Le vice-président américain J.D. Vance s’est exprimé lundi 1er septembre à huis clos devant la Republican Jewish Coalition, réunie au Venetian de Las Vegas. Pendant trente minutes de questions-réponses avec l’ancien sénateur Norm Coleman, il a défendu l’alliance avec Israël, dénoncé un antisémitisme qu’il attribue en partie à l’immigration, et refusé de nommer le podcasteur Tucker Carlson, que ses hôtes attendaient de le voir condamner. Une partie de la salle est repartie déçue.
Le décor était posé avant même qu’il n’entre dans la salle : Punchbowl News annonçait J.D. Vance « dans la fosse aux lions ». Depuis des mois, une partie des donateurs et militants juifs républicains reproche au vice-président, membre de l’administration Trump, son scepticisme vis-à-vis des projections militaires de Benjamin Netanyahu et ses critiques du gouvernement israélien pendant les tentatives de négociation entre Washington et Téhéran. Surtout, ils attendaient qu’il prenne ses distances avec Tucker Carlson, accusé de complaisance avec des figures antisémites.
Il ne l’a pas fait. Selon Axios et Jewish Insider, J.D. Vance qui s’est rendu à la réunion du groupe Bilderberg de 2017 a préféré poser une règle générale : il ne parlera pas « à un type qui a attaqué [sa] femme ou qui a dit qu’Hitler était quelqu’un de bien ». La description vise Nick Fuentes, négationniste et streamer d’extrême droite, dont le vice-président a dit qu’il n’a « que de la haine dans le cœur ». Tucker Carlson, qui a reçu Nick Fuentes en interview, n’a pas été cité. Ses critiques en ont fait le compte : un nom prononcé, un nom évité.
Israël, « notre alliance régionale la plus importante »
Sur le fond, le vice-président a livré le discours attendu. Israël reste « l’une de nos alliances les plus importantes dans le monde et certainement notre alliance régionale la plus importante », a-t-il déclaré selon l’Algemeiner. Il a ajouté une touche personnelle, rapportée par le même média : il ne ressent pas « la même chose en marchant dans les rues de Berlin qu’en marchant dans Jérusalem ». Devant un public qui avait suivi ses passes d’armes avec le Premier ministre israélien fin juillet, la phrase valait rappel de fidélité.
Il a aussi reconnu un problème générationnel dans son propre camp. Une partie des jeunes conservateurs américains, nourris par les podcasts de Joe Rogan, Tucker Carlson ou Megyn Kelly, ne considère plus le soutien à Israël comme allant de soi. « Nous devons expliquer pourquoi c’est dans l’intérêt des États-Unis », a-t-il concédé. Sa méthode, exposée devant la salle : aller sur ces plateaux, « parler et présenter les arguments du mieux possible ». Il l’a fait mi-juillet chez Joe Rogan.
L’antisémitisme, « corrosif pour l’âme », et venu d’ailleurs
Le passage le plus commenté concerne l’origine de l’antisémitisme. « La haine des juifs est corrosive pour l’âme », a dit J.D. Vance, avant d’en attribuer « beaucoup » aux « immigrés du tiers-monde », selon Axios. Et de conclure : « Si vous voulez apporter vos haines ethniques avec vous, ne prenez pas la peine de venir. » Le vice-président a illustré son propos avec Abdul El-Sayed, candidat démocrate au Sénat dans le Michigan, qui a accusé Israël de génocide et qualifié le pays d’« État voyou ».
Le déplacement de l’accusation, de la droite radicale vers l’immigration, n’a pas échappé à ses détracteurs. Le militant Shabbos Kestenbaum a estimé que le vice-président aurait dû condamner Tucker Carlson « sans équivoque ». L’animateur de radio Sid Rosenberg lui reproche d’avoir défendu Joe Rogan contre Nick Fuentes plutôt que de viser Tucker Carlson. Le Washington Times, journal conservateur, avait prévenu la veille : ceux qui attendaient une rupture pouvaient toujours retenir leur souffle.
2028 en ligne de mire
Pourquoi tant de précautions ? Parce que J.D. Vance prépare la présidentielle de 2028, écrit l’Algemeiner, et que l’électorat qu’il courtise se partage entre les donateurs pro-israéliens réunis à Las Vegas et une base jeune, en ligne, qui écoute Tucker Carlson. Nommer l’un, c’est perdre l’autre. La Republican Jewish Coalition, dont le président du conseil est le franc-maçon, Norm Coleman, a accueilli l’exercice poliment. Ce dernier a été initié en 2003, lorsqu’il était sénateur, par Neil Neddermeyer, alors Grand Maitre des francs-maçons du Minnesota. Une autre source le rattache plus précisément à l’Ancient Landmark Lodge No. 5. Un participant cité par l’Algemeiner, Jaime Mitchell, a été moins diplomate : « Un vote pour Vance est un vote pour Tucker. »
J.D. Vance a quitté le Venetian sans avoir prononcé le seul nom qu’on attendait de lui. À Las Vegas, on appelle cela garder ses cartes. Ailleurs, on appelle cela un silence.