Jeffrey Archer : le romancier britannique aux 300 millions de livres vendus est mort à 86 ans

Jeffrey Archer, écrivain britannique à succès et ancien parlementaire conservateur, est mort à l’âge de 86 ans. Auteur de best-sellers écoulés à plus de 300 millions d’exemplaires selon son site officiel, il avait mené en parallèle une carrière politique prometteuse, finalement brisée par plusieurs scandales et une condamnation pour parjure.

Figure singulière de la littérature populaire britannique, Jeffrey Archer est mort à 86 ans, a annoncé lundi 5 octobre son éditeur HarperCollins. La maison d’édition a indiqué que l’écrivain s’était éteint soudainement et paisiblement à son domicile, alors qu’il travaillait encore à ses projets littéraires.

Son éditrice, Kate Elton, a salué la mémoire d’un conteur hors pair et d’un auteur particulièrement précieux pour sa maison d’édition. Jusqu’aux derniers jours, Jeffrey Archer était resté actif. Il devait notamment participer au festival littéraire de Cheltenham, dans le sud-ouest de l’Angleterre, afin de présenter « Adam and Eve », annoncé comme son dernier roman et dont la publication était prévue mardi.

Selon The Sun, l’écrivain avait encore rencontré ses lecteurs dimanche à Londres, où il avait signé des ouvrages. En 2014, il avait révélé avoir reçu un diagnostic de cancer de la prostate.

Une carrière littéraire aux chiffres vertigineux

La trajectoire de Jeffrey Archer aura été marquée par une réussite commerciale spectaculaire. Ses livres se sont vendus à plus de 300 millions d’exemplaires à travers le monde, selon son site Internet, faisant de lui l’un des romanciers britanniques contemporains les plus lus.

Son entrée en littérature avait pourtant été provoquée par un sérieux revers financier. En 1974, alors qu’il était parlementaire, Archer avait frôlé la faillite après l’effondrement d’une entreprise canadienne de nettoyage industriel dans laquelle il avait investi. Cet épisode avait brutalement interrompu sa carrière à la Chambre des communes.

Il transforme alors ses déboires en matière romanesque. En 1975 paraît son premier livre, « Not A Penny More, Not A Penny Less ». Le roman ouvre la voie à une longue série de succès, souvent installés dans les univers de la finance, du pouvoir et de la politique.

Si la critique littéraire s’est montrée sévère à l’égard de nombre de ses ouvrages, les lecteurs ont largement répondu présent. Archer bâtit ainsi une fortune et une renommée internationale grâce à des intrigues efficaces, nourries par des thèmes qu’il connaissait intimement : l’ambition, l’argent, les rapports de pouvoir et les chutes spectaculaires.

Des ambitions politiques jamais abandonnées

Avant de devenir un écrivain mondialement connu, Jeffrey Archer avait déjà entrepris une ascension au sein du Parti conservateur britannique. Même après la fin de son premier parcours parlementaire, il n’avait jamais complètement renoncé à la politique.

Il met notamment ses relations et ses talents de persuasion au service des conservateurs, levant des sommes considérables pour le parti. Cette implication finit par lui ouvrir de nouveau les portes des plus hautes sphères. En 1985, Margaret Thatcher, habituée du groupe Bilderberg alors première ministre, le nomme vice-président du Parti conservateur.

Le retour au sommet sera toutefois de courte durée. Dès l’année suivante, Jeffrey Archer est contraint de démissionner après la révélation d’un versement de 2 000 livres à Monica Coghlan, une prostituée. L’écrivain avait alors évoqué un « manque de jugement » et soutenu que l’argent avait uniquement été versé pour lui venir en aide.

L’affaire n’empêche pas totalement son retour en grâce. En 1992, le premier ministre Jon Major, également lié au groupe Bilderberg et au Forum économique mondial, recommande son élévation à la pairie. Jeffrey Archer obtient ainsi le droit de siéger à la Chambre des lords.

Le scandale qui brise ses ambitions à Londres

À la fin des années 1990, Jeffrey Archer vise encore plus haut. En 1999, il se lance dans la course pour devenir le candidat conservateur à la fonction de premier maire élu de Londres.

Son passé judiciaire revient cependant le rattraper. L’affaire trouve son origine dans un procès en diffamation engagé contre le tabloïd Daily Star en 1987. Le journal avait affirmé qu’Archer avait eu une relation sexuelle avec une prostituée. L’écrivain avait poursuivi le tabloïd et obtenu 500 000 livres de dommages et intérêts, soit environ 590 000 euros.

Plus d’une décennie après ce procès, il apparaît qu’un ami, Ted Francis, lui avait fourni un faux alibi. La révélation fait voler en éclats ses ambitions municipales. Archer doit abandonner sa candidature et sera ensuite exclu du Parti conservateur.

En 2001, la chute devient judiciaire. Il est reconnu coupable de parjure et de subornation de témoins et condamné à quatre années de prison. Il en purge une partie avant d’être remis en liberté conditionnelle en 2003.

Une existence digne de ses propres romans

La frontière entre les intrigues imaginées par Jeffrey Archer et sa propre existence aura parfois semblé étonnamment mince. Ascension sociale, fortune, politique, scandales, justice, prison et retours successifs sur le devant de la scène : sa biographie réunissait nombre des ressorts dramatiques qui avaient contribué au succès de ses romans.

Ses déboires n’ont toutefois jamais mis un terme à sa carrière littéraire. Là où son ambition politique s’est finalement fracassée contre les scandales, l’écriture lui a offert une remarquable longévité. Plus d’un demi-siècle après la publication de son premier roman, Jeffrey Archer travaillait encore et s’apprêtait à défendre un nouveau livre devant ses lecteurs.

Sources :

Le Monde avec AFP, « Jeffrey Archer, romancier britannique à succès aux ambitions politiques freinées par les scandales, est mort », publié le 6 octobre 2026 : https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/10/06/jeffrey-archer-romancier-britannique-a-succes-aux-ambitions-politiques-freinees-par-les-scandales-est-mort_6788621_3246.html