fier d’être Français », quatre-vingt-dix-neuf autres « 100 % Français, vive la France » et quatre-vingt-dix-huit « soutien aux forces de l’ordre ». Olivier Christen a précisé que ces autocollants sont « apocryphes », c’est-à-dire qu’ils ne proviennent pas d’une production officielle. Ils avaient nourri une polémique les jours précédents, et le procureur a tenu à les replacer dans le dossier avec cette réserve.
La suite de l’instruction
L’enquête entre maintenant dans sa phase la plus longue. Les juges d’instruction devront vérifier l’origine de l’arme automatique, reconstituer l’itinéraire du suspect, et déterminer s’il a bénéficié d’aides ou de complicités, ce que recouvre l’infraction d’association de malfaiteurs terroriste. La détention provisoire garantit que Kévin Tessier restera à la disposition de la justice pendant ce temps.
Pour les familles des victimes et pour les habitants de Trappes et de La Verrière, ces révélations judiciaires ne referment rien. Elles posent surtout, une nouvelle fois, la question de la montée de la violence raciste armée dans le pays.
Kévin Tessier est en détention provisoire, et l’instruction ne fait que commencer. Elle devra dire comment un homme a pu préparer, armer et mener une telle attaque en plein jour dans les Yvelines.