Rassemblement prodémocratie devant le siège du gouvernement de Hong Kong en 2019

Joshua Wong : le militant hongkongais condamné à dix ans de plus

Joshua Wong, visage du mouvement prodémocratie de Hong Kong, a été condamné le jeudi 5 novembre 2026 à dix ans de prison supplémentaires pour complot de collusion avec des forces étrangères, au titre de la loi sur la sécurité nationale. Détenu depuis près de six ans, le militant de 30 ans devait sortir en janvier 2027. Sa libération n’est désormais pas envisageable avant fin 2036.

La sentence a été prononcée par la Haute Cour de Hong Kong. Selon Euronews, le juge William Tam a retenu un point de départ de treize ans, ramené à dix en raison du plaidoyer de culpabilité de l’accusé. L’infraction était jugée d’une nature grave, et Joshua Wong encourait en théorie la réclusion à perpétuité.

Il lui est reproché, selon Amnesty International, d’avoir conspiré entre juillet et novembre 2020 avec le militant exilé Nathan Law et d’autres personnes pour obtenir de pays ou d’organisations étrangères des sanctions contre Hong Kong ou la Chine. Les autorités remontent plus loin : dès 2016, Joshua Wong aurait plaidé à l’étranger pour la loi américaine sur les droits de l’homme et la démocratie à Hong Kong, qui permet à Washington d’imposer des sanctions. En 2019, il faisait partie d’une délégation venue la défendre aux États-Unis. Le texte avait été adopté.

Six ans derrière les barreaux, et dix de plus

Le calendrier pèse lourd. En 2024, Joshua Wong avait été condamné à quatre ans et huit mois de prison pour complot de subversion, dans le plus grand procès collectif mené sous la loi sur la sécurité nationale. Il faisait partie des 45 figures de l’opposition jugées pour avoir organisé ou participé à des primaires officieuses en 2020. Cette première peine devait s’achever en janvier 2027. Inculpé de nouveau en juin 2025, il voit la porte se refermer à quelques semaines de sa réouverture.

Le militant a fêté ses 30 ans le mois dernier en détention. Il est emprisonné par intermittence depuis 2017. Son parcours a commencé tôt : adolescent, il avait cofondé le groupe étudiant Scholarism et mené en 2012 la mobilisation contre un projet d’éducation morale et nationale voulu par Pékin. En 2016, il cofondait avec Nathan Law le parti Demosisto, dissous en juin 2020, le jour même de l’entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale. À l’audience, certains de ses soutiens ont fondu en larmes en lui promettant d’attendre sa sortie, rapporte Euronews.

Satisfaction policière, indignation des ONG

Le chef de la police chargé de la sécurité nationale, Steve Li, s’est félicité d’une décision qui démontre, selon lui, la vanité des efforts de Joshua Wong pour obtenir des sanctions. Les organisations de défense des droits humains voient les choses autrement. Human Rights Watch dénonce une peine cruelle et injuste et appelle les gouvernements étrangers à des sanctions ciblées. Amnesty International, par la voix de Sarah Brooks, souligne que la condamnation tombe juste avant la date à laquelle il aurait pu être libéré, et réclame l’annulation de ses condamnations.

À Taïwan, l’organe chargé des relations avec la Chine a dénoncé une persécution politique sans fin. Selon Amnesty, plus de 300 personnes ont été arrêtées au titre de la loi sur la sécurité nationale ou d’une loi coloniale sur la sédition, et la législation dite de l’article 23, adoptée en 2024, a encore durci l’arsenal.

En 2014, Joshua Wong avait 17 ans et tenait tête à Pékin depuis les rues d’Admiralty, pendant la révolution des parapluies. En 2036, il en aura 40. Hong Kong, elle, aura eu le temps de changer de visage.


Sources : Le Parisien ; Euronews ; Amnesty International