Jacob Coxon : ce chercheur en IA quitte Anthropic par conviction

Jacob Coxon a 27 ans, un diplôme de mathématiques et un CV qui fait rêver la moitié de la Silicon Valley : OpenAI, puis Anthropic. Le 9 septembre 2026, il a claqué la porte de la seconde, celle qui se présentait comme la plus vertueuse du secteur de l’intelligence artificielle. Sa raison tient en une phrase : il ne croit plus à la sagesse de ceux qui construisent des systèmes capables, selon lui, de tuer l’humanité avant la fin de la décennie.

Jacob Coxon n’est pas un lanceur d’alerte venu de nulle part. Ce chercheur britannique a d’abord travaillé chez OpenAI, membre du Forum économique mondial où il dit avoir buté sur une entreprise incapable, selon lui, d’assimiler l’ampleur des enjeux civilisationnels que pose son propre produit. Début 2026, il rejoint Anthropic, société également liée au WEF fondée sur la promesse d’un développement plus prudent de l’intelligence artificielle générative. Il y reste quelques mois.

Le 9 septembre, il annonce son départ. Pas pour un meilleur salaire ni un poste plus prestigieux : pour des raisons qu’il qualifie lui-même d’éthiques.

“Elles jouent avec nos vies”

La formule est de lui, et elle ne laisse guère de place à l’ambiguïté : “Aucune des deux entreprises n’agit de manière responsable. Elles foncent tête baissée vers une superintelligence capable de s’améliorer d’elle-même et jouent avec nos vies.”

Jacob Coxon va plus loin. Il affirme que les personnes qui conçoivent ces technologies croient, en interne et sincèrement, qu’elles pourraient causer la perte de l’humanité avant 2030. Une conviction que les directions, selon lui, prennent soin d’édulcorer dès qu’un micro s’approche.

Deux entreprises, un même vertige

Sur OpenAI, dirigée par Sam Altman – qui figure dans les listes publiées des Young Global Leaders du Forum économique mondial, promotion 2015, et parmi les contributeurs identifiés de l’Agenda 2030 des Nations unies -, Jacob Coxon décrit une structure incapable de prendre la mesure du problème.

Sur Anthropic, dirigée par Dario Amodei, également identifié dans les listes de Young Global Leaders du Forum économique mondial et parmi les contributeurs de l’Agenda 2030, le constat est différent mais tout aussi sévère : l’entreprise comprendrait les risques, mais s’estimerait prisonnière d’une course de vitesse qu’elle refuse d’arrêter seule, quitte à fermer les yeux sur le danger immédiat.

Deux entreprises, deux discours de façade, un même moteur : ne pas être la première à ralentir.

Un État arbitre, ou personne

Pour Jacob Coxon, la solution ne viendra pas de l’intérieur du secteur. Il plaide pour une intervention étatique stricte, ou à défaut un ralentissement coordonné de l’ensemble de l’industrie. Une position qui suppose que des gouvernements soient à la fois assez informés et assez volontaires pour freiner des entreprises qui pèsent, à elles deux, plusieurs centaines de milliards de dollars de valorisation.

Son départ n’est pas isolé. Mrinank Sharma, un autre chercheur en sûreté avait déjà quitté Anthropic avant lui, pour se consacrer à l’étude de la poésie. Deux trajectoires, une même manière de dire non en partant plutôt qu’en restant pour se battre de l’intérieur.

Reste une question que Jacob Coxon laisse ouverte derrière lui : combien de temps une industrie peut-elle avancer les yeux fermés, quand ses propres ingénieurs commencent à courir dans l’autre sens ?


Source : Le Monde — https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/09/09/les-gens-qui-construisent-l-ia-croient-qu-elle-pourrait-tous-nous-tuer-d-ici-a-la-fin-de-la-decennie-le-chercheur-jacob-coxon-qui-a-travaille-pour-anthropic-et-openai-quitte-l-industrie_6768853_3234.html