Le producteur et DJ Juan Atkins

Juan Atkins : l’un des pères fondateurs de la techno est mort à 64 ans

Juan Atkins, l’un des trois inventeurs de la techno de Detroit, est mort à 64 ans à Mexico, où il devait jouer le 31 octobre. Fondateur de Cybotron, de Model 500 et du label Metroplex, il avait donné son nom au genre avec son morceau Techno Music en 1988.

Il devait mixer le 31 octobre au YuYu Cine Club de Mexico. Juan Atkins a été retrouvé inconscient dans sa chambre d’hôtel avant le set, puis déclaré mort peu après à l’hôpital, rapporte le magazine américain Complex. Sa société de management, Greensmith Artists, a annoncé le décès dimanche 1er novembre sur Instagram. Aucune cause n’a été communiquée. Il avait 64 ans.

Un Korg à quinze ans

Né à Detroit le 12 septembre 1962, Juan Atkins grandit à Belleville, dans la banlieue, après la séparation de ses parents. À quinze ans, il s’achète son premier synthétiseur, un Korg MS-10. Au collège, il croise deux garçons qui vont changer la musique avec lui : Derrick May et Kevin Saunderson. Ils partagent le matériel, le studio, les disques. L’histoire les retiendra sous le nom des Belleville Three.

En 1980, il fonde Cybotron avec Richard « 3070 » Davis. Leur single Clear, sorti en 1983 sur l’album Enter, s’écoule à environ 50 000 exemplaires et sera bien plus tard samplé par Missy Elliott. On y entend déjà tout : la machine qui danse, la froideur de Kraftwerk passée au funk de Detroit. Avant lui, le duo avait sorti Alleys of Your Mind en 1981. Après, il y aura Techno City en 1984, dont le titre sonne aujourd’hui comme une prophétie.

Le mot techno

Après la fin de Cybotron en 1985, Juan Atkins crée son label, Metroplex, et sort sous le nom de Model 500 le titre No UFO’s, considéré comme l’un des disques qui ont exporté le son de Detroit vers l’Europe. En 1988, son morceau Techno Music figure sur une compilation britannique consacrée à la nouvelle scène de Detroit. Le mot reste. Le genre a trouvé son nom. Dans les années 1990, Model 500 poursuit l’aventure avec l’album Deep Space, publié par le label belge R&S, preuve que l’Europe avait bien entendu le message venu de Detroit.

Il y a quelque chose d’ironique dans cette naissance. La techno est née dans une ville sinistrée par la fin de l’âge d’or automobile, chez des adolescents noirs qui rêvaient de futur en écoutant des synthétiseurs allemands. Elle a ensuite conquis Berlin, Londres, Paris et les festivals du monde entier, souvent sans que le public sache d’où elle venait.

« L’initiateur de la techno »

Jusqu’au bout, Juan Atkins est resté sur la route, des clubs de New York à ceux de Berlin, du festival Movement à Detroit au Dekmantel d’Amsterdam ou au Houghton en Angleterre. Il n’a jamais cherché la lumière des grandes stars de l’électro, préférant rester un musicien de club, fidèle à ses machines. Kevin Saunderson a ouvert le bal des hommages sur les réseaux sociaux, le qualifiant d’initiateur de la techno et de vrai visionnaire. Il a parlé d’un frère et rappelé que c’est Atkins qui l’avait aidé à terminer son premier disque, Triangle of Love.

Sa disparition prive la scène électronique de l’un de ses derniers pères fondateurs encore en activité. Ses concerts annoncés pour les prochaines semaines ont été annulés. Ses disques, eux, n’ont jamais quitté les bacs des DJ.

Juan Atkins est mort à Mexico, une veille de concert, loin de Detroit. Les clubs du monde entier continueront de jouer sa musique, la plupart du temps sans prononcer son nom.


Libération – Complex