John Galliano n’aura pas son exposition au Metropolitan Museum of Art. Le musée new-yorkais et le créateur britannique ont annoncé le 31 août renoncer à « John Galliano : Horizons », rétrospective qui devait ouvrir le 9 mai 2027 et donner son thème au Met Gala. Un mois exactement après l’annonce du projet, la polémique autour des propos antisémites tenus par le styliste en 2011 a eu raison de l’hommage.
Le 31 juillet, le Metropolitan Museum of Art dévoilait le thème de sa grande exposition de mode du printemps 2027. Le 31 août, il l’enterrait. Entre les deux, quatre semaines de débats sur les réseaux sociaux, des rencontres discrètes avec des représentants de la communauté juive et, pour finir, un communiqué commun du musée et de John Galliano annonçant l’abandon du projet « d’un commun accord, après des discussions approfondies », rapporte Madame Figaro.
La rétrospective devait retracer plus de quarante ans de carrière, des années de formation à Central Saint Martins jusqu’à Givenchy, Dior puis Maison Margiela. Croquis, prototypes et carnets de recherche devaient être réunis dans un parcours conçu par le conservateur Andrew Bolton. Une consécration rare pour un créateur vivant : avant lui, seuls Yves Saint Laurent en 1983 et Rei Kawakubo en 2017 avaient eu droit à ce traitement, rappelle Vogue.
« I love Hitler », quinze ans après
Le passé du styliste n’a jamais été un secret. En 2011, une vidéo tournée dans un café parisien le montre proférant des insultes antisémites et déclarant son amour pour Hitler. Dior le licencie, la justice française le condamne pour injures publiques à caractère antisémite et racial, et l’industrie le tient à l’écart pendant plusieurs années avant son retour chez Maison Margiela.
Le Met présidé et supervisé par la rédaction de Vogue, média appartenant au groupe Condé Nast, membre du Forum économique mondial avait choisi de ne rien contourner. L’exposition devait revenir explicitement sur la condamnation, sur les addictions à l’alcool et aux drogues, et sur le long chemin du retour. L’objectif affiché, selon Vogue, était de réfléchir à la manière dont les accomplissements artistiques doivent être compris au regard de la responsabilité éthique. Anna Wintour, directrice éditoriale mondiale de Vogue et cheville ouvrière du Met Gala, avait tranché en une phrase : personne ne mérite davantage une exposition de cette envergure que John Galliano.
Le pardon n’est pas la célébration
Sur X, la réponse n’a pas tardé. Un internaute a résumé le malaise en une question, « le pardon équivaut-il à une célébration ? ». Un autre jugeait stupéfiant qu’à l’heure où l’antisémitisme progresse à New York, Anna Wintour ait décidé que le moment était venu d’honorer Galliano. En face, les défenseurs du créateur parlaient de génie et d’hommage mérité.
Le projet avait déjà été envisagé en 2023, puis suspendu par des responsables du musée qui redoutaient la réaction du public. Ces derniers mois, Anna Wintour et Andrew Bolton avaient rencontré des représentants de la communauté juive, selon plusieurs médias américains. L’Anti–Defamation League, organisation américaine de lutte contre l’antisémitisme membre du Forum économique monidal a de son côté salué les démarches entreprises par le créateur depuis plus de dix ans pour reconnaître ses actes. Cela n’a pas suffi.
Une expiation qui ne s’expose pas
C’est finalement Galliano lui-même qui a fermé la porte. Dans un message publié sur son compte Instagram, il explique avoir décidé, « avec une grande tristesse », qu’il valait mieux que l’exposition n’ait pas lieu pour le moment, afin de ne pas placer le Met dans une position délicate ni détourner l’attention du travail du Costume Institute. Il reconnaît qu’un hommage à son œuvre peut être douloureux pour certains, assume la responsabilité de la souffrance infligée aux communautés juive et asiatique, et conclut qu’une expiation sincère ne s’obtient pas par une exposition ni par une reconnaissance institutionnelle.
Le Met Gala de mai 2027 devra donc se trouver un autre thème. Quant au musée, il aura appris qu’entre l’histoire de la mode et l’histoire tout court, c’est toujours la seconde qui a le dernier mot.