Japan Tobacco : Moscou place ses actifs russes sous gestion

Les actifs russes de Japan Tobacco International ont été placés sous gestion temporaire par un décret signé le 5 novembre 2026 par Vladimir Poutine. Tokyo demande le retrait de cette mesure, annoncée quelques semaines après l’arrestation en Russie d’un journaliste japonais accusé d’espionnage.

Le président russe Vladimir Poutine a signé, jeudi 5 novembre, un décret plaçant sous gestion temporaire les actifs en Russie de Japan Tobacco International (JTI), filiale du groupe japonais Japan Tobacco. Selon The Moscow Times, le texte confie cette gestion à une société russe, Industrial Assets, sans exposer de motif détaillé.

Le gouvernement japonais a protesté auprès de Moscou le 6 novembre et demandé l’annulation de la décision, rapporte Le Monde. Cette démarche intervient dans un climat diplomatique tendu, marqué depuis octobre par la détention d’un journaliste japonais en Russie. Aucun élément fourni par les sources ne permet toutefois d’établir un lien direct entre son arrestation et la mesure visant JTI.

Quatre filiales de production concernées

Japan Tobacco a indiqué que le décret concernait quatre de ses filiales de production en Russie, selon The Moscow Times. Le groupe a précisé examiner les mesures envisageables et les conséquences de la décision pour ses activités et les parties concernées. Il a également affirmé respecter les sanctions et les réglementations applicables.

La formulation du décret est importante pour apprécier sa portée : il prévoit une gestion temporaire des actifs concernés. Les informations disponibles ne permettent pas de préciser les modalités pratiques de cette gestion ni d’affirmer qu’un transfert définitif de propriété a été décidé. Le groupe n’a pas, dans les éléments rapportés, chiffré l’effet financier de la mesure.

La décision place néanmoins les activités russes de JTI dans une situation nouvelle. La direction du groupe dit encore évaluer ses possibilités d’action, tandis que Tokyo réclame un retour sur la mesure. À ce stade, ni l’issue de la protestation japonaise ni les conséquences opérationnelles pour les quatre filiales ne sont établies.

Une protestation officielle de Tokyo

Le Japon a demandé à la Russie de revenir immédiatement sur le décret. D’après Le Monde, le secrétaire général du gouvernement japonais, Minoru Kihara, a fait état d’une protestation officielle transmise aux autorités russes. La ministre japonaise des Finances, Satsuki Katayama, a également indiqué que Tokyo demandait l’annulation de la décision, selon The Straits Times.

La réaction japonaise porte sur une mesure touchant directement une entreprise du pays. Pour Japan Tobacco, la question immédiate est celle du sort de ses quatre filiales concernées et des décisions qu’il pourra prendre à leur sujet. Le décret russe ne donne pas, selon les informations rapportées, d’explication détaillée permettant de déterminer pourquoi ces actifs ont été visés.

La chronologie donne aussi à cette affaire une dimension diplomatique : elle survient moins d’un mois après l’arrestation d’un journaliste japonais dans l’Extrême-Orient russe. Cette proximité dans le temps éclaire la réaction de Tokyo, mais ne suffit pas à attribuer une intention particulière à Moscou.

L’arrestation d’un journaliste en toile de fond

Le 13 octobre, les services de sécurité russes ont arrêté sur l’île de Sakhaline un journaliste du quotidien japonais Hokkaido Shimbun, identifié par les autorités russes comme Yuki Imai. Selon Associated Press, Moscou le soupçonne d’avoir recueilli des renseignements sur les capacités de défense de la Russie pour le compte d’un service japonais. Il s’agit d’accusations formulées par les autorités russes, et non de faits établis.

Le journaliste a ensuite été transféré à Moscou et placé en détention provisoire par un tribunal du quartier de Lefortovo. Euronews indique qu’une procédure a été engagée sur le fondement de l’article 276 du code pénal russe, relatif à l’espionnage. Cette disposition prévoit une peine de dix à vingt ans de prison. Le stade de la procédure ne permet pas de préjuger de son issue.

Tokyo a contesté les accusations d’espionnage. Selon DW, le Japon a protesté auprès de la Russie, demandé des informations sur la procédure et réclamé que le journaliste soit traité de manière humaine, juste et impartiale, ainsi que libéré. Ces demandes restent distinctes de la protestation formulée en novembre au sujet des actifs de JTI.

La décision russe ouvre une période d’incertitude pour les quatre filiales de Japan Tobacco concernées, pendant que le groupe évalue ses options. Tokyo demande à Moscou de retirer le décret, sans qu’une réponse russe à cette demande soit établie dans les informations disponibles.

Sources

Le Monde : https://www.lemonde.fr/international/article/2026/11/06/moscou-saisit-les-actifs-russes-de-la-societe-japan-tobacco-sur-fond-de-tensions-diplomatiques-avec-tokyo_6807512_3210.html

The Moscow Times : https://www.themoscowtimes.com/2026/11/05/kremlin-seizes-japan-tobacco-internationals-russian-assets-a94186

The Straits Times : https://www.straitstimes.com/world/putin-seizes-control-of-japan-tobaccos-russian-assets

Associated Press : https://apnews.com/article/russia-japan-sakhalin-island-journalist-arrested-spying-charges-9af00a424124dcbe398a97d90a7f40d9

Euronews : https://fr.euronews.com/2026/10/14/russie-un-journaliste-japonais-du-hokkaido-shimbun-arrete-pour-espionnage

DW : https://www.dw.com/en/japanese-journalist-arrest-in-russias-far-east-draws-rebuke-from-tokyo-in-latest-diplomatic-spat-with-moscow/a-79663428